Festival Timizar de Tiznit : Les paradoxes d’un événement

Soutenir et valoriser l'artisan.

Dans ce plaidoyer poignant, l’auteur appelle les responsables à une meilleure utilisation des budgets des festivals d’artisanat en apportant notamment un soutien direct aux artisans…

Abdellah Hafidi Sbaï *

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Mardi 15 juillet 2025, j’ai assisté par hasard à la réunion organisée par la Chambre de l’artisanat de Tiznit à l’occasion de la 13ᵉ édition du festival Timizar dédié à l’argent. La rencontre était présidée par le jeune, dynamique et ambitieux ministre RNI de l’Artisanat, Lahcen Saadi. 

Les intervenants ont tous salué le Haut Patronage royal accordé au festival, qui a poussé les organisateurs à redoubler d’efforts car le soutien royal est le garant de la réussite de toutes les rencontres et festivités… 

Les dépenses du festival : un gaspillage?

Le budget englouti par le festival – comme la location de la grande tente caïdale installée sur la place Mechouar devant le palais royal et des centaines de petites autres tentes à Bab Aklou– coûte des millions de dirhams. Certains artisans en argenterie estiment qu’il aurait été préférable de les laisser dans leurs échoppes et de leur distribuer ces fonds sous forme de subventions dont ils ont tant besoin. Argument avancé : les touristes sont moins attirés par les festivals et les soirées dansantes que par la beauté des bijoux, qu’ils achètent pour les offrir ou les conservent comme souvenirs chez eux…Autrement, les festivals ne génèrent pas autant d’intérêt que la qualité intrinsèque des produits artisanaux.

Une injustice flagrante envers un maître artisan

Une observation m’a particulièrement interpellé : celle d’un vieil homme de la région d’Anzi, d’un âge avancé, le plus grand maître artisan de l’argent, fort d’une expérience de plus de 70 ans. Il a formé des milliers d’artisans qui vivent encore de leur savoir-faire, créant des pièces rares qui émerveillent les visiteurs. Ce maalem de valeur a été copieusement applaudi pour recevoir à la fin une plaque en papier enroulée dans du bois et du verre ordinaire, comme une « récompense honorifique » alors que d’autres, bien plus nombreux, ont reçu des cadeaux précieux: des fibules amazighes en argent, symboles emblématiques de Tiznit. 

D’aucuns ont reçu de simples certificats de reconnaissance alors qu’ils méritaient des prix dignes de ce nom, tandis que d’autres ont obtenu des prix de valeur. Ce vieil artisan, qui a consacré sa vie à son métier et à son développement, méritait bien plus qu’un simple geste symbolique. D’autres, qui font simplement leur travail et sont déjà bien rémunérés, reçoivent des cadeaux somptueux… 

Un appel à un vrai soutien matériel

À l’avenir, j’espère que les ministères, administrations, associations et communes penseront à distinguer les artisans par des récompenses matérielles significatives, qui les aideront réellement face aux aléas de la vie et pour faire face aux besoins urgents et aux défis de la vieillesse et de la retraite… Les sommes dépensées pour ces festivals sont colossales. Si seulement les personnes honorées en tiraient un bénéfice financier, pas seulement moral. Disons-le franchement : Offrir un certificat orné de belles lettres et de formules de respect ne mange pas de pain : accrocher ce cadre de reconnaissance chez lui ça ne paie pas des factures, ça n’achète pas de pain, de viande, ni de légumes, et ne règle pas non plus les frais de soins onéreux lorsque la maladie chronique s’invite au soir de la vie… « Soyez miséricordieux envers ceux sur Terre, et Celui du Ciel vous fera miséricorde. »

* Chercheur en Affaires sahraouies et mauritaniennes

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