Réformer la justice, oui. La faire sans dialogue, au prix de tribunaux paralysés et de citoyens pénalisés, non. Alors que la grève des avocats s’enlise, une question s’impose : le ministre de la Justice cherche-t-il réellement à moderniser la profession, ou poursuit-il une réforme aux arrière-pensées politiques qui fragiliserait l’indépendance du barreau ?
Depuis cinq semaines, les tribunaux tournent au ralenti. Après douze jours de grève étalés dans le temps, les avocats ont décidé de durcir le ton en lançant une grève ouverte à compter de ce lundi 2 février, sans échéance annoncée. Une escalade qui pose une question centrale : jusqu’où peut-on réformer sans concertation, au risque de gripper tout le système judiciaire ? À l’origine de ce bras de fer, un projet de loi sur la profession d’avocat que les robes noires rejettent en bloc. En cause, des dispositions jugées inacceptables, car portant atteinte à l’indépendance de la profession. Mais au-delà du contenu, c’est surtout la méthode qui met le feu aux poudres.

Les avocats accusent le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, lui-même ancien avocat, d’avoir conduit cette réforme sans véritable dialogue, à rebours de toute approche participative. Résultat : une profession vent debout, des tribunaux paralysés, et des citoyens pris en otage. Procédures suspendues, audiences reportées, dossiers qui s’empilent : la justice, déjà fragilisée, paie le prix fort d’un conflit institutionnel mal engagé. Car derrière la colère des avocats se cache une interrogation plus large: peut-on moderniser la justice en marginalisant l’un de ses piliers ?
Soupçons
L’absence d’interlocuteur crédible face à une profession en grève ne fait qu’aggraver la crise et nourrir un sentiment d’exclusion des instances représentatives. À ce stade, la réforme divise, la justice se fige et les citoyens trinquent. Reste à savoir si le gouvernement choisira l’épreuve de force ou le retour à la table du dialogue avant que le conflit ne s’enlise et atteigne un point de non-retour. Une question est sur toutes les lèvres : que cherche réellement Abdellatif Ouahbi ? Officiellement, réformer et moderniser la profession d’avocat. Officieusement, le doute s’installe, et avec lui les soupçons d’arrière-pensées politiques.
Pour ses défenseurs, le ministre de la Justice mènerait une réforme jugée nécessaire, visant à mieux encadrer la profession, à l’adapter aux évolutions de la justice et à renforcer son efficacité. Une lecture technocratique, presque administrative, du chantier engagé. Mais pour ses détracteurs, le malaise est plus profond. Ils dénoncent une réforme imposée, sans véritable concertation, qui affaiblirait l’indépendance du barreau, un contre-pouvoir essentiel à la protection des droits des justiciables. De là à voir dans la démarche du ministre PAM une volonté de reprise en main politique d’un corps professionnel réputé critique, parfois remuant, et rarement docile, il n’y a qu’un pas que d’aucuns ont allègrement franchi. D’où la suspicion : Réforme structurelle ou règlement de comptes institutionnel ?
Modernisation de la justice ou volonté dexmise au pas d’un acteur clé du système judiciaire ? Le fait que le ministre soit lui-même ancien avocat ajoute une dimension presque paradoxale à la crise. Pour beaucoup de robes noires, cette proximité passée rend l’absence de dialogue encore plus incompréhensible, voire troublante. Une chose est sûre : à force de réformer contre plutôt qu’avec la corporation, le gouvernement prend le risque d’un double échec. Une justice paralysée à court terme, et une réforme durablement discréditée à long terme. Pendant ce temps, les citoyens, eux, restent coincés dans les couloirs des tribunaux, otages d’un bras de fer où les calculs politiciens semblent avoir pris le pas sur l’intérêt général.








