Nouvelle majorité : Le PAM choisit l’Istiqlal, l’USFP et le PPS…

La cheffe de gouvernement désignée posant aux côtés de ses nouveaux partenaires.

Écarté de la nouvelle majorité conduite par la coordonatrice du PAM Fatima Ezzahra El Mansouri, le RNI découvre les charmes de la politique : hier dans le jeu, aujourd’hui sur la touche! 

Jamil Manar

Après avoir dirigé le gouvernement, le RNI, formation habituée aux ors du pouvoir et façonnée pour gouverner, va devoir apprendre l’opposition. Pour un parti dont la culture politique s’est longtemps confondue avec l’exercice du pouvoir, ce n’est pas une transition : c’est une reconversion forcée. La politique a ses retournements de situation et ses lendemains qui déchantent.

 Au terme de deux tours de consultations conduites par Fatima Ezzahra El Mansouri, cheffe du gouvernement désignée, le Parti authenticité et modernité (PAM) a choisi comme attendu de s’allier au Parti de l’Istiqlal (PI), à l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et au Parti du progrès et du socialisme (PPS). L’accord, annoncé dans un communiqué conjoint publié en début de soirée du lundi 12 octobre, dessine les contours de la nouvelle majorité et renvoie le parti d’Aziz Akhannouch dans l’opposition aux côtés des islamistes avec lesquels il faut désormais cohabiter… Le communiqué des quatre formations présente leur attelage comme un bloc « cohérent et fort », appelé à répondre aux attentes des citoyens en matière de conditions de vie dignes, de libertés, de droits, de justice sociale, d’équité territoriale et de prospérité économique. De belles ambitions sur le papier, qui devront maintenant résister à l’épreuve des réalités. Car entre les professions de foi consensuelles et la conduite effective des affaires publiques, il existe souvent un fossé que les meilleures déclarations d’intention ne suffisent pas à combler.

La nouvelle cheffe du gouvernement, nommée par le roi Mohammed VI conformément à l’article 47 de la Constitution après la victoire du PAM aux élections, a donc tranché. Plutôt que de reconduire l’attelage sortant dans sa totalité, elle a privilégié une coalition à quatre, réunissant des formations aux trajectoires et aux sensibilités différentes. Au passage, cette recomposition donne une seconde vie à la Koutla, cette alliance historique du mouvement national et de la gauche, dont les composantes se retrouvent aujourd’hui autour d’un objectif commun: participer au pouvoir sous la conduite du PAM. La résurrection est moins idéologique que pragmatique. Les vieilles familles politiques se découvrent de nouvelles affinités lorsque les circonstances l’exigent. L’essentiel est de réunir les voix nécessaires, de garantir une assise parlementaire et de donner à la nouvelle équipe les moyens de gouverner. Dans ce jeu d’alliances, le RNI n’a manifestement pas trouvé sa place.

Au sein du RNI, la pilule est d’autant plus amère que le PAM était jusqu’ici un partenaire de la majorité sortante. Beaucoup y voient un lâchage, sinon une trahison politique. Mais les alliances ne sont pas des contrats d’assurance contre les vents qui tournent. Dans les coulisses du pouvoir, les fidélités affichées s’effacent parfois devant les calculs du moment et les perspectives de recomposition. Il faut d’ailleurs préciser que, dans les états-majors du PAM, Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice sortant, fut l’un des rares à défendre une reconduction de l’alliance avec le RNI. Une plaidoirie courageuse, sans doute, mais aussi utile qu’un parapluie dans un incendie: face au rejet du RNI par de nombreux membres du parti, son avis n’a pas pesé lourd. Sa voix a été noyée dans le brouhaha du ressentiment et des ambitions recalculées. Le RNI, parti-locomotive du précédent gouvernement, se retrouve ainsi victime d’un cruel retournement de situation : après avoir été le chef de la majorité sortante, il doit désormais apprendre à vivre sans les leviers du pouvoir. Une perspective qui n’a rien de facile pour une formation dont l’identité politique s’est construite autour de la participation gouvernementale et de la gestion des affaires publiques.

