Les jeunes sont en quête de visibilité et d’expression. Ils cherchent à être vus et reconnus. Nous gagnons davantage à leur offrir une partie de l’espace public dédié à la création.
Abderrahim Bourkia
Les jeunes aujourd’hui sont très connectés, voire même hyper ou trop connectés. C’est le moins que l’on puisse dire. Tout cela n’est pas mauvais en soi. Bien au contraire. Nous sommes au cœur de la révolution numérique. Notre jeunesse vit dans une ère de transformations rapides et intenses. Elle est comme un miroir des tensions sociales. Les jeunes dans l’ensemble sont le fruit de nos acteurs de la socialisation qui sont la famille, l’école, le groupe des pairs, les médias et tous les autres protagonistes qui gèrent la chose publique et les politiques publiques qui visent les jeunes. En somme, les jeunes sont un produit social. On récolte, ce que l’on sème. J’ai toujours en tête ce passage des Légendaires Pink Floyd dans l’album Animals « You’ll Reap the Harvest you Have Sown ». Désormais, les jeunes reflètent ce qu’on leur a inculqué comme valeurs citoyennes, amour de son prochain et de sa Patrie, de règles de bonne conduite d’éducation et de formation. Notre jeunesse porte en elle nos aspirations et nos craintes. Ils ne sont pas déconnectés par rapport à ce qui se passe autour d’eux. Nos jeunes comprennent tout. Ce Maroc à deux vitesses dont notre Roi a parlé dans son dernier discours du Trône. Les jeunes comprennent à leur manière et selon d’autres paramètres tout ce qui nous échappe. Ce Que l’on ne peut pas saisir. Ils perçoivent les inégalités sociales : précarité, manque d’opportunité et portent en eux nos frustrations et nos aspirations, celles d’un système éducatif et économique qui peine à accoucher de solutions justes et pertinentes. Car les jeunes sont dans le « It’s Now or Never » juste pour paraphraser le père du Rock’n’roll Elvis. Ils veulent des issues concrètes.
Formes d’expression
Chacun comme il peut, cherche à s’en sortir et à se frayer un chemin selon son éducation et ses convictions. Comme il se voit, se projette et se valorise. S’il est bien armé et outillé en formation, en apprentissage de langues, de textes inspirants et surtout en volonté. Son chemin est mieux dégagé et tôt ou tard il va y arriver. Sinon les choses deviennent plutôt compliquées. Ce jeune issu d’une famille modeste ou plus au moins favorisée a besoin d’être socialisé à des formes d’expression pacifique. Il déborde d’énergie. Je parle souvent des enfants de bas âge à partir de 6 ou 7 ans. Qui vont devenir des pré ados et ados et les femmes et les hommes de demain. Ils ont besoin d’un accès au sport et à la culture comme deux autres éléments de base pour construire une société confiante en elle-même et capable de faire face aux défis futurs. En effet, les jeunes auront d’autres formes alternatives d’expression. Comme le Supportérisme dans son visage créatif et fédérateur et non manifestations violentes et démesurées, la Musique, le Street-Art ou les Sports Urbains à titre d’exemple. Ces cultures, ou contre-cultures pour répondre au terme générique donné par les chercheurs, servent de supports d’identités individuelles soudées en identités collectives.
Des jeunes qui écoutent des « rappeurs » qui font l’actualité sans rentrer dans les détails. Il n’y a pas lieu de me demander ce que je pense vraiment de cette musique. Question de goût un point à la ligne. Cette contre-culture dominante « Rap et Hip Hop » et un peu moins « Reggae », « Électro » ou « Rock Hard » que je connais très bien n’est qu’une forme d’expression chez les jeunes au Maroc. Comme d’autres le Graff et les Tags qui donnent des fresques murales pour embellir nos grandes villes.
Hybridité culturelle
Dans notre contexte marocain, l’hybridité culturelle permet d’analyser la création urbaine contemporaine comme un espace de traduction, de métissage et de recomposition identitaire, où des influences globales (occidentales ou africaines) sont localement réappropriées, détournées et “marocanisées”; c’est ce que l’on observe déjà dans l’univers des Ultras qui est né dans une culture européenne et surtout italienne. Cette hybridité culturelle se manifeste dans les scènes marocaines à travers la musique : Rap et Hip Hop, Rock et Reggae, Fusion Gnawa, le street- art et les sports alternatifs comme le Skate et le Surf. Ce Rap représente et sublime une hybridité linguistique et sociale avec son mélange réussi de références culturelles locales inspirées de la religion, des traditions et des rues des quartiers populaires, samplé de formes musicales américaine ou de mélodies traditionnelles et des instrumentales d’Ahwach, Aissawa ou autres. Ce Rap qui est désormais davantage pour moi un outil d’expression, de critique sociopolitique, économique et de revendications identitaires. Une autre forme d’hybridation culturelle est largement observée dans le Rock et la Fusion Gnawa que les musiciennes affichent en jonglant très bien entre tradition et modernité. Dès la fin des années 90, des groupes comme Hoba Hoba Spirit, Haoussa, Darga, Gnawa Who, Sahoura, Barry & Survivors ou plus récemment Betweenatna ont commencé à expérimenter une fusion Rock, Reggae et Gnawa longtemps perçue comme World Music par les Occidentaux alors qu’il s’agit d’une musique marocaine, produite par des Marocains en darija avec un feeling marocain et des notes 100% de chez Nous.
Quête de visibilité
Les jeunes sont en quête de visibilité et d’expression. Ils cherchent à être vus et reconnus. Nous gagnons davantage à leur offrir une partie de l’espace public dédié à la création et dans cette seule perspective loin des guéguerres politico politiciennes qui nous font perdre inutilement davantage de temps et d’énergie . C’est un droit fondamental consacré par la Constitution de 2011 dont Sa Majesté le Roi Mohammed VI a posé les jalons pour un nouveau Maroc. Les jeunes dans cette quête testent à la fois leur limite et celle de tous les symboles de l’autorité au sens large à commencer par celle des parents. Les limites traduisent un conflit générationnel voire même intergénérationnel. Être à l’écoute de leurs colères et de leurs espoirs est salvateur. Il nous donnera les pistes à éclairer pour les amener à être davantage concernés par leur pays. Les jeunes aujourd’hui ne sont ni des anges, ni des démons, ni totalement intégrés, ni totalement exclus. Souvent, elles/ils sont bien avancés que nous, bien pressé-e-s pour être bien précis. Les jeunes sont en proie à de vives inquiétudes que l’on ne va pas toutes citer comme la pauvreté et l’envie de partir loin et de migrer même clandestinement. Cette quête est un élément dont on peut éventuellement tirer profit. Les jeunes débordent d’énergie et de créativité. Ce qui fait que l’investissement dans l’éducation, le sport, la culture et l’ouverture des espaces publics aux jeunes urbains et ruraux serait un autre levier de développement car notre cher pays regorge de talents et de potentiels champions.








