Formation du gouvernement : Le RNI dehors, la Koutla ressuscitée, le MP courtisé

Nizar Baraka, Driss Lachgar, Nabil Benabdallah et Mohamed Ouzzine.

Jamil Manar

La formation du prochain gouvernement entre dans sa phase décisive. Après les élections du 23 septembre, les partis ont commencé à lever progressivement le voile sur leurs intentions. Conseils nationaux, comités centraux, bureaux politiques : les instances internes se réunissent et donnent mandat à leurs dirigeants pour négocier les conditions de leur participation avec la cheffe du gouvernement, Fatima Ezzahra El Mansouri.

Mais si les grandes manœuvres ont commencé, l’équation n’est pas encore entièrement résolue. Les instances dirigeantes du RNI, de l’Istiqlal, du Mouvement populaire et du PPS ont été les premières à donner leur feu vert. 

Reste l’USFP, dont le Conseil national devrait se prononcer le samedi 10 octobre. C’est probablement de cette décision que dépendra en grande partie la physionomie de la future majorité.

Le RNI dit oui, mais le PAM hésite

Le RNI a été le premier à dégainer en affichant sa disponibilité à gouverner avec le PAM, et a confié à son président, Mohamed Chaouki, la gestion des modalités de cette participation. Mais cette main tendue se heurte à une difficulté politique majeure : lors du Conseil national du PAM, réuni le samedi 3 octobre, des voix se sont élevées contre la reconduction de l’alliance avec le RNI qui avait conduit le précédent gouvernement. 

La cheffe du gouvernement désignée et coordinatrice nationale du parti, Fatima Ezzahra El Mansouri, semble avoir accueilli favorablement les réserves des siens. À ceux qui réclamaient une rupture avec le RNI, elle a répondu, selon le compte rendu de la réunion : « J’ai entendu votre message. »

De son côté, l’Istiqlal a donné mandat à son secrétaire général, Nizar Baraka, pour conduire les négociations relatives à sa participation au prochain gouvernement. Le parti a également conditionné cette participation à la prise en compte de ses engagements électoraux dans le futur programme gouvernemental. L’Istiqlal se prépare à négocier, mais entend convertir son poids électoral en contenu programmatique et en responsabilités gouvernementales.

Avec ses 65 députés, le parti est en effet une pièce importante de toute majorité autour du PAM.

Le Mouvement populaire a suivi une logique comparable. Son Conseil national a mandaté son secrétaire général, Mohamed Ouzzine, pour poursuivre les concertations et arrêter la position du parti sur sa participation au gouvernement. Formation historique, le MP avait déjà fait savoir qu’une éventuelle participation devrait tenir compte de son programme politique ainsi que de son poids politique et de son expérience.

Le Comité central du PPS, réuni le mardi 6 octobre, a mandaté à l’unanimité le bureau politique pour gérer la prochaine étape des consultations gouvernementales.

Le parti a posé des conditions politiques et programmatiques, notamment en matière de questions sociales et économiques, de jeunesse, d’emploi, de lutte contre les inégalités sociales et territoriales, d’amélioration du pouvoir d’achat et de consolidation du choix démocratique.

Mais le mouvement engagé par le PPS ouvre clairement la voie à une éventuelle participation. Les discussions avec Fatima Ezzahra El Mansouri auraient fait apparaître plusieurs convergences, notamment sur les priorités socio-économiques.

Pour sa part, l’USFP a fini par clarifier sa position. Après deux tours de discussions avec Fatima Ezzahra El Mansouri, le bureau politique s’est prononcé en faveur d’une participation au gouvernement. Cette orientation doit toutefois être soumise au Conseil national, prévu le samedi 10 octobre, où le courant participationniste est majoritaire.

Les consultations engagées depuis ont donné du grain à moudre à ceux qui, au sein du PAM, ne souhaitaient pas une simple reconduction de la majorité sortante. L’idée d’un « gouvernement politique », construit autour du PAM et des trois composantes historiques de la Koutla (Istiqlal, USFP et PPS), s’est progressivement imposée dans les discussions. Or, la Koutla n’est pas née d’hier. La Koutla démocratique a été créée en 1992 autour de l’USFP, de l’Istiqlal, du PPS et de l’OADP. Après le retrait de cette dernière formation, le trio Istiqlal-USFP-PPS en est devenu le noyau historique.

Cette alliance a accompagné le long cheminement vers l’alternance, jusqu’à l’arrivée de feu Abderrahmane Youssoufi à la tête du gouvernement en 1998.

La Koutla appartient donc à une autre époque : celle des grandes familles politiques, des clivages idéologiques assumés et d’un paysage partisan où les trajectoires historiques pesaient lourd dans les équilibres gouvernementaux. La voir ressurgir en 2026 autour du PAM a quelque chose d’anachronique.

Le parti né dans les années 2000 pour contribuer à la rénovation du paysage politique pourrait ainsi gouverner avec trois des formations les plus anciennes de la scène partisane marocaine. Autrement dit : le nouveau venu invite les anciens à sa table pour écrire une nouvelle page de l’histoire politique nationale.

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