Intervenant a quelques mois des élections législatives de septembre 2026, la décision d’Aziz Akhannouch de ne pas briguer un troisième mandat à la tête du RNI lors du congrès extraordinaire de février prochain a fait l’effet d’une secousse tellurique au sein des instances du parti. Décryptage d’un acte qui a surpris jusqu’à ses proches…
Ahmed Zoubaïr
Coup de théâtre, Aziz Akhannouch, chef du gouvernement et président du RNI depuis 2016, a annoncé lors d’une réunion du Bureau politique dimanche 11 janvier qu’il ne briguerait pas un troisième mandat à la tête du parti. Un départ surprenant dans un paysage politique national où les leaders ont rarement le réflexe de décrocher, faisant tout, surtout le vide autour d’eux, pour ne pas passer la main. Mais à quoi rime la décision de M. Akhannouch?
Motivée par le respect des statuts du parti, cette décision qui a déstabilisé et troublé plus d’un continue d’alimenter bien des inquiétudes et spéculations. Loin de clore le débat, elle ouvre la porte à une série d’interrogations sur le timing, les véritables raisons du retrait, et l’impact de ce choix sur une formation fragilisée par l’image d’un chef qui n’a pas réussi malgré ses efforts à se faire aimer par une bonne partie de l’opinion. Officiellement, Aziz Akhannouch ne briguera pas un troisième mandat à la tête du RNI, en vertu des statuts du parti qui le lui interdisent.
Nonobstant son caractère légal, la décision du désormais chef sortant qui a suscité des réactions contrastées dans les rangs du parti est loin de faire l’unanimité. Certains cadres saluent cependant un geste « digne et respectueux des règles internes », rappelant qu’il n’a pas tenté de forcer les statuts, contrairement à d’autres leaders politiques qui s’accrochent à leur fauteuil, poussant le culot jusqu’à modifier les textes pour prolonger leur règne. Les partisans du président sortant tentent de relativiser son retrait en assurant qu’il ne tournera pas le dos au parti et qu’il s’impliquera activement dans la campagne électorale. « Il mènera la bataille dans l’ombre », glissent-ils, comme pour rassurer les troupes, ajoutant que, Akhannouch laisse un parti structuré, organisé et doté de solides mécanismes de gouvernance. Mais une question persiste : pourquoi ne pas monter au front (électoral) à visage découvert, en assumant pleinement son rôle jusqu’au bout, surtout dans un contexte où le parti a besoin de cap et de leadership clair à l’approche d’élections décisives ? Difficile de ne pas penser que ce retrait ressemble plus à une esquive politique qu’à un passage de relais maîtrisé.
D’autres voix plus critiques dénoncent en privé une sortie précipitée, à un moment décisif pour le parti. À quelques mois des législatives de septembre, beaucoup y voient un abandon en pleine bataille, un « lâchage » en rase campagne. Rien que ça ! Le congrès aurait très bien pu être tenu après les élections, affirment-ils, estimant que le chef aurait dû défendre lui-même devant les électeurs le bilan de l’action gouvernementale qu’il juge positif au lieu de passer le relais au pied levé. Une fracture discrète, mais réelle dans un parti à l’épreuve d’un avenir électoral incertain semble se dessiner sous la résolution inattendue du président.
Le timing intrigue les observateurs. Ces derniers mois, le chef du gouvernement était en effet partout : tournées régionales, meetings, bilans valorisés, réformes projetées au-delà de 2026. Tout indiquait une préparation méthodique pour un second mandat. Et pourtant, en pleine année électorale, il choisit de s’effacer, d’anticiper un congrès extraordinaire et de passer la main.
Difficile d’y voir un simple choix personnel. La décision paraît contrainte, presque précipitée. Pourquoi ne pas attendre le congrès ordinaire d’avril ? Pourquoi acter un retrait avant même l’ouverture officielle de la bataille électorale ? Autant de questions qui alimentent les spéculations et fragilisent le récit d’un départ serein et volontaire.
Ce retrait inédit ouvre une zone de turbulences pour le RNI et redistribue les cartes à l’approche de 2026. Une chose est sûre: quand un chef en pleine campagne range soudainement ses habits de combat, ce n’est jamais un simple détail de calendrier. C’est un signal politique fort. Et souvent lourd de sens.… En vérité, c’est autant la décision elle-même que sa perception qui alimente le malaise. Vu de l’extérieur, le départ anticipé de Akhannouch prête le flanc à des lectures divergentes, souvent peu flatteuses. Beaucoup y voient un désengagement stratégique, voire un aveu de faiblesse face à une échéance électorale incertaine. Cette dissonance entre la version officielle – respect des statuts et volonté de renouvellement – et les interprétations du terrain brouille le message du parti et pourrait fragiliser sa position à l’approche d’un scrutin à haut risque, croit savoir un observateur avisé des convulsions du paysage partisan.