Il faut dire que le bilan de la précédente équipe a laissé des traces dans l’opinion. La cherté de la vie, l’érosion du pouvoir d’achat et les difficultés quotidiennes de nombreuses familles ont nourri un mécontentement dont le RNI a payé une bonne partie du prix politique. Difficile, dès lors, de dissocier son éviction de cette usure, même si les choix de la nouvelle majorité répondent également à des considérations politiques.

Le RNI de Chouki devra pouvoir défendre son bilan, expliquer ses choix et contester, le cas échéant, les orientations de ses successeurs. Mais il lui faudra aussi reconnaître les limites de son action et comprendre que les préoccupations exprimées par les citoyens ne disparaissent pas avec un changement de majorité. C’est là que commence le véritable défi. Le RNI, parti de gouvernement né pour gouverner, va devoir apprendre à faire de l’opposition. Et l’exercice s’annonce délicat. Pour une formation habituée à fréquenter les couloirs ministériels, à négocier les équilibres de la majorité et à participer à la conduite de l’action publique, passer de l’autre côté de l’hémicycle exige un changement de culture. Il ne suffit pas de perdre les postes pour devenir une opposition crédible. Encore faut-il savoir élaborer des contre-propositions, contrôler l’action gouvernementale, défendre les intérêts des citoyens et porter une critique argumentée sans verser dans l’obstruction systématique.

cari maj

C’est toute la différence entre une opposition de circonstance, née de la frustration de ne plus être aux commandes, et une opposition de conviction, capable de transformer la perte du pouvoir en occasion de renouvellement politique. Pour le RNI, la difficulté est d’autant plus grande que sa mise à l’écart peut être vécue comme une injustice par ses militants et ses responsables. Mais les états d’âme ne constituent pas un programme politique. Si le parti entend continuer à peser dans le débat national, il devra démontrer qu’il peut exister autrement que par sa présence au gouvernement. Une gageure pour une formation dont le réflexe naturel a longtemps été de chercher sa place dans les majorités plutôt que de s’installer durablement dans les rangs de l’opposition. Le Rassemblement a donc une double tâche : tirer les leçons d’une expérience gouvernementale marquée par le mécontentement social et inventer une nouvelle manière de faire de la politique. Il lui faudra notamment se démarquer de ses anciens réflexes, clarifier son discours et renouer avec les préoccupations populaires qui ont pesé sur le bilan de la majorité sortante.

Une majorité face à ses promesses

Pour Fatima Ezzahra El Mansouri et ses trois partenaires, le plus difficile commence également. La coalition présentée comme « cohérente et forte » devra faire la preuve de sa solidité au-delà de l’accord de principe. Entre le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS, les convergences affichées devront se traduire en arbitrages concrets, en priorités communes et en résultats tangibles. La nouvelle majorité sera attendue sur les mêmes sujets qui ont fragilisé la précédente : pouvoir d’achat, emploi, qualité des services publics, justice sociale et réduction des disparités territoriales. Elle ne pourra pas éternellement invoquer l’héritage de ses prédécesseurs pour justifier ses propres difficultés. La Koutla ressuscitée, le PAM aux commandes et le RNI relégué dans l’opposition : le paysage politique national entre dans une nouvelle séquence. Reste à savoir si cette recomposition débouchera sur une nouvelle dynamique gouvernementale ou si elle se limitera à un changement de partenaires autour des mêmes contraintes. Quant au RNI, il lui appartient désormais de relever un défi peu familier : prouver qu’un parti habitué aux allées du pouvoir peut aussi être utile au pays depuis l’opposition. Car gouverner est un métier, mais s’opposer intelligemment en est un autre. Et pour une formation née et façonnée pour exercer le pouvoir, apprendre à ne plus gouverner pourrait bien être la plus difficile de toutes les transitions.

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