Il avait promis de faire rouler le Maroc vers l’avenir, mais après 300 véhicules et quelques ratés mécaniques, Nassim Belkhayat, le fondateur de Neo Motors, semble surtout avoir calé au démarrage. Dans cet entretien sans frein à main, il nous parle de sa voiture diesel « made in Morocco », de sa vision électrique de secours, et de sa foi inoxydable en la mobilité… même immobile.
Propos recueillis par Laila Lamrani
Vous aviez promis une révolution de l’automobile 100% marocaine en 2023 avec la Neo. Deux ans plus tard, vous changez de cap. Que s’est-il passé ?
On n’a pas changé de cap. On a pris un virage… serré. Très serré. Un peu comme notre volant qui bloquait parfois au démarrage.
À peine 300 véhicules vendus… c’est ce qu’on appelle un bide ?
Non. C’est un lancement en douceur. Très douce. Une montée en régime façon escargot… mais turbo !
Certains parlent d’un projet sur-gonflé à l’égo et sous-gonflé à la production. À peine 300 voitures vendues?
C’est un choix. L’exclusivité crée la demande. Nos voitures sont comme des pièces d’art : rares, silencieuses, et… immobiles la plupart du temps.
On vous rappelle qu’en mai 2023 vous aviez été reçu au Palais royal pour présenter la Neo. Vous y repensez comment aujourd’hui ?
Avec émotion. Et un peu de honte aussi. À l’époque, on pensait vraiment qu’on allait détrôner Dacia et même les 4X4 asiatiques.
Maintenant, on vise les trottinettes.
Certaines mauvaises langues disent que votre modèle Neo était plus proche du néant que de l’innovation. Que leur répondez-vous ?
C’est une question de perception. Nous, on voit le néant comme un espace vierge, un terrain d’exploration… une zone blanche sur le GPS, si vous voulez.
Pourtant, la voiture souffrait de nombreux défauts techniques, à ce qu’il parait……
Des défauts ou des fonctionnalités surprises ? Ça dépend comment on présente les choses. Une clim qui souffle chaud en été ? C’est du hammam intégré. Le GPS qui se perd ? Une invitation à l’aventure.
Et les retards de livraison de 18 mois ?
On voulait créer l’attente. Le suspense. Le désir et la passion. Vous savez, comme pour les iPhones. Sauf que nous, y’avait pas la 4G… ni le Bluetooth… ni la finition.
Si vous aviez un message à adresser à vos 300 clients, ce serait lequel ?
Merci pour votre confiance… et votre patience. Et surtout : gardez précieusement vos Neo, elles seront peut-être des pièces de collection. Surtout si on ferme.
Et cette orientation vers une mini-voiture électrique, cela ressemble à une fuite en avant?
C’est une fuite contrôlée pour mieux accélérer vers le vide. Moins de carburant, moins de bruit, moins de ventes… mais plus d’agilité ! Ce n’est pas un échec, c’est un format compact de la réussite.
Certains affirment que votre voiture made in Moroccoo est en réalité un modèle chinois rebadgé. Peut-on encore parler d’industrie nationale ou c’est juste du rebranding industriel ?
Absolument pas ! La voiture est chinoise, certes… mais elle a été bénie à Ain Atiq , enregistrée à Casablanca et elle klaxonne en rythme avec du chaâbi. C’est donc une authentique Marocaine d’origine contrôlée… avec un léger accent mandarin !.
Peut-on alors parler de fusion spirituelle maroco-chinoise ?
C’est plutôt un partenariat transcendantal: la carrosserie vient de Chine, mais l’âme du moteur vient de Sidi Hajjaj. Même le grand Elon Musk n’a pas encore atteint ce niveau de fusion culturelle.
Et puis, qu’est-ce qu’être Marocain aujourd’hui ? Est-ce le châssis ou la force de l’intention ? La voiture roule sur du goudron marocain, elle consomme du carburant de Akhannouch et elle cale dans les bouchons de Rabat… n’est-ce pas ça, l’identité souveraine ?








