L’interdiction d’exporter la sardine congelée pendant une année a mis le feu aux poudres et provoqué une vive réaction des lobbys de la filière. Ceux-ci ont vivement critiqué cette mesure, clamant haut et fort leur incompréhension et dénonçant une décision unilatérale qui porte un coup sévère à leur activité.
A Laâyoune, les patrons des unités de congélation n’ont plus le sourire. À la manœuvre de la fronde, on retrouve Hamdi Ould Errachid, président de l’Association nationale des industries de la congélation des produits de la mer (Anicom), mais aussi richissime député-maire de la ville, opérateur influent dans la pêche et quelques autres secteurs de rente où le gain est rapide et colossal. Figure influente de Istiqlal dont il maîtrise l’appareil, il mène la charge avec l’énergie d’un capitaine dont le navire serait soudain privé de vent… et surtout d’exportations juteuses.
Depuis la décision salutaire de la secrétaire d’État à la pêche Zakia Driouich de suspendre les licences d’exportation de la sardine congelée, leurs usines tournent au ralenti, gémissent-ils. Objectif affiché par l’administration : faire redescendre le prix de ce petit pélagique devenu star des étals… à près de 40 dirhams le kilo. Une sardine de luxe, presque prête à défiler sur tapis rouge. En ce mois de ramadan propice à la consommation du poisson, le pari de la secrétaire d’Etat à la pêche maritime est de la rendre accessible à la population à des tarifs raisonnables.

Les industriels, eux, ne l’entendent pas de cette oreille, dressant un tableau apocalyptique tout en agitant le chantage à l’emploi : chaînes à l’arrêt, ouvriers inquiets, crédits d’investissement à rembourser…Bref, l’économie nationale vacillerait pour quelques caisses de sardines immobilisées. On en viendrait presque à croire que le sort du pays dépend d’un congélateur débranché.
Mais au milieu de cette tempête, il y a un détail qui sent fort l’iode : la sardine, au Maroc, ce n’est pas du caviar. C’est la pitance du peuple. Le poisson du quotidien, celui qui permet de tenir quand la viande rouge flirte avec les 130 dirhams le kilo. Quand la côte de bœuf devient objet de contemplation, la sardine reste le dernier rempart protéiné des ménages. Alors oui, suspendre l’export fait grincer des dents chez ceux qui avaient pris goût aux marchés extérieurs plus rémunérateurs. Mais à trop courir derrière les devises, on finit par oublier l’assiette locale… et reléguer les plus modestes au rang de simples variables d’ajustement. Il semble que Hamdi Ould Errachid dont le parti siège au gouvernement considère le pouvoir d’achat des ménages comme un dommage collatéral. Et si les industriels dénoncent aujourd’hui une atteinte à leur modèle, certains y voient surtout un rappel salutaire : avant d’être une marchandise, la sardine est un bien de première nécessité. Visiblement, dans cette affaire, les plus gros poissons crient à la noyade… pendant que les petits luttent simplement pour ne pas se faire avaler.








