Avant même le coup d’envoi, le scénario semblait écrit. Dans le récit livré après coup par la Fédération sénégalaise de football, la finale de la CAN ne se serait pas jouée uniquement sur la pelouse, mais dans les hôtels, les couloirs de la CAF et les arrière-salles d’un complot soigneusement préparé.
AHMED ZOUBAïR
À force de soupçons, de dramatisation fabriquée et de procès d’intention, le football a cédé la place à une fiction commode, où le Maroc endosse le rôle du marionnettiste idéal et où les faits peinent à exister. Il fallait bien un coupable. Et tant qu’à faire, autant choisir le plus pratique : le Maroc. Selon Abdoulaye Fall, président de la Fédération sénégalaise de football (FSF), le Royaume ne se contenterait plus d’organiser la CAN : il tirerait aussi toutes les ficelles, contrôlerait la CAF, surveillerait les équipes adverses et, accessoirement, déciderait de l’issue des finales. Rien que ça. S’exprimant lors d’un rassemblement festif, Abdoulaye Fall a donc livré sa version des faits : une litanie de griefs soigneusement alignés pour accréditer l’idée d’un Sénégal persécuté avant même d’entrer sur le terrain. Sécurité « défaillante », hôtels inadaptés, terrains suspects, billets comptés : tout y passe, jusqu’à cette révélation presque comique selon laquelle la FSF préparait son communiqué de protestation… avant même la qualification pour la finale. Prévoir l’indignation avant le match : un sens de l’anticipation qui force le respect. Pour un complot sur mesure, prêt à l’emploi…
Ainsi apprend-on que le Sénégal aurait refusé un hôtel jugé trop bruyant pour une équipe « de ce niveau ». Détail gênant : durant toute la compétition, les Lions de la Teranga ont été logés dans l’un des hôtels les plus luxueux du pays, le Fairmont Tazi Palace de Tanger, et ont disputé l’ensemble de leurs matches dans des conditions validées et saluées par la CAF. Mais qu’importe les faits quand le narratif exige un mélodrame soigneusement scénarisé et un feuilleton victimaire écrit à l’avance. Même logique pour les terrains d’entraînement. Le Complexe Mohammed VI, unanimement reconnu comme l’un des plus modernes au monde, devient soudain un lieu suspect, presque hostile : trop parfait, trop visible, trop marocain. S’y entraîner reviendrait, selon Fall, à livrer tous ses secrets à un Maroc omniscient, capable d’espionner le moindre atelier tactique. On croyait assister à une CAN, on découvre un thriller géofootbalistique.!
Bouc émissaire
Vient ensuite l’épisode de l’arrivée à Rabat, décrite comme un chaos sécuritaire. Problème : aucun incident n’a été signalé, malgré un dispositif impliquant police, forces auxiliaires et véhicules dédiés. Le chaos, ici, n’a existé que dans le discours. On peut critiquer une organisation ; fabriquer un désordre imaginaire relève d’un autre exercice. Le cœur du récit se situe toutefois dans les coulisses, là où Abdoulaye Fall affirme avoir compris que « le Maroc contrôlait tout ». Rencontre avec Fouzi Lekjaa, discussions avec le secrétaire général de la CAF, coups de fil tardifs : la machine du complot s’emballe… avant de se gripper. Car de son propre aveu, dès que les doléances ont été exprimées, tout a été réglé : sécurité renforcée, terrain d’entraînement choisi librement, billets supplémentaires accordés. Bref, une gestion classique, rapide et efficace. Mais là encore, le factuel fait mauvais ménage avec la posture victimaire. Quant aux autres « scandales » brandis — hôtels de transit, terrains annexes, quotas de billets — ils relèvent d’une stricte application des règlements de la CAF. Rien d’exceptionnel, sinon l’effort déployé pour y voir la main invisible de Rabat. Restait donc l’ultime refuge : l’arbitrage. Annoncé tardivement, contesté par avance, récusé pendant le match. Une obsession qui, loin d’apaiser les esprits, a contaminé la finale elle-même : tensions sur le terrain, débordements en tribunes, interruption inédite. Une soirée qui aurait dû célébrer le football africain, mais qui s’est transformée en foire aux soupçons.
Et Abdoulaye Fall de conclure par la théorie finale : le Maroc « tient la CAF », personne n’ose lui résister, tout serait décidé à l’avance. Une thèse commode, surtout au moment précis où la commission disciplinaire de la CAF s’apprête à examiner d’éventuelles sanctions. Transformer une victoire très contestée en combat politique, diaboliser l’adversaire pour mieux se dédouaner: la manœuvre est transparente. Le risque, pourtant, est réel. À force de crier au complot, de désigner un bouc émissaire et d’instrumentaliser les instances, le Sénégal et son président pourraient surtout fragiliser leur propre position. Car à la CAF, comme ailleurs, les procès d’intention pèsent rarement plus lourd que les faits. Et dans cette affaire, les faits restent au centre du jeu malgré toutes les tentatives de les dribbler…
Incidents en finale de la CAN : Le verdict de la CAF imminent
Réunie mardi 27 janvier pour examiner les incidents survenus lors de la finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal, la Commission de discipline de la Confédération africaine de football a clos les auditions et mis l’affaire en délibéré. La décision est attendue dans un délai de 48 heures.
Dans un communiqué, la Fédération sénégalaise de football (FSF) a confirmé avoir comparu devant le Jury disciplinaire de la CAF, représentée par son secrétaire général, Abdoulaye Sow. Le sélectionneur Pape Bouna Thiaw ainsi que les joueurs Ismaïla Sarr et Iliman Ndiaye ont également été entendus et ont présenté leurs moyens de défense.
Conformément au calendrier fixé par la présidente du Jury disciplinaire, le verdict final devrait être rendu dans les deux jours suivant l’audience.








