Démolition de l’immeuble Haj Ali El Manouzi : Les héritiers dénoncent un acte illégal

L’immeuble de feu El Manouzi datant de la période coloniale.

Les enfants de feu Ali El Manouzi sont en colère et ils l’expriment haut et fort. La raison? la démolition de l’immeuble de la famille, situé au quartier « Lbhira » dans l’ancienne médina de Casablanca, dans des circonstances sujettes à caution au point de vue de la loi et du droit.

Laila Lamrani

Lundi 14 juillet, les autorités de la commune de Sidi Belyout, conduites par le pacha de l’arrondissement, débarquent en force sur les lieux avec fracas, véhicules des forces auxiliaires et bulldozers pour lancer l’opération de démolition des maisons et commerces de ce quartier historique de Casablanca. Celui-ci doit être rasé car situé dans la trajectoire de la fameuse avenue Royale qui devrait connecter le bord de la mer du côté de la Mosquée Hassan II au centre-ville de Casablanca.



Les frères El Manouzi précisent d’emblée qu’ils ne sont pas opposés à ce chantier de grande envergure longtemps bloqué . « Nous réclamons juste le respect de l’Etat de droit », clament à l’unisson les héritiers du propriétaire, figure de la résistance à l’occupation française. C’est pour cela que le Docteur Abdelkrim et Salaheddine El Manouzi, se sont opposés farouchement à l’opération de démolition de leur résidence, dénonçant un acte illégal. Sûrs de leur bon droit, ces derniers ont exigé du pacha de leur produire une ordre de démolition en bonne et due forme. Ce qu’il n’a pas fait, en renvoyant à chaque fois ses interlocuteurs vers les services de la commune pour récupérer le document demandé…

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La présidente de l’arrondissement de Sidi Belyout, Kenza Chraibi


La démarches des autorités pose effectivement problème parce que l’affaire fait l’objet d’une procédure judiciaire toujours en cours introduite par les héritiers auprès du tribunal administratif de Casablanca contre la décision de démolition communale. Cette procédure judiciaire fait suspendre automatiquement, en vertu de de la loi no 94-12 relative aux bâtiments menaçant ruine, l’exécution d’évacuation des habitants et de démolition de l’immeuble jusqu’à ce que la justice statue définitivement sur le dossier. Surtout que les plaignants ont produit, via leurs avocats, une expertise judiciaire ordonnée par le président du tribunal et dont la présidente du conseil communal a pris connaissance du contenu au bureau de l’expert judiciaire. Celui-ci stipule que l’immeuble de la famille El Manouzi « n’est pas en état de ruine en raison de la solidité de sa structure» et de ses fondations, ce qui infirme la thèse de la présidente de l’arrondissement de Sidi Belyout, Kenza Chraibi, que la résidence menace ruine et qu’il faudra la démolir après avoir évacué les résidents… Et pourtant, Mme Chraibi est une avocate de profession et elle est censée de ce fait connaître et défendre la loi et le droit et non les piétiner… « Assez de silences complices. Assez d’humiliations infligées à ce peuple digne. Ce qui s’est passé à Casablanca avec la destruction illégale de l’immeuble El Manouzi est un affront.

Un acte de violence institutionnelle qui piétine les acquis durement arrachés par le peuple marocain au fil des décennies », ont dénoncé la famille El Manouzi dans une lettre où ils disent refuser la destruction « en pleine journée ce que des générations ont bâti de leurs mains et défendu par leurs luttes : le droit, la justice, la mémoire, la dignité». Le nom d’El Manouzi est connu dans le Maroc  politique et des droits de l’homme en raison de l’enlèvement  en 1972 d’un des leurs en Tunisie : Le militant de l’UNFP et syndicaliste Houcine El Manouzi. Alors âgé de 29 ans, il sera ensuite transféré au Maroc où les circonstances de sa disparition  ne seront jamais élucidées jusqu’à ce jour malgré la mobilisation de sa famille et des instances des  droits humains. L’immeuble Haj Ali El Manouzi n’est pas un édifice comme un autre. Pour ses enfants, la maison familiale -avant sa transformation dans les années 70 en immeuble de plusieurs étages- est un haut lieu de mémoire et d’histoire. En plus des réunions de l’Armée de Libération, ici ont vécu les grands noms de la résistance comme Zerktouni, Roudani et Sidki… Mais cette bâtisse historique ne sera pas transformée en musée de la mémoire comme l’auraient souhaité les enfants du résistant décédé en février 2014… L’immeuble de Haj El Manouzi est condamné à un autre sort et les neuf familles défavorisées qui y ont longtemps vécu ont été expulsées « sans avoir obtenu de logement de remplacement où déposer leurs affaires et dormir », déplorent les frères El Manouzi. « Il ne faut pas que cette belle Avenue Royale que nous soutenons soit transformée par les autorités locales et élues en boulevard de non-droit », concluent-ils, amers.

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