La fin de l’année 2025 a confirmé que le Maroc se trouve au milieu de gué, celui où aspirations populaires et stratégies publiques doivent converger.
Jamil Manar
L’année 2025 s’achève pour le Maroc avec un bilan mitigé : des avancements incontestables, des défis structurels persistants, et une perception populaire qui oscille entre optimisme prudent et impatience croissante. Sur les plans politique, économique et social, le pays a inscrit des objectifs ambitieux dans son agenda mais l’impact réel sur les conditions de vie du grand nombre reste le principal défi.
Si le pays a maintenu sa stabilité institutionnelle et poursuivi ses réformes économiques, le malaise social s’est toutefois accentué face à une perception d’immobilisme ou de déconnexion entre gouvernants et gouvernés. L’année 2025 aura aussi mis en lumière un malaise générationnel grandissant, incarné par l’émergence du mouvement Gen Z. Si cette contestation plus ou moins spontanée a fait long feu, elle n’en constitue pas moins un signal majeur dans un pays où un peu plus de 30% de la population se situe dans la tranche 15-34 ans.
Portée par une génération connectée, désinhibée et consciente de ses droits, cette mobilisation a placé au cœur du débat public deux priorités structurelles longtemps négligées : l’accès équitable à un système de santé digne de ce nom et la refonte en profondeur de l’enseignement. Mais au-delà des revendications sociales, c’est aussi l’absence de représentation de cette jeunesse dans les sphères de décision (gouvernement, partis, syndicats, élites administratives) qui cristallise davantage la fracture. Le paysage reste en effet dominé par une vieille garde déphasée et peu encline à passer la main ou à entendre de nouvelles voix. En 2026, année électorale, ignorer ce besoin de renouvellement générationnel serait courir le risque de transformer cette dynamique naissante en onde de choc politique.
La société marocaine est complexe : jeune, dynamique et créative, mais aussi confrontée à des défis sociaux persistants. L’école publique continue de susciter l’inquiétude, avec des attentes fortes en matière d’égalité des chances. Les hôpitaux, souvent mis à rude épreuve par des crises ponctuelles en dépit de la mobilisation de moyens assez conséquents, ont besoin surtout d’une meilleure gouvernance dont le principal levier reste la motivation du personnel soignant. L’agitation sociale dans l’univers numérique a montré au grand jour une opinion publique de plus en plus exigeante face aux lenteurs dans la mise en œuvre des réformes promises, des critiques acerbes sur la multiplication des conflits d’intérêt sur fond d’un questionnement croissant sur la capacité des élites politiques à traduire les orientations royales en résultats tangibles au bénéfice des plus fragiles.
Dans le même temps, cette effervescente digitale a mis en lumière un autre angle mort de l’action publique : l’absence criante d’un contre-discours structuré et crédible sur les réseaux sociaux. Entre indignations virales, dénonciations sincères, dérives populistes ou manipulations orchestrées, le débat 2.0 a imposé son tempo, souvent sans réponse ni nuance du côté officiel. Face à une jeunesse ultra-connectée et une opinion publique de plus en plus façonnée par les logiques algorithmiques, le gouvernement est resté globalement figé dans des modes de communication traditionnels, décalés et peu réactifs. Résultat : les réalisations, les réformes ou les efforts déployés n’ont que rarement trouvé écho dans ces nouveaux espaces d’influence.
À l’inverse, si les réformes de fond restent en suspens, si la gouvernance reste bancale, et si les aspirations populaires ne trouvent pas de réponses tangibles, la frustration sociale pourrait s’amplifier. Une telle trajectoire ne ferait qu’aggraver les disparités territoriales et sociales, la fracture générationnelle et économique et de fragiliser davantage la confiance dans les institutions.
La fin de l’année 2025 a confirmé que le Maroc se trouve au milieu de gué, celui où aspirations populaires et stratégies publiques doivent converger. Répondre aux attentes légitimes des citoyens (emplois, pouvoir d’achat, justice sociale, services publics performants) tout en consolidant sa place sur Cela dit, le Maroc a au cours de 2025 incontestablement marqué un point décisif sur le plan géopolitique avec l’adoption le 31 octobre de la résolution 9727 par le Conseil de sécurité de l’ONU. Ce texte, en consolidant le soutien international à l’initiative marocaine d’autonomie pour le Sahara, consacre une dynamique diplomatique patiemment construite, plaçant Rabat au centre du jeu régional. Face à cela, l’Algérie, recroquevillée sur des réflexes anachroniques, apparaît plus isolée que jamais sur la scène internationale. Le Maroc, lui, capitalise sur sa crédibilité, son ancrage africain, ses partenariats stratégiques et sa diplomatie économique pour élargir le cercle de ses alliés. Cette victoire redessine des lignes fortes : l’approche marocaine est désormais perçue comme la seule réaliste et pragmatique, reléguant l’agitation algérienne au rang de posture stérile et contreproductive.
Sur le plan économique, le Maroc a poursuivi en 2025 sa trajectoire de croissance, portée par des secteurs clés comme l’industrie automobile, l’aéronautique, les phosphates et l’agriculture. Des choix stratégiques, investissement dans les énergies renouvelables, développement d’infrastructures de transport, attractivité pour l’investissement, ont permis au pays de préserver une dynamique positive.
Quid de 2026 ? Quels sont les défis qui se dessinent à l’horizon ? Ce sera une année électorale avec la tenue en septembre des élections législatives, qui marqueront la fin du mandat du gouvernement actuel. Ce scrutin représentera bien plus qu’un simple renouvellement parlementaire : il incarnera un test politique grandeur nature, une évaluation populaire de cinq années de gestion, et potentiellement un tournant dans le paysage politique national.
Dans un climat de méfiance croissante vis-à-vis des partis traditionnels, le scrutin pourrait révéler un désengagement électoral, ou à l’inverse, une volonté de rupture exprimée par les urnes.








