En attaquant l’Iran, Trump croyait décrocher le jackpot : renverser le régime des mollahs, s’emparer du pétrole iranien, accroître l’influence des États-Unis dans la région. Erreur sur toute la ligne. Le régime iranien ne tombe pas. Il résiste. Il rend coup pour coup. Et il contrôle désormais le détroit d’Ormuz, passage stratégique vital pour le commerce énergétique mondial. Chaque frappe ciblée, chaque élimination des dignitaires du système n’a fait que renforcer la résilience et la légitimité du pays de Khomeiny.
Ahmed Zoubaïr
Dès le premier jour de la guerre déclenchée le 28 février 2026, l’alliance israélo‑américaine croyait tenir le scénario gagnant : frapper au cœur le régime iranien et provoquer son effondrement. Le samedi 28 février, Ali Khamenei, Guide suprême depuis trente sept ans, est tué avec des membres de sa famille dans une opération spectaculaire censée décapiter le pouvoir islamique et précipiter sa chute. Malgré l’assassinat d’au moins dix figures clés, dont Mohammad Pakpour, commandant en chef des Gardiens de la révolution, et Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité, le système politique iranien arrive à absorber les pertes avec une efficacité redoutable. Chaque haut responsable éliminé a été rapidement remplacé, et le régime demeure opérationnel, défiant la logique d’une « décapitation» censée être fatale.
Centre de gravité
Le régime des mollahs, loin de tomber comme un fruit mûr, a résisté et contre‑attaqué avec une ténacité qui a surpris les stratèges les plus chevronnés. Alors que la guerre entre dans sa quatrième semaine, Téhéran continue de riposter, et la diplomatie américaine parle désormais de « discussions très bonnes et productives » avec le régime, signe d’une réévaluation stratégique majeure. Dans cette confrontation où chaque coup est pesé pour ses conséquences planétaires, le Détroit d’Ormuz apparaît plus que jamais comme le véritable centre de gravité stratégique. Cette étroite voie maritime, par laquelle passe une part considérable du pétrole et du gaz liquéfié exportés depuis le golfe Persique – autour de 20 % du commerce pétrolier mondial– n’est pas qu’un corridor énergétique : c’est un verrou géopolitique déterminant.
Depuis son entrée en guerre, l’Iran a affirmé son contrôle de facto du détroit, le fermant aux navires de pays jugés « hostiles » et laissant passer surtout des navires avec lesquels il négocie directement ou qui sont liés à ses partenaires. Plus qu’ une simple réaction tactique, cette décision transforme le détroit d’Ormuz en levier de pression majeur. Là où l’on croyait que l’élimination de ses hauts responsables affaiblirait l’Iran, c’est la maîtrise stratégique de ce canal de haute importance qui offre à Téhéran un outil d’influence global. L’enjeu se présente désormais ainsi: si les États‑Unis perdent l’accès et l’influence sur le détroit d’Ormuz, ils risquent de perdre aussi le contrôle effectif de la région du Golfe, au profit de puissances rivales qui voient dans cette crise une opportunité inespérée. Pékin et Moscou, alliés stratégiques de l’Iran, ont déjà multiplié les manœuvres navales et diplomatiques autour de cette même zone, cherchant à consolider une présence qui pourrait fragiliser davantage encore davantage la domination occidentale.

Une perte d’influence américaine sur Ormuz n’est pas qu’un revers tactique, elle signerait une réallocation du rapport de forces global. Le Golfe Persique alimente une grande partie des besoins énergétiques de l’Asie, de l’Europe et de nombreuses économies émergentes. Si Washington ne parvient plus à sécuriser cette «artère énergétique», ses partenaires traditionnels pourraient se tourner vers d’autres garants de sécurité et de flux commerciaux, en tête desquels figurent la Chine et la Russie, déjà engagées dans des coopérations énergétiques et militaires de plus en plus étroites avec Téhéran. Cette évolution pourrait réduire durablement l’influence américaine dans la région et accélérer une reconfiguration multipolaire de l’ordre mondial. Le contrôle de cette artère stratégique change donc tout.
Sans maîtrise d’Ormuz, les États-Unis perdent leur domination sur le Golfe, et les alliés de l’Iran, la Chine et la Russie, gagnent par conséquent en position stratégique et économique. Ainsi, là où l’alliance israélo‑américaine pensait que la chute du régime iranien, pouvant être obtenue via des bombardements massifs de ses installations militaires et l’élimination de ses symboles, assurerait définitivement sa domination, la nouvelle donne stratégique se révèle plus complexe : le contrôle d’un passage maritime, plus que la tête d’un régime, pourrait bien devenir la carte maîtresse des négociations à venir et des équilibres futurs dans le Golfe et au‑delà.
Rapport de force
En attaquant l’Iran, Trump croyait décrocher le jackpot : renverser le régime des mollahs, s’emparer du pétrole iranien, accroître l’influence des États-Unis dans la région. Erreur totale. Pour sa part, l’État sioniste pensait fragiliser le pays qu’il considérait comme le seul contre‑pouvoir menaçant pour sa suprématie . Résultat: le régime tient bon. La stratégie de renversement rapide s’est transformée en fiasco. Le régime iranien ne tombe pas. Il résiste. Il rend coup pour coup. Et il contrôle désormais le très stratégique détroit d’Ormuz. Chaque frappe ciblée, chaque élimination de hauts responsables n’a fait que renforcer la résilience et la légitimité de la junte des mollahs dont la capacité de nuisance est difficile à nier ou ignorer… Le Moyen-Orient de toutes les complexités devient un terrain où l’équilibre des forces se redessine. Les États-Unis et Israël ont sous-estimé la résilience iranienne. Désormais, le rapport de forces est en train de basculer…








