Léon Blum doit faire face à l’antisémitisme virulent qui n’hésite pas à s’exprimer à travers les propos du député Xavier Vallat (1891-1972). Cet ardéchois, fils de Pétain, restera par la suite fidèle à ses convictions antisémites en devenant commissaire général aux questions juives sous le régime de Vichy. Au-delà de l’incroyable sensation de liberté et de joie que ressentent des milliers d’ouvriers pendant ces semaines si particulières, c’est une véritable colère qui explique en réalité la propagation du mouvement à tous les secteurs de l’économie comme son durcissement au fil des jours. Il faut dire aussi que s’il y avait la liesse, s’il y avait cette atmosphère qui a fait de ces rêves une véritable fête populaire, il y avait aussi le côté sérieux. Léon Blum lui-même déclare qu’il n’est pas pour l’occupation des usines. Mais s’il n’y a pas de mesure sociale, on peut craindre le pire. Lorsque Léon Blum se présente le 6 juin 1936 devant la Chambre des députés pour son investiture, il est parfaitement conscient qu’il se doit d’apporter des réponses concrètes aux exigences des grévistes. Cette mobilisation des ouvriers va lui permettre d’imposer une accélération sans précédent de l’histoire sociale française. Immédiatement, Léon Blum s’engage bien au-delà du timide programme du Front populaire. Il propose de réduire le temps de travail de 48 à 40 heures par semaine, comme le réclame la Confédération Générale du Travail – CGT – désormais réunifiée. Léon Blum promet aussi d’accorder 2 semaines de congés payés à tous les salariés du pays. Puis, dès le lendemain, le 7 juin 1936, il imagine un processus de négociation inédit qui continue encore aujourd’hui de guider l’action gouvernementale.
À peine investi, Léon Blum rencontre les représentants de la CGT et ceux du patronat pour négocier la sortie de grève. Léon Blum reçoit les partenaires sociaux, on dirait aujourd’hui, mais c’est lui qui invente les partenaires sociaux, de fait, parce que ça n’existait pas jusqu’alors. Lorsque Léon Blum réunit syndicats et patronats, il y a 90 ans, dans la soirée du 07 juin 1936, un accord est finalisé en quelques heures. En une nuit, le gouvernement décide de changer la vie des ouvriers. Le patronat, paniqué par le blocage des usines, était prêt à toutes les concessions pour sortir de la crise. C’est la première fois que l’on voit un chef du gouvernement prendre position en faveur des grévistes contre les patrons. Ça ne s’est jamais vu jusque-là. Les salaires seront augmentés de 15%. Et ce qui est révolutionnaire pour l’époque, les ouvriers auront droit à l’action syndicale dans les entreprises ! Des DP – Délégués du Personnel – seront élus par les salariés et des contrats collectifs, que l’on appellera bientôt des conventions collectives, seront négociés dans toutes les branches et appliqués à tous les salariés. Les ouvriers sont persuadés que même si l’extrême droite met encore des obstacles sur leur route, ils sauront triompher à nouveau. Les ouvriers payés 2 semaines à ne rien faire a été mal perçu par l’Église car, selon elle, cela va les inciter à la paresse et au péché.
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