Un an après l’adoption de la résolution 2797, qui a consacré l’option d’autonomie au Sahara marocain comme la seule base sérieuse et crédible, l’Algérie s’obstine à ressortir du placard le référendum d’autodétermination. Une vieille manœuvre que le temps et les évolutions onusiennes sur le dossier ont reléguée aux oubliettes, mais dont la diplomatie algérienne toujours aussi anachronique refuse manifestement de faire le deuil.
Saliha Toumi
La dernière intervention de Staffan de Mistura devant le Conseil de sécurité et le rapport d’António Guterres confirment une évolution notable du processus onusien : le plan d’autonomie proposé par le Maroc constitue désormais la base des négociations. Mais entre cette avancée diplomatique, les exigences d’une autonomie effective et les divergences persistantes entre les parties au conflit , le chemin vers un règlement définitif reste semé d’obstacles. Le dossier du Sahara marocain entre dans une phase diplomatique déterminante. À New York, les Nations unies cherchent à transformer une nouvelle dynamique de négociation en avancées politiques concrètes.
Au centre de cette séquence figure le plan d’autonomie proposé par Rabat en 2007, désormais consacré comme base des discussions par la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025. Le rapport du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, daté du 1er octobre 2026, ainsi que l’intervention de son envoyé personnel, Staffan de Mistura, devant les membres du Conseil de sécurité le 8 octobre, éclairent les contours de cette nouvelle étape. Une évolution importante se dessine : la discussion porte désormais plus directement sur les conditions d’une autonomie susceptible de faire l’objet d’un accord politique, sans que les questions de souveraineté, d’autodétermination et de garanties internationales aient pour autant disparu.
De Mistura hausse le ton
Devant le Conseil de sécurité, Staffan de Mistura a appelé les parties à reprendre des négociations concertées et de bonne foi autour de la possibilité d’une « autonomie véritable ». L’émissaire onusien a également indiqué que la neutralité ne devait pas être confondue avec la passivité, dans un contexte qu’il considère comme particulièrement important pour l’avenir du processus politique. Son intervention traduit une préoccupation majeure : éviter que la dynamique ouverte par les dernières négociations ne se dissolve dans les blocages habituels provoqués en sous-main par l’Algérie et sa créature polisarienne . Selon les informations rapportées après son briefing, l’émissaire attend notamment du Front Polisario qu’il formule ses remarques au projet marocain plutôt que de s’enfermer dans une logique de rejet. Le message est clair : Si le plan marocain constitue la base de discussion retenue par le Conseil de sécurité, l’enjeu est désormais de déterminer si les parties peuvent négocier à partir de ce document, en discuter les modalités et rechercher des garanties susceptibles de rendre un compromis acceptable.
Le rapport du secrétaire général retrace d’ailleurs les efforts engagés depuis l’adoption de la résolution 2797. Au premier trimestre 2026, trois cycles de négociations directes ont réuni le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie, avec la participation des États-Unis et de Staffan de Mistura. Ces rencontres, organisées à Washington et à Madrid, ont marqué la reprise d’un dialogue direct entre les quatre protagonistes. Le document onusien fait également état d’un travail sur les propositions présentées par les parties. Le Maroc a élaboré un projet de statut d’autonomie approfondissant son initiative de 2007. Transmis en janvier 2026 aux facilitateurs et aux participants, ce document est présenté comme une base de négociation, et non comme un accord définitif.
Pour Rabat, l’enjeu est de faire aboutir une démarche engagée depuis près de deux décennies : transformer l’autonomie, présentée comme une proposition sérieuse et crédible, en solution politique négociée. Le fait qu’elle constitue désormais la base des pourparlers représente un changement important dans la conduite du dossier. Mais le rapport de Guterres reste prudent. Il relève la persistance d’hostilités de faible intensité, le manque de confiance entre les parties et les difficultés qui entravent les efforts de médiation. Il souligne néanmoins que des perspectives de progrès demeurent.
Cadre de souveraineté
Le débat ne porte plus seulement sur le principe d’une autonomie. Il concerne aussi son contenu, ses institutions, ses garanties et les modalités de sa mise en œuvre. Dans son intervention, De Mistura a insisté sur la nécessité d’une autonomie répondant à des standards internationaux élevés. La question des garanties internationales et celle d’une consultation significative de la population concernée figurent également parmi les sujets sensibles qui émergent de cette séquence diplomatique. Ces exigences ouvrent un chantier complexe. Quelle serait l’étendue des compétences des institutions autonomes ? Comment répartir les responsabilités entre les pouvoirs locaux et l’État central ? Quelles garanties permettraient d’assurer la pérennité du statut négocié? Et comment organiser la consultation de la population dans des conditions susceptibles d’être reconnues par les parties ? Autant de questions qui dépassent la simple rédaction d’un document politique. Elles supposent de concilier les principes défendus par Rabat, les préoccupations du Polisario et les exigences formulées dans le cadre des Nations unies. Pour le Maroc, la difficulté consiste à approfondir son projet sans remettre en cause le cadre de souveraineté qu’il défend. Pour les autres parties, l’enjeu est de déterminer si les dispositions envisagées répondent à leurs revendications et aux exigences liées à l’autodétermination. C’est dans cet espace de négociation que se jouera une part essentielle de la prochaine étape.
La présence de l’Algérie aux côtés du Maroc, du Front Polisario et de la Mauritanie lors des négociations de 2026 confirme qu’elle demeure un acteur central de la recherche d’un règlement. Son rôle et la nature de son engagement restent toutefois des sujets de divergence diplomatique. La reprise du dialogue à quatre constitue un élément notable, mais elle ne suffit pas à effacer les désaccords sur les responsabilités respectives des parties, la souveraineté ou la portée du principe d’autodétermination. La Mauritanie participe également à ce dispositif, dans un environnement régional où la stabilité et les relations entre les pays concernés pèsent sur les perspectives de règlement. L’implication des États-Unis, qui ont contribué à faciliter les discussions, souligne par ailleurs l’importance accordée à cette séquence diplomatique. Le défi sera de maintenir la pression en faveur du dialogue sans donner aux parties le sentiment que les conditions d’un accord leur sont imposées.

Le renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), qui arrive à échéance le 31 octobre 2026, constitue une échéance majeure. Au-delà de la prorogation de la mission, les discussions du Conseil de sécurité doivent permettre de mesurer la portée réelle de la nouvelle dynamique. Les membres du Conseil devront notamment apprécier les suites à donner au processus politique et aux travaux relatifs à l’avenir de la MINURSO. Le rapport de Guterres recommande de poursuivre les efforts en faveur d’une solution politique mutuellement acceptable garantissant l’autodétermination de la population du Sahara occidental. Il appelle les parties à négocier de bonne foi afin d’explorer la possibilité d’une autonomie véritable, susceptible, selon les termes de la résolution 2797, de représenter l’issue la plus réalisable. Il convient toutefois de distinguer le rapport du secrétaire général d’une décision du Conseil de sécurité : le premier rend compte de la situation et formule des recommandations ; la seconde relève des membres du Conseil dans le cadre de leurs délibérations.
Compromis
Le dossier du Sahara se trouve ainsi à un moment charnière. Le plan d’autonomie marocain bénéficie d’une place centrale dans le processus onusien, les négociations directes ont repris et les facilitateurs cherchent à rapprocher les positions. Ces éléments constituent des changements tangibles dans la conduite du dossier. Mais la diplomatie ne se mesure pas uniquement à la formulation des résolutions ou à la multiplication des rencontres. Elle se juge aussi à la volonté des médiateurs d’imposer aux instructeurs de mauvaise foi l’option qui bénéficie d’un consensus international. Pour le Maroc, l’objectif est désormais de donner une traduction concrète à la place acquise par son initiative dans le cadre des Nations unies. Pour le Polisario et l’Algérie, ils n’ont pas visiblement désespéré de voir leur chimérique revendication, à savoir l’organisation d’un référendum d’autodétermination enterrée depuis longtemps par l’ONU en raison de son caractère impraticable, être de nouveau prise en compte.
Pour l’ONU, l’enjeu consiste à faire émerger une solution durable, mutuellement acceptable et susceptible de mettre fin à un différend qui entre dans sa sixième décennie. Et c’est cette solution ne pourra jamais être chose que l’autonomie sous souveraineté marocaine. Le Maroc est dans son Sahara, Marocain il est, Marocain il restera. Le véritable test pour l’Algerie et sa créature polisarienne commence donc maintenant : faire passer l’autonomie du statut de base de négociation à celui d’un compromis politique négocié. Devant la 4e Commission de l’ONU à New York, l’ambassadeur représentant permanent du Maroc, Omar Hilale, a présenté la résolution 2797 du Conseil de sécurité comme une inflexion majeure, faisant passer le dossier du Sahara marocain de la gestion du conflit à la recherche de son règlement définitif. Selon lui, le texte place l’Initiative marocaine d’autonomie dans le cadre de la souveraineté du Royaume au cœur du processus politique. Hilale a souligné que cette résolution a favorisé des discussions directes entre le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le Polisario, notamment à Washington et à Madrid, où le Maroc a présenté un projet d’autonomie détaillé. Il a appelé les quatre parties à négocier de bonne foi, sans conditions préalables, et à respecter leurs engagements, notamment en matière de cessez-le-feu.
L’ambassadeur a également insisté sur la dimension humaine du conflit, dénonçant la prolongation de la situation des populations des camps de Tindouf et appelant à leur permettre de bénéficier de solutions durables prévues par le droit international: rapatriement volontaire, réinstallation dans un pays tiers ou intégration dans le pays d’accueil. Répondant aux débats sur la décolonisation, l’autodétermination, le référendum et la représentativité du Polisario, Hilale a défendu la position marocaine en invoquant les résolutions de l’ONU, l’avis de la Cour internationale de Justice et la légitimité des élus des provinces du Sud. Il a soutenu que la dynamique diplomatique actuelle doit désormais ouvrir la voie à un règlement politique durable. Au-delà du dossier du Sahara, le diplomate a enfin mis en avant l’ambition d’une nouvelle dynamique régionale fondée sur la relance de l’Union du Maghreb, la coopération entre les pays du Sahel et le renforcement des partenariats atlantiques et africains.








