Cris, insultes, tension permanente et gouvernance à fleur de nerfs rythment depuis quelque temps le quotidien d’une institution où le management responsable a cédé la place à des méthodes brutales.
Ahmed Zoubaïr
À en croire une série de témoignages concordants, émanant de l’intérieur même de l’institution, l’OFPPT semble avoir ajouté à ses cursus de formation une discipline nouvelle et non homologuée : la gestion par la tension nerveuse permanente. Le climat interne, autrefois studieux — ou du moins serein — s’est profondément dégradé, cédant la place à une ambiance où la pédagogie a été défaite par la décibel-thérapie. Selon plusieurs sources, le quotidien de l’Office est désormais rythmé par des accès de colère spectaculaires de la directrice générale, faits de cris prolongés, d’emportements incontrôlés et de performances vocales que certains décrivent comme de véritables « crises verbales certifiées ISO ». Ces scènes, loin d’être des accidents de parcours, ont tendance à se répéter, installant un climat de peur diffuse où chacun apprend, à ses dépens, que le silence est parfois la seule compétence réellement salvatrice.
Mais les vociférations ne seraient qu’un échauffement. Car ces éclats s’accompagnent régulièrement d’un florilège d’insultes d’un registre particulièrement cru, emprunté davantage au lexique vulgaire qu’au langage respectueux. Cadres comme simples agents sont logés à la même enseigne, gratifiés au vu et au su de tous de propos humiliants portant atteinte à leur dignité professionnelle et dignité tout court, et au passage à l’image d’une institution censée former les compétences techniques du pays. Parmi les épisodes les plus spectaculaires figure une altercation verbale avec un agent de sécurité privée, coupable de ne pas avoir reconnu la directrice générale. Une faute sérieuse, certes, mais expliquée, selon plusieurs témoins, par les absences prolongées de cette dernière du siège de l’Office, consécutives à son installation — officieuse mais persistante — à l’Institut du Cheval à Rabat. L’incident aurait dégénéré en une scène publique d’invectives et de cris, offrant un tableau inédit : une dirigeante en duel verbal avec un agent subalterne, sous les regards d’un personnel choqué.
Sentiment d’impunité
Au-delà des éclats de voix, c’est un mode de gouvernance entier qui est aujourd’hui contesté. Plusieurs cadres dénoncent un management fondé sur la menace, l’intimidation et l’abus de pouvoir. L’allégeance y primerait sur la compétence, et toute dissonance est immédiatement corrigée par des mesures punitives : mutations arbitraires, mises à l’écart discrètes ou rétrogradations élégamment déguisées. Certains directeurs centraux en ont fait l’amère expérience, expédiés vers des destinations pédagogiques lointaines — Ben Ahmed, Goulmima — pour y redécouvrir les joies de l’enseignement ou de l’administration de base, comme si transmettre le savoir constituait une punition et non une vocation. Cette dérive autoritaire serait, selon plusieurs observateurs, le symptôme d’une fébrilité croissante au sommet de l’Office, accentuée depuis la publication du dernier rapport de la Cour des comptes, lequel a mis en lumière retards, dysfonctionnements et fragilités dans la mise en œuvre des programmes structurants de l’office.
À cela s’ajoute un conflit depuis longtemps sur la place publique avec le ministre de tutelle, Younes Sekkouri, matérialisé par un communiqué officiel inédit, largement relayé par la presse, dans une séquence jugée institutionnellement explosive. Malgré sa révolte contre l’autorité de son chef hiérarchique, la directrice générale demeure en poste, alimentant un sentiment d’impunité chez de nombreux cadres, convaincus que les protections autorisent des comportements difficilement compatibles avec l’éthique de la fonction publique. À ce tableau déjà chargé s’ajoute une pratique managériale récurrente : le reniement des décisions. Des orientations émanant directement de la direction générale ne sont pas assumées après coup, ce qui lui permet de faire porter le chapeau de l’échec aux cadres intermédiaires transformés, selon l’expression consacrée, en excellents boucs émissaires des turpitudes de madame la directrice et de ses sautes d’humeur nerveuses.
Un autre épisode, devenu presque anecdotique tant il illustre la confusion des genres, concerne des insultes proférées à l’encontre d’un responsable pour ne pas avoir joué les réveils de lui permettre de de ne pas rater son vol pour la Chine. Ce n’est pas la première fois qu’elle rate l’avion, victime de nuits prolongées que l’on dit consacrées au travail. Les conséquences humaines de cette gouvernance chaotique sont lourdes. Les agents évoquent une détérioration alarmante de leur état psychologique, une perte de repères, une défiance généralisée et un profond découragement face à une gestion jugée imprévisible, cassante et parfois vindicative.
Parallèlement, des sources internes pointent une opacité croissante dans les dispositifs de formation, une tendance à gonfler les indicateurs de performance et le recours à des budgets de communication substantiels destinés à polir l’image de l’Office, pendant que les dysfonctionnements structurels restent, eux, en formation continue. Enfin, le silence persistant du partenaire social, l’UMT pour ne pas citer, devant ce jeu de massacre, intrigue plus d’un. Ce mutisme est d’autant plus troublant qu’il coïncide avec un retard de plus de trois ans dans le traitement des promotions et des droits du personnel, soulevant des questions légitimes sur les droits les raisons de cette passivité syndicale. Face à ce climat plombé, une question s’impose : comment une institution chargée de former les compétences peut-elle s’accommoder d’une gestion aussi calamiteuse des ressources humaines et du chantier stratégique de la formation professionnelle ? Loubna Tricha qui agit comme si l’office était sa chose serait-elle au-dessus des lois ?








