En étendant les avantages tarifaires aux provinces du Sud, l’Union européenne envoie un message politique fort : pour Bruxelles, les accords conclus avec Rabat couvrent tout le territoire national. Une évolution qui conforte la diplomatie économique marocaine dans une région devenue un hub stratégique entre l’Europe et l’Afrique.
Laila Lamrani
La signature, début octobre à Bruxelles, de l’accord agricole amendé entre le Maroc et l’Union européenne marque une étape majeure dans les relations économiques et politiques entre Rabat et Bruxelles. Au-delà des ajustements tarifaires, ce texte s’impose comme un instrument stratégique de consolidation de la souveraineté du Royaume sur ses provinces du Sud, tout en renforçant un partenariat euro-marocain déjà solide.
Un cadre tarifaire unifié pour l’ensemble du territoire
Conclu dans un esprit de partenariat et de compromis, l’accord prévoit que les produits agricoles des provinces du Sud bénéficieront des mêmes conditions préférentielles d’accès au marché européen que ceux issus des autres régions du pays. Des ajustements techniques ont été introduits, notamment en matière d’étiquetage : les produits porteront la mention explicite de leur région d’origine, « Laâyoune-Sakia El Hamra » ou « Dakhla-Oued Eddahab ». Cette mesure a pour objectif de renforcer la transparence vis-à-vis des consommateurs tout en affirmant, dans les faits, l’intégration pleine et entière de ces régions aux échanges commerciaux Maroc–UE. L’Algésario qui agonise a frétillé en apprenant cette nouvelle.
Reconnaissance
Si l’accord est de nature commerciale et non politique, il envoie « des signaux forts et clairs », comme l’a souligné le ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita. En confirmant l’application des tarifs préférentiels aux provinces du Sud, l’Union européenne acte dans la pratique que tout accord conclu avec le Maroc concerne l’ensemble de son territoire, y compris le Sahara marocain.
Pour l’expert en géostratégie Cherkaoui Roudani, cette signature représente « un acte de souveraineté géo-économique » et la fondation d’un « corridor de prospérité partagé » reliant l’Europe, l’Afrique et l’Atlantique. En positionnant le Sahara marocain comme hub logistique et agroalimentaire, l’accord inscrit la région dans les grandes chaînes de valeur transcontinentale.
Levier économique
L’accord intervient dans un contexte de forte dynamique de développement dans les provinces du Sud, alimenté par des investissements publics massifs dans les infrastructures, la santé, l’éducation et la protection sociale. Des projets structurants comme le port Dakhla Atlantique, appelé à devenir une plateforme d’exportation stratégique vers l’Europe et l’Afrique, confirment cette orientation.
Pour les investisseurs agricoles locaux, l’accord est perçu comme une « étape déterminante » qui devrait attirer davantage de capitaux, stimuler les exportations et générer des emplois, notamment pour la jeunesse régionale. Le Sahara marocain se positionne ainsi comme un pôle de développement intégré, au cœur des échanges entre continents.
Message géopolitique fort
Cet accord n’est pas passé inaperçu sur la scène internationale. Pour l’universitaire maroco-américain Anouar Majid, il confirme l’intérêt croissant des grandes puissances pour la région, devenue un hub économique stratégique. Quelques jours avant la signature, Washington a d’ailleurs réaffirmé sa reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur son Sahara et annoncé des mesures pour encourager les investissements américains dans la région.
Partenariat stratégique renforcé
Pour la Commission européenne, cette signature « renforce un partenariat de longue date » et ouvre la voie à un accord de partenariat stratégique plus large dans les mois à venir. Elle garantit aussi la continuité juridique pour les opérateurs économiques, dans un contexte où la sécurité des échanges agricoles entre les deux rives de la Méditerranée est cruciale.
En choisissant d’inclure explicitement les provinces du Sud dans le dispositif tarifaire et réglementaire de l’accord agricole, l’Union européenne acte une réalité économique et politique que le Maroc affirme depuis toujours. Sans modifier ses positions diplomatiques de manière formelle, Bruxelles reconnaît dans les faits la pleine intégration du Sahara marocain au territoire national et à ses relations commerciales.
Ce changement illustre la stratégie marocaine consistant à conjuguer diplomatie économique et consolidation de la souveraineté : en investissant massivement dans le développement des provinces du Sud et en les insérant dans des accords internationaux structurants, Rabat transforme la région en pivot économique incontournable, et envoie au monde un message clair : le Sahara n’est pas une marge, mais un moteur.








