Le choix de la candidature unique et le profil du successeur interrogent jusque dans les rangs du parti.
Laila Lamrani
Réuni le 28 janvier, le bureau politique du Rassemblement national des indépendants (RNI) a validé la candidature de Mohamed Chaouki, chef du groupe parlementaire à la Chambre des représentants, à la présidence du parti, en vue du congrès extraordinaire prévu le 7 février prochain à El Jadida. Une décision prise à la clôture du délai légal de dépôt des candidatures et qui n’a pas manqué de surprendre.
Selon le communiqué officiel du parti, une seule candidature a été enregistrée conformément aux statuts et au règlement intérieur : celle de Mohamed Chaouki. Après examen de son dossier, le bureau politique l’a transmis au congrès extraordinaire pour validation. Sur le plan procédural, rien à redire. Sur le plan politique, en revanche, la situation soulève de nombreuses interrogations.
L’absence totale de concurrence apparaît en décalage avec l’esprit démocratique et la culture de débat et de compétition qu’un parti locomotive du gouvernement est censé revendiquer. Plus surprenant encore, jusqu’à la veille de la réunion du Bureau politique, aucun candidat ne s’est manifesté. Juste des rumeurs qui ont circulé ces derniers jours sur de potentiels successeurs, notamment les ministres Mustapha Baitas et Nadia Fettah Alaoui. Le choix d’un candidat unique intrigue d’autant plus que Mohamed Chaouki, bien que chef du groupe parlementaire du parti à la première Chambre, demeure largement méconnu du grand public et même de larges franges de la scène politique. Cette discrétion contraste avec le poids et l’histoire du RNI, longtemps porté au niveau de la présidence par des figures politiques connues.
Pourquoi des cadres historiques, à l’image de Mohamed Aoujar — que certaines rumeurs annonçaient candidat le jour même de la réunion du BP — ont-ils renoncé à la dernière minute ? S’agit-il d’un retrait volontaire, d’un consensus imposé ou d’un signal révélateur de tensions internes larvées ? En tout cas, cette candidature unique, tout comme son titulaire, vient accentuer la confusion née de la décision, pour le moins troublante, d’Aziz Akhannouch de passer la main à la tête du RNI alors que les élections législatives sont prévues en septembre prochain. Un choix politique difficile à décrypter, qui a intrigué, voire désorienté, jusque dans le cercle des plus proches du chef du gouvernement. En se retirant à un moment aussi crucial, Aziz Akhannouch a ouvert une séquence d’incertitude interne, aujourd’hui renforcée par l’absence de véritable compétition pour sa succession. Loin de clarifier la transition, la désignation d’un candidat unique qui plus est xxxsemble nourrir davantage les interrogations sur la cohérence de la stratégie adoptée par le parti et sur sa capacité à aborder les prochaines échéances dans un climat de confiance et de mobilisation.
«Au-delà du congrès lui-même, cette candidature unique portée par un profil peu connu pose une question plus large sur l’avenir du RNI. Faut-il y voir les prémices d’une banalisation du parti, voire d’un rétrécissement de son influence politique, alors qu’il s’est imposé ces dernières années comme un acteur central de majorité gouvernementale ? Ou s’agit-il simplement d’une transition maîtrisée, mais encore mal expliquée ?», s’interroge un observateur politique qui a requis l’anonymat. Dans un contexte politique marqué par l’exigence de lisibilité, de leadership assumé et de débats internes ouverts, cette succession sans émulation apparaît comme un pari risqué. Elle alimente le sentiment d’un processus fermé, mal expliqué, et en décalage avec les attentes d’une base militante appelée, dans quelques mois, à défendre le bilan du gouvernement et le projet du parti devant les électeurs dans un contexte qui s’annonce compliqué pour les candidats rnistes. Plus que jamais, le congrès extraordinaire du 7 février a les allures d’ un rendez-vous décisif : non seulement pour entériner un nom, mais surtout pour lever les zones d’ombre entourant une transition qui, à ce stade, semble davantage susciter le doute que l’adhésion.








