« Croire en Dieu au 21ème siècle » : La foi expliquée par Abderrahman Lahlou

Abdellah Chankou

Dans un monde dominé par la science et les progrès technologiques, le matérialisme et le consumérisme, quelle place pour la foi en Dieu et à quelle fin ? Vaste sujet non dénué de complexité car opposant dans une conflictualité permanente la foi à la raison. Mais toujours d’actualité, tellement le besoin de transcendance ou de communion des âmes avec Dieu est inscrit dans la nature humaine. Cette thématique a fait l’objet d’une conférence sous le thème «croire en Dieu au 21ème siècle», animée en français par le Dr Abderrahman Lahlou samedi 15 mars 2025, à la médiathèque de la Mosquée Hassan II, à Casablanca. Devant un auditoire attentif et conquis, le conférencier qui maitrise parfaitement son sujet plante le décor en guise de préambule par un rappel historique instructif. Celui de la colonisation et ses conséquences : la déstructuration du «tissu socio-culturel de nos pays musulmans en y incrustant des pratiques sociales nouvelles et des mœurs étrangères aux cultures autochtones». Pour M. Lahlou, la décolonisation, à défaut de déboucher sur une véritable indépendance porteuse d’une libération culturelle, a tourné plutôt à « l’interdépendance», laquelle a engendré une nouvelle élite affranchie «des principes religieux auxquels croyaient ses ancêtres», convaincue par la pertinence du «modèle socio culturel et linguistique de l’occident triomphant».

Cette dichotomie culturelle, installée dans la société marocaine, est incarnée d’un côté par «une élite émancipée» et occidentalisée et une large frange de la population traditionnelle et conservatrice pour laquelle les rites religieux sont un «simple héritage». Dès lors, explique en substance Dr Lahlou, on a assisté « à une valorisation de tout ce qui est moderne et progressiste qui s’est accompagnée d’un  détachement de la tradition» et des valeurs religieuses. Une situation qui trouve son origine dans le triomphe du rationalisme et la prééminence de la raison comme « seule source de la connaissance du monde et non pas par une quelconque intuition ou révélation ».

Ces constats posés, le conférencier transporte son auditoire, par des mots simples et combien évocateurs, dans l’univers du divin et de l’imprescriptible, le spirituel et les miracles sans preuves, à l’image de l’Israa et Al Miraj et auquel les musulmans doivent croire, les 99 Noms de Dieu et leurs significations, la foi dans l’au-delà, les mystères de la création, le libre arbitre et la prédestination… Autant de concepts qui concourent à la connaissance de Dieu et qui invitent tout un chacun, indépendamment de sa religion, à se rendre à l’évidence que derrière la création de l’univers il y a un créateur. Connaître Dieu c’est entrer dans une relation personnelle sans médiation via la prière et bien d’autres actes. Être sensible aux messages divins sans nécessairement les toucher de manière concrète dans le monde des vivants. Pour Dr Lahlou, « la connaissance approfondie de Dieu apporte Al Yakine (la certitude), l’être humain est « le seul acteur de sa foi » et la guidance divine (Al Hidaya) vient du tout-puissant. Partisan d’une ligne originelle de la religion musulmane, telle qu’elle est consignée dans le Coran et expliquée dans la Sunna,  aux antipodes de certaines confréries aux rituels presque « folkloriques », Abderrahmane Lahlou, a les mots justes pour toucher les cœurs par la pédagogie de Dieu dont la finalité est d’aider l’Homme à réaliser sa mission sur terre. Ce pour quoi il a été créé, sachant qu’il y a une vie après la mort. Soit au Paradis soit en enfer.

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