Fouzi Lekjaa L’homme qui fait bouger les lignes

Fouzi Lekjaa. Un destin national ?

À quelques encablures  des prochaines échéances législatives de septembre 2026, un nom revient avec insistance dans les salons politiques, les cercles économiques et même les discussions de café : celui de Fouzi Lekjaa. Éclairage.

Ahmed Zoubaïr

Officiellement, il n’en est rien. Aucun parti ne l’approché ni investi. Aucun communiqué ne l’annonce candidat. Pourtant, la rumeur enfle, enfle, enfle. Comme c’est souvent le cas au Maroc, les bruits de couloir persistent parce qu’ils puisent leur force dans une réalité sous-jacente ou en devenir. Dans une classe politique usée par les affaires et décrédibilisée par les fausses promesses et en mal de figures fédératrices et de profils capables d’incarner à la fois l’efficacité, l’autorité et la réussite, Fouzi Lekjaa avec son profil de technocrate aguerri émerge du lot. Ministre délégué chargé du Budget, patron de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), acteur influent dans les grands chantiers économiques et sportifs du Royaume, il est aujourd’hui l’un des rares responsables publics dont la notoriété dépasse largement les cercles politiques traditionnels.

Cette montée en puissance intervient dans un contexte particulier. Après plusieurs années aux commandes, la majorité gouvernementale conduite par le RNI aborde la dernière ligne droite de son mandat sous les critiques acerbes de la population. Si plusieurs réformes structurantes ont été engagées, la question du pouvoir d’achat demeure, aux yeux d’une partie des Marocains, le principal angle de vulnérabilité de l’action gouvernementale. 

Cette perception a progressivement érodé le capital politique du Rassemblement National des Indépendants (RNI), dont est issu le chef du gouvernement, alimentant les spéculations sur l’émergence de nouveaux profils capables d’incarner un second souffle. C’est dans ce climat de défiance populaire grandissante que Fouzi Lekjaa devient une carte politique maîtresse capable de corriger bien des dysfonctionnements à l’origine de la colère populaire et d’insuffler une nouvelle dynamique à la gouvernance du pays. Une belle  consécration qui viendrait couronner le parcours de ce haut responsable dont les racines plongent dans le Maroc profond.

Depuis une décennie, Lekjaa a construit patiemment une image rare dans l’espace public marocain : celle d’un dirigeant capable d’obtenir des résultats. Sous sa présidence, force et de constater que la Fédération marocaine de football s’est imposée comme l’une des plus performantes du continent. Les exploits des Lions de l’Atlas au Mondial 2022, l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et la préparation de la Coupe du monde 2030 ont renforcé son aura bien au-delà du monde sportif.

Dans un contexte où les citoyens ne cachent plus leur exaspération face aux promesses non tenues et à la multiplication des actes de prévarication impliquant de nombreux élus, Lekjaa qui ne jure que par la culture de résultats bénéficie d’un capital symbolique précieux : celui des accomplissements concrets.

Le PAM en quête d’un chef

Au sein du Parti Authenticité et Modernité (PAM) qui s’est fourvoyé dans une présidence à trois, nombreux sont ceux qui considèrent qu’une victoire électorale passe par la cooptation d’une personnalité capable de dépasser les frontières partisanes traditionnelles.

Le PAM, qui a été sérieusement ébranlé par des scandales retentissants, dispose certes d’élus, de réseaux territoriaux et d’une forte implantation locale. Mais il lui manque encore une figure susceptible d’incarner une ambition nationale et de mobiliser un électorat au-delà de son socle habituel. Dans cette perspective, le profil de Lekjaa s’impose naturellement.  L’enfant prodige de Berkane pourrait porter les couleurs du parti dans sa ville natale de l’Oriental et servir de locomotive électorale lors des prochaines législatives. Son ancrage territorial, combiné à sa popularité nationale, constitue un atout que peu de responsables politiques peuvent aujourd’hui revendiquer.

L’écho rencontré par l’hypothèse Lekjaa ne laisse d’ailleurs pas indifférents les autres acteurs de la majorité et de l’opposition. Depuis plusieurs mois, les observateurs voyaient dans le secrétaire général de l’Istiqlal, Nizar Baraka, un candidat sérieux à la primature. Mais l’intrusion du nom de Fouzi Lekjaa dans le jeu semble avoir rebattu les cartes et tempéré bien des certitudes. 

Le véritable enseignement de cette rumeur n’est peut-être pas tant la candidature éventuelle de Fouzi Lekjaa aux prochaines législatives que le Dans un paysage partisan discrédité, peu de personnalités suscitent aujourd’hui autant de spéculations. Peu de responsables disposent à la fois d’une expérience de gestion, d’une visibilité médiatique, d’une crédibilité institutionnelle et d’une image de bâtisseur. Rien ne dit aujourd’hui que Fouzi Lekjaa vise la primature. Rien ne permet non plus d’affirmer qu’il sera candidat sous une bannière partisane lors des prochaines élections. Mais les grandes trajectoires politiques commencent souvent par une simple question que tout le monde se pose, se mue en rumeur avant qu’elle ne devienne une évidence. En fait, la vraie question n’est pas de savoir pourquoi le nom de Fouzi Lekjaa circule avec autant d’insistance. 

La vraie question est de savoir qui, aujourd’hui, dispose d’un profil suffisamment solide et d’un préjugé favorable auprès d’une bonne partie de l’opinion pour lui disputer objectivement cette place dans l’imaginaire politique et populaire national. 

Interrogé il y a quelques jours par Al Jazeera, en marge de la Coupe du monde 2026, sur les rumeurs le présentant comme un possible « chef du gouvernement du Mondial », Fouzi Lekjaa a choisi la retenue. « Je n’ai aucune connaissance de ce sujet », a-t-il répondu en se contentant d’une formule empreinte de philosophie : « L’invisible n’est connu que de Dieu, et c’est en Lui que nous plaçons notre confiance. » Une réponse soigneusement pesée qui ne valide en rien les spéculations, mais qui ne les referme pas totalement non plus. De quoi laisser intacte une rumeur qui continue d’alimenter les conversations dans les milieux politiques et au-delà…

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