Tunisie : Saïed rejette les recommandations du FMI

Le président tunisien Kaïs Saïed Saied.

Le président tunisien Kaïs Saïed Saied a catégoriquement rejeté les conditions du plan de sauvetage de 1,9 milliard de dollars du FMI en déclarant jeudi 6 avril qu’il n’accepterait pas de « diktats » et en suggérant que les réductions de subventions pourraient entraîner des troubles. La Tunisie a conclu un accord avec le FMI en septembre, mais elle n’a pas respecté ses principaux engagements et les bailleurs de fonds. Sans prêt, la Tunisie est confrontée à une véritable crise de la balance des paiements. La majeure partie de la dette est interne, mais des remboursements de prêts étrangers doivent être effectués dans le courant de l’année, et les agences de notation ont indiqué que la Tunisie pourrait se trouver en situation de défaut de paiement. Lorsqu’on lui a demandé s’il accepterait les conditions du prêt – qui comprennent des réductions des subventions à l’alimentation et à l’énergie ainsi qu’une diminution de la masse salariale du secteur public – Kaïs Said a déclaré aux journalistes : « Je n’entendrai pas de diktats ». Rappelant les émeutes meurtrières qui ont frappé le pays maghrébin en 1983 après que le gouvernement eut augmenté le prix du pain, il a ajouté : « La paix publique n’est pas un jeu ». Interrogé sur l’alternative au prêt du FMI, Saïed a répondu : « Les Tunisiens doivent compter sur eux-mêmes». Et peut-être aussi le BRICs : l’entourage de Kaïs Saïed prône un rapprochement avec les BRICs (Brésil, Russie, Inde, Chine).

Seulement, les BRICs ne fonctionnent pas de la même manière que le FMI. La Chine, par exemple, n’est pas réputée pour prêter de l’argent. « Elle fait plutôt des investissements, tels que des constructions de routes, ou des prêts sur gage », explique l’analyse Hatem Nafti. L’idée de rejoindre les BRICs serait soufflée à Saïed par l’Algérie qui est partie partiellement membre de ce groupe. Ce qui aurait poussé le chef du Front du salut, Najib Chabi, fervent opposant à Saïed, de prier Alger de ne pas se mêler des affaires tunisiennes. Par ailleurs, selon le budget 2023, la Tunisie a l’intention de réduire les dépenses de subventions de 26,4% à 8,8 milliards de dinars (2,89 milliards de dollars). Mais jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas augmenté les prix des carburants cette année, apparemment pour éviter la colère du public alors que l’inflation a atteint 10,3 %, le niveau le plus élevé en quatre décennies. M. Saied s’est emparé de la plupart des pouvoirs en 2021, en fermant le parlement, en nommant un nouveau gouvernement et en procédant par décrets – des mesures qu’il jugeait nécessaires pour mettre fin à des années de chaos et à ce qu’il considérait comme une corruption endémique au sein de l’élite politique. Il a imputé les problèmes économiques de la Tunisie à la corruption et rejeté ce qu’il considère comme une ingérence étrangère. Les négociations sur le renflouement avec le FMI sont dans l’impasse depuis des mois, les États-Unis et la France, entre autres, exigeant de M. Saïed qu’il procède à des réformes profondes pour débloquer les fonds.

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