Ahmed Zoubaïr
Dans les films hollywoodiens, quand la situation devient critique, il suffit d’un discours musclé, d’un drapeau qui claque au vent et d’une musique héroïque pour que la cavalerie arrive. Mais dans la vraie vie géopolitique, les alliés ne surgissent pas toujours au bon moment… surtout quand on les appelle à la rescousse après avoir déclenché l’incendie.
C’est un peu la situation embarrassante dans laquelle se retrouve Donald Trump face à l’Iran. Après avoir joué mis le feu au Proche-Orient avec la complicité du criminel de guerre de Tel Aviv, voilà que Washington lance un appel pressant à la communauté internationale : former une coalition navale pour sécuriser le passage des pétroliers dans le stratégique détroit d’Ormuz.
Mais la réalité est têtue : près d’un tiers du pétrole transporté par mer passe par ce goulet maritime étroit, surveillé de très près par l’ Iran. Et lorsque la tension monte, le commerce mondial suffoque, les prix de l’énergie flambent et les marchés s’affolent.
Dans un moment d’inspiration diplomatique assez inédit, Trump a même regardé vers la Chine, espérant que Pékin enverrait son armada pour escorter les pétroliers. Après tout, la Chine dépend fortement du pétrole du Golfe : logique, non ?
Du côté des alliés traditionnels, l’enthousiasme n’est guère plus débordant. Certains expliquent qu’ils doivent « consulter leur parlement », d’autres qu’ils privilégient « la désescalade ». Traduction diplomatique : débrouillez-vous avec votre foutu scénario.
Au Royaume-Uni, le gouvernement a clairement fait savoir qu’il n’était pas prêt à envoyer des navires de guerre dans le détroit, préférant envisager des moyens non offensifs comme des drones de déminage. Londres ne tient pas à être perçu comme un belligérant direct par Téhéran.
Derrière les formules diplomatiques polies se cache une inquiétude très concrète : si un pays rejoint une opération militaire contre l’Iran, il pourrait être considéré comme partie prenante du conflit et potentiellement exposé à des représailles, y compris loin du théâtre des opérations. C’est un calcul stratégique que plusieurs capitales européennes semblent partager : mieux vaut soutenir la sécurité maritime sans apparaître comme cobelligérant.
La liste des volontaires ressemble donc, pour l’instant, à une feuille blanche. Même des pays très dépendants du pétrole du Golfe, comme le Japon, expliquent qu’ils n’ont pas l’intention immédiate d’envoyer des navires d’escorte, invoquant des contraintes politiques et constitutionnelles.
Quant à l’idée de voir la Chine dépêcher son armada pour sécuriser la navigation, elle relève pour l’instant du vœu pieux. Pékin observe la crise avec la prudence habituelle des puissances qui préfèrent ne pas intervenir dans un conflit qui tourne à son avantage. Pekin etant un grand allié de Téhéran dont les dirigeants laissent passer les pétroliers battant pavillon chinois…Aucun pays au monde n’a le degré de sagesse de Trump pour se mouiller dans un conflit aussi explosif.
Résultat : la grande coalition internationale ressemble pour l’instant à une réunion Zoom où tout le monde a coupé sa caméra. Et pour cause. Une coalition internationale chargée de sécuriser le détroit d’Ormuz pourrait facilement basculer d’une mission de protection maritime vers une implication directe dans la guerre contre l’Iran. Bonjour la 3 e guerre mondiale!
Dans ce contexte très brumeux , il ne reste peut-être qu’une solution au grand Donald : appeler les vrais professionnels de l’étoffe de John Rambopour pour patrouiller dans le détroit, avec son bandeau et son arc, pendant que Tom Cruise descendrait en rappel d’un porte-avions pour une nouvelle mission classée «impossible» ?
Après tout, dans les films, cela fonctionne toujours. Les héros sautent d’hélicoptère en hélicoptère, neutralisent des armées entières et rentrent à la maison sains et saufs avant le générique.
Malheureusement pour les scénaristes de la Maison-Blanche, la politique internationale n’obéit pas aux lois d’Hollywood. Les adversaires ne disparaissent pas après une explosion spectaculaire, les alliés ne surgissent pas automatiquement au moment crucial , et les détroits stratégiques ne se sécurisent pas à coups d’envolées martiales et de déclarations contradictoires.
Bref, l’Amérique des films d’action, celle où un seul homme sauve le monde en 90 minutes, n’est pas tout à fait la même que celle de la réalité géopolitique , celle où les calculs, les intérêts et les équilibres de puissance ont tendance à compliquer sérieusement le scénario. Et dans ce film-là, il n’y a pas toujours de happy end écrit à l’avance. Good luck Donald !








