À l’Istiqlal, le prochain gouvernement ne manque pas de candidats. Il manque de portefeuilles pour les caser tous. Le casse-tête de la « ministrabilité » s’annonce donc redoutable pour Nizar Baraka, sommé d’arbitrer entre ambitions, équilibres internes et ce qui devrait, en principe, primer sur tout : les compétences. En principe, car en politique, le principe a souvent le dos large.
Les prétendants, eux, se bousculent déjà au portillon. Parmi eux, des ministres sortants rêvant de rempiler : Ryad Mezzour à l’Industrie et au Commerce, Abdessamad Kaytouch au Transport et à la Logistique. Nizar Baraka lui-même pourrait entrer dans l’équation s’il ne décroche pas le perchoir auquel son parti prétend. Autrement dit, avant même l’ouverture des vraies négociations, les noms circulent et les calculatrices politiques tournent à plein régime.
La compétition ne s’arrête pas aux sortants. À l’Istiqlal, certains nouveaux visages qui attendent leur tour depuis des années ne cachent pas leurs ambitions. Mohamed Ould Errachid, président de la deuxième Chambre, est de ceux-là. Dans son cas, la question est aussi familiale : Papa Hamdi, membre influent de l’Istiqlal et nabab de Laayoune dont il est le maire, pèse de tout son poids pour que son fils entre au gouvernement. Peu importe, semble-t-il, le portefeuille, pourvu qu’il y en ait un. Si l’ambition se confirme, elle ajoutera une variable supplémentaire — et pas des moindres — aux arbitrages douloureux de Nizar Baraka.
Car le secrétaire général de l’Istiqlal doit résoudre une équation complexe : satisfaire les équilibres politiques, ménager les susceptibilités internes, récompenser les fidélités, tenir compte des poids territoriaux et, en même temps, offrir au gouvernement des profils capables de produire des résultats.
C’est précisément là que le cas de Youssef Tazi mérite attention.
Ingénieur des Ponts et Chaussées de formation, entrepreneur accompli, patron d’un groupe du BTP employant quelque 2 000 personnes, Tazi appartient à une espèce devenue rare dans les antichambres politiques : celle des responsables qui ne courent pas après le portefeuille avant même qu’on leur en promette un.
Son parcours est d’autant plus intéressant qu’il n’est pas un nouveau venu dans l’environnement istiqlalien.
Un militant maison, pur souche, à l’image de son père Abdelhak, figure historique du parti récemment décédé, à rebours de certains profils repeints aux couleurs istiqlaliennes pour siéger au gouvernement.
Youssef Tazi a accompagné le parti et ses ambitions, notamment sur le terrain électoral, en apportant davantage que des mots ou des promesses. Son engagement s’est aussi traduit par des réalisations concrètes, dans l’entreprise comme dans son implication politique.
Et pourtant, l’ex-parlementaire ne se jette pas dans la bataille de la « ministrabilité ». Pas de campagne officieuse, pas de lobbying tapageur, pas de ballet de prétendants devant les portes du pouvoir. Son attitude est plus sobre : si le parti estime que son expérience et ses compétences peuvent être utiles au pays et au gouvernement, il est prêt à servir.
Cette posture peut paraître anachronique à l’heure où certains considèrent la fonction ministérielle comme une fin en soi, quand ce n’est pas comme une récompense. Elle dit pourtant une autre conception de la politique : ne pas réclamer un portefeuille, mais accepter d’en assumer un si l’intérêt général l’exige.
Le problème de Nizar Baraka est précisément là. Composer un gouvernement ne devrait pas être un concours de popularité interne, ni une course au plus influent, au plus pressant ou au mieux connecté. Cela devrait répondre à une question beaucoup plus simple : qui est capable de faire le travail ?
Dans un pays où les attentes sociales montent, où le pouvoir d’achat, l’emploi, les infrastructures, l’industrie et la logistique exigent des réponses urgentes et concrètes, la ministrabilité devrait d’abord se mesurer à la capacité d’agir.
À l’Istiqlal, Nizar Baraka devra donc choisir entre deux philosophies. Celle des candidats qui estiment que le gouvernement leur doit une place. Et celle des profils qui estiment que le parti peut, à un moment donné, avoir besoin d’eux. La démarche des uns et des autres pourrait même fournir un bon critère de sélection : ceux qui courent le plus vite vers le fauteuil ne sont pas nécessairement ceux qui sauront le mieux l’occuper.
Devant cette inflation des ambitions ministérielles dans tous les partis, une solution radicale finirait presque par s’imposer : multiplier les intitulés de portefeuilles jusqu’à épuisement des prétendants. On créerait le ministère des Oued et des Montagnes, le secrétariat d’État aux Pistes rurales, le ministère des Taxis et du Transport clandestin, pourquoi pas un haut-commissariat aux Embouteillages et un secrétariat d’État aux Nids-de-poule. À ce rythme, il ne resterait plus qu’à nommer un ministre par problème et un problème par ministre.