«En renonçant si tôt, Aziz Akhannouch a fait visiblement le choix de ne pas affronter les urnes, préférant passer le relais en pleine ligne droite électorale », analyse un ancien député RNI. Un départ qui en effet interroge : stratégie de repli ? Volonté d’éviter un échec personnel qui pourrait ternir un peu plus un mandat déjà miné par la vie chère et la colère populaire ? Autant de questions qui taraudent les esprits au sein d’un parti dont les candidats ne cachent pas leur inquiétude…
Un vieux briscard de la politique marginalisé par Akhannouch compare sa décision de ne pas briguer un troisième mandat au nom du respect des statuts à celle d’un chef d’armée qui quitte le champ de bataille au moment où la guerre éclate, prétextant que sa retraite était planifiée. Un geste qui, même s’il se veut légaliste, soulève des interrogations stratégiques : pourquoi partir juste avant les législatives, alors que la cohésion du parti et la clarté du leadership sont cruciales ? Pour certains, ce retrait sonne comme un désengagement politique déguisé, qui risque de déstabiliser les troupes en pleine campagne.
«Aziz Akhannouch pouvait tout aussi bien conduire le parti à la bataille et reporter le congrès à l’après-élection», estime un élu communal. En choisissant de jeter l’éponge avant le combat, il laisse planer le doute : est-ce un aveu d’usure…, d’impopularité trop lourde à assumer ou la crainte de faire perdre son parti s’il reste à la tête du parti pendant la campagne électorale? Certains partisans du président veulent croire que le bilan économique du gouvernement jouera en faveur du RNI. Ils mettent en avant la hausse du taux de croissance, l’augmentation des investissements étrangers ou encore la généralisation de l’assurance maladie obligatoire comme autant de réalisations majeures.
Mais sur le terrain, les candidats du parti devront affronter une réalité autrement plus complexe: celle d’un électorat étranglé par la vie chère et désenchanté par bien des promesses de campagne de 2021 non tenues. Avec un kilo de viande rouge à 120 dirhams et des légumes aux prix tout aussi salés, le pouvoir d’achat, déjà fragile, a été laminé par l’inflation et le renchérissement du cout de la vie. Chez les sortants, notamment ceux qui briguent un nouveau mandat, l’inquiétude est palpable: ils redoutent un vote-sanction, une perspective d’autant plus redoutable qu’il pourrait profiter… aux autres alliés de la majorité, le PAM ou l’Istiqlal, m (qui rêvent tout comme le RNI de conduire «le gouvernement du mondial»), les électeurs ayant souvent la tentation de faire payer l’addition au parti-locomotive, celui du chef du gouvernement.
Quel successeur pour Akhannouch ?
La commission préparatoire du congrès extraordinaire prévu en février s’est déjà mise à pied d’œuvre. Réunions, consultations et discussions internes s’enchaînent pour peaufiner l’organisation de ce rendez-vous crucial pour l’avenir du RNI. En coulisses, les tractations s’intensifient aussi autour des profils pressentis pour succéder à Aziz Akhannouch. Une succession qui aiguise les appétits et fait bruisser les couloirs du parti. Certains rêvent d’un coup d’éclat avec une candidature féminine, en l’occurrence celle de Nadia Fettah Alaoui, actuelle ministre de l’Économie et des Finances, adoubée RNI au moment de son entrée au gouvernement en 2019. Une femme à la tête du RNI introduirait un signal fort dans un paysage politique encore largement masculinisé, surtout au niveau des postes de direction.
Une telle nomination de nature à marquer un tournant en matière de parité offrirait au parti une image de modernité et d’ouverture. Autre nom cité par la rumeur comme potentiel successeur est celui de son mentor, Moulay Hafid Elalamy, ex-ministre influent, lui aussi repeint aux couleurs du RNI mais absent du casting gouvernemental depuis 2021. Mais encore faut-il qu’il
accepte de mettre en pause ses affaires florissantes, ce qui semble peu probable. Mais le nom qui revient avec insistance dans les coulisses du parti, c’est celui de Mustapha Baitas. Ministre chargé des relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement. Fidèle parmi les fidèles d’Akhannouch , jugé imbu de sa personne par bien des figures Rnistes, cet instit de formation bénéficie essentiellement du soutien de son mentor et bienfaiteur.








