Ahmed Zoubaïr
Dans la grande fresque des stratégies improvisées, Donald Trump semble avoir inventé une technique audacieuse : avancer à tâtons, reculer en fanfare, puis expliquer le tout avec un aplomb qui confine à l’art contemporain. La guerre qu’il a déclenché avec le criminel de Tel Aviv contre l’Iran , n’a pas suivi le scénario griffonné à la hâte entre deux déclarations martiales. Résultat : un bourbier bien réel, dans lequel il s’enlise avec une constance presque admirable, en empilant mensonges commodes et revirements spectaculaires pour tenter de donner l’illusion d’une trajectoire.
Dernier épisode en date : l’annonce