La décision de la CAF de retirer au Sénégal son titre de champion d’Afrique 2025 pour l’attribuer au Maroc aurait dû rester une affaire sportive. Mais voilà : à Dakar, on a visiblement décidé qu’il était plus élégant d’inviter la politique dans le stade que d’admettre une évidence réglementaire.
Les faits, pourtant, ont cette qualité précieuse : ils sont têtus. Le 18 mars 2025, le gouvernement sénégalais publie un communiqué officiel pour dénoncer une décision « injuste » et « illégale » de la Confédération Africaine de Football. On y évoque des pressions, des soupçons de corruption, tout le nécessaire pour transformer ce qui n’était qu’un match de football en psychodrame politico-médiatique. Sauf que, dans la vraie vie – celle où les règlements existent –, il se passe quoi ?
Petit rappel à l’usage des gouvernements qui aiment le football. L’article 82 du règlement de la compétition est pourtant d’une clarté presque insultante : une équipe qui « refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre » est déclarée perdante.
Traduction : quand on n’est pas content d’un penalty, on ne claque pas la porte du stade comme un enfant vexé. On râle, on proteste, on serre les dents, et on continue à jouer. C’est ça, le sport. C’est moins confortable qu’un communiqué officiel, mais c’est ainsi.
La sélection sénégalaise a choisi la sortie. Pas la sortie honorable – la sortie tout court. Elle a transformé un désaccord arbitral en abandon pur et simple en installant une ambiance chaotique qui a enfanté des actes de violence et des dégradations commis par des supporters sénégalais. Et dans le football comme dans la vie, abandonner le terrain a des conséquences.
Le gouvernement sénégalais, dans sa grande sagesse, a estimé que tout cela relevait désormais de sa compétence. On imagine la réunion : « Messieurs, nos joueurs ont quitté le terrain avant la fin du match. Que faire ? »
Proposer un recours auprès des instances ? Trop simple.
Accepter la sanction et préparer la prochaine compétition ? Trop sportif.
·Publier un communiqué officiel dénonçant un complot et évoquer la corruption ? Bingo.
Le sport africain, déjà fragile, n’avait pas besoin de ça. En politisant l’affaire, Dakar ne défend pas l’honneur national – il fragilise un peu plus la crédibilité des institutions sportives du continent. Et accessoirement, il donne une leçon magistrale de ce qu’il ne faut pas faire quand on veut que le football africain grandisse.
La seule règle qui compte : on ne réécrit pas l’histoire après coup
À défaut de rejouer le match – hypothèse aussi réaliste qu’une neige à Dakar en août –, le gouvernement sénégalais a choisi d’en déplacer l’enjeu sur le terrain politique. Une stratégie qui fait certes du buzz mais qui rappelle surtout une évidence que les enfants apprennent dès la cour de récré : contester une décision ne donne pas le droit de quitter le jeu. Et certainement pas celui d’en réécrire les règles après coup.
D’autant que dans cette affaire, le Maroc n’a rien demandé, rien provoqué, rien orchestré. Il a simplement attendu que les instances appliquent le règlement – ce qui, dans le football africain, relève presque de l’exploit.








