Bruno Peyroles a cédé près du quart du capital de « Bureau Vallée », l’entreprise qu’il a créée en 1990, à une fondation actionnaire. Un choix à la fois intime et familial pour le créateur de ce distributeur de fournitures de bureau, qui compte 400 magasins dans le monde. Pour lancer son premier magasin, cet ancien cadre des supermarchés Auchan rassemble ses économies, emprunte en mettant sa maison en caution et convainc des actionnaires de le suivre dans l’aventure. 34 ans plus tard, la notoriété de la petite entreprise née dans les Yvelines a atteint une dimension internationale.
L’enseigne réunit 400 magasins (dont 320 en France), la plupart en franchises. Son train de vie est confortable et sans chichi. Il n’a pas d’attrait pour l’accumulation de richesses, n’a pas de résidence secondaire, ni de belles voitures. Bruno Peyroles a une forte conscience environnementale. Il sait se prendre en main, sans attendre l’État ou que d’autres se retroussent les manches. Pour agir sur l’environnement, il ne connait pas de méthode plus efficace que les méthodes des entreprises. Au sein de Bureau Vallée, cela se traduit par une forte responsabilité sociétale de ses entreprises (RSE). Chez Bureau Vallée, les candidats à la franchise sont ainsi sélectionnés par leur compatibilité RSE. Il mesure l’impact environnemental des produits vendus par son entreprise Bureau Vallée depuis 2008. Il fait disparaitre les produits les plus polluants de ses magasins.
En 2019, il cède gracieusement près d’un quart des titres détenus par sa holding familiale à une fondation. En se dépossédant, le créateur de Bureau Vallée déshérite aussi ses trois enfants – dont deux évoluent à la tête de Bureau Vallée. Une décision loin d’être anodine. Sur le plan juridique, elle nécessite un acte notarié. Sur le plan familial, elle génère quelques remous. « Oui, c’est troublant. Oui, papa ne nous fait pas confiance ! Le lancement de la fondation est devenu un point de marquage. Cela a été un trouble. Il faut passer cette étape qui, maintenant, n’est plus un sujet », confie Bruno Peyroles. Ce que change ce fond de dotation sur le fonctionnement de l’entreprise ? Pas grand-chose, assure le fondateur : « On demande des résultats comme le ferait un actionnaire. Sauf qu’on le fait pour la planète ». Les dividendes qui remontent sont fléchés vers des projets RSE en lien avec l’environnement, mais aussi avec l’entrepreneuriat et l’éducation. Replantation de haies, enseignement, entrepreneuriat au Cameroun… : 350 000 euros ont été versés en 2023/2024 et 550 000 euros en 2024/2025 à des fins philanthropiques. Depuis sa création, la fondation a redistribué plus d’un million d’euros. Les projets sont sélectionnés par un comité réunissant un représentant des franchisés, un de la tête de réseau et une personnalité extérieure. « Il y a aussi un membre de la famille, mais il ne prend pas part aux votes », indique Bruno Peyroles.
« La fondation est autonome. Il ne faudrait pas que sa direction opérationnelle détourne ses activités, en fonction de convictions politiques par exemple ». Dans ses réflexions également, la part du capital de l’entreprise qui pourra à terme être donné à la fondation. (À suivre)
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