7e art : Tétouan fait son cinéma, la Méditerranée à l’écran

Le Grand Prix Tamouda, principale dis tinction du festival, est revenu à Exile, du réalisateur tunisien Mehdi Hmili.

Clap de fin pour la 31e édition du Festival du cinéma méditerranéen de Tétouan. Du 3 au 10 octobre 2026, la Colombe blanche a accueilli huit jours de projections, de rencontres et de débats, confirmant la vocation de ce rendez-vous à faire du septième art un espace de dialogue entre les cultures. Au palmarès, le Tunisien Mehdi Hmili s’est imposé avec Exile, tandis que le film marocain Mira a valu deux distinctions à ses interprètes.

Laila Lamrani

À Tétouan, le cinéma n’est pas monotone. Il donne à voir les fractures du monde, les mutations sociales et les espoirs qui traversent les sociétés méditerranéennes. Pour sa 31e édition, le Festival du cinéma méditerranéen a une nouvelle fois réuni cinéastes, producteurs, comédiens, critiques et cinéphiles autour d’une programmation ouverte sur la diversité des regards et des écritures.

La compétition officielle, composée de dix longs métrages venus notamment du Maroc, de Tunisie, d’Espagne, d’Italie, du Portugal, de Turquie, de France et de Palestine, a illustré la richesse des cinématographies du bassin méditerranéen. Présidé par l’actrice espagnole Mónica López, le jury a distingué des œuvres explorant les tensions sociales, les trajectoires individuelles et les bouleversements contemporains.

Exile, le sacre du cinéma tunisien

Le Grand Prix Tamouda, principale distinction du festival, est revenu à Exile, du réalisateur tunisien Mehdi Hmili. Cette coproduction internationale a également remporté le Prix de la critique Mustapha Mesnaoui, réalisant ainsi un doublé. Le film s’est distingué par sa construction dramatique et son regard sur les rapports de force économiques et le monde du travail.

Le Prix spécial du jury Mohamed Reggab a été attribué au film français Les Survivants du Che, de Christophe Dimitri Réveille. Le Prix de la première œuvre Azzeddine Meddour a, quant à lui, récompensé la réalisatrice italienne Margherita Spampinato pour Ô mon cœur.

Le cinéma marocain n’est pas reparti les mains vides. Mira, de Nour-Eddine Lakhmari, a permis à Omar Lotfi de décrocher le prix d’interprétation masculine et à Safaa Khatimi celui de l’interprétation féminine. Deux récompenses qui mettent en lumière le travail des comédiens et la place des talents nationaux dans cette compétition méditerranéenne. 

L’intérêt de cette édition tient également à la place accordée aux nouvelles générations et aux publics éloignés des circuits habituels de diffusion. Projections gratuites sur la place Al Feddan, séances destinées aux enfants et activités organisées à la prison civile de Tétouan ont contribué à inscrire le festival dans la vie de la cité. Les Ateliers de Tétouan, organisés pour la quatrième année, ont accompagné dix projets de longs métrages de fiction et documentaires portés par onze cinéastes méditerranéens. Objectif : soutenir l’écriture, encourager les nouvelles voix et faciliter les rencontres avec des partenaires susceptibles d’accompagner le développement des œuvres. Le premier prix a été attribué au projet de fiction Tabâa, d’Oussama Oussous.

Deux colloques ont par ailleurs permis de questionner les mutations économiques du cinéma méditerranéen et les enjeux de réception des films. Financement, coproduction, distribution, circulation des œuvres et rapport entre les images et leurs publics : autant de questions qui rappellent que la vitalité du cinéma dépend aussi des conditions concrètes de sa production et de sa rencontre avec les spectateurs. 

Cette 31e édition a également été marquée par un rapprochement avec la ville italienne de Matera, dans le cadre de leur désignation commune comme Capitales méditerranéennes de la culture et du dialogue en 2026. Une initiative menée avec Cinecittà a réuni des professionnels marocains et italiens autour des perspectives de coproduction, de distribution et de coopération audiovisuelle. Le partenariat doit se poursuivre en novembre à Matera, où une sélection de films marocains sera présentée. 

Au terme de huit jours de festivités, Tétouan confirme ainsi sa place dans le paysage culturel marocain et méditerranéen. Mais la portée d’un festival se mesure aussi à ce qu’il laisse derrière lui : des projets qui trouvent des partenaires, des films qui rencontrent de nouveaux publics et des collaborations qui dépassent le temps de la manifestation.

Entre consécration artistique, transmission et coopération internationale, le Festival de Tétouan poursuit son ambition : faire du cinéma un langage commun entre les deux rives, capable de rapprocher les peuples sans effacer leurs différences.

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