À trois semaines d’une résolution très attendue du Conseil de sécurité des Nations unies sur le Sahara, Alger tire une nouvelle fois de son chapeau une mystérieuse affaire de « sabotage ». Dans un communiqué publié le dimanche 11 octobre, la Direction générale de la sûreté nationale algérienne annonce l’arrestation de 61 ressortissants marocains à Oran, interpellés au début du mois. Selon la version officielle, ceux-ci s’apprêtaient à commettre des « actes de sabotage portant atteinte à la sécurité et à l’ordre public ». Rien de moins !
Pour donner corps à cette intrigue, les autorités évoquent un réseau « particulièrement dangereux » dont les membres se seraient envolés pour la Tunisie, auraient franchi la frontière par les sentiers montagneux et les forêts d’El Kala, avant de traverser l’ensemble du territoire algérien jusqu’à son extrémité occidentale. Un périple digne d’un film d’espionnage, sauf que le scénario passe sous silence l’essentiel : les cibles visées, la nature des opérations projetées et les moyens supposément mobilisés. Sur ces points, silence radio. Les fameux indices ? Des passeports marocains et des sommes en dirhams et en euros. Autrement dit, des documents et de l’argent que peuvent parfaitement détenir des voyageurs ordinaires. L’Agence France-Presse a d’ailleurs relevé l’absence de détails sur les prétendus projets de sabotage. Le grand complot semble donc, pour l’instant, relever davantage de la fiction que d’un dossier solidement documenté.
Mais pourquoi cette mise en scène, précisément maintenant, à quelques semaines d’une échéance diplomatique majeure sur le Sahara marocain ? Difficile de ne pas s’interroger sur le choix du moment et sur la tentation de transformer des ressortissants marocains en dangereux criminels à la solde des services marocains. Le grand délire. Pourtant, si l’on tient absolument à trouver des saboteurs, nul besoin d’organiser une expédition à travers les forêts d’El Kala. Les dirigeants algériens, à commencer par le président Abdelmadjid Tebboune, et les turpitudes d’un pouvoir aux abois qui cultive la haine du Maroc semblent déjà accomplir un travail remarquable en la matière : celui du sabotage des intérêts de leur propre pays et de leur population. À force de sacrifier les urgences algériennes à l’obsession marocaine, ils n’ont guère besoin de faux suspects pour entretenir leur d’élucubrations de caniveau.
Le régime algérien tend à voir des saboteurs marocains partout, tandis que les dégâts les plus visibles sont bien ceux que sa propre politique déphasée inflige aux Algériens , à l’économie du pays et à sa crédibilité régionale.
Reste l’essentiel : les accusations doivent être étayées par des faits, et les personnes interpellées bénéficient de la présomption d’innocence. Dans une affaire aussi grave, les passeports ne font pas les preuves, les effets d’annonce ne remplacent pas les éléments matériels et le bidonnage ne saurait tenir lieu de vérité judiciaire. w








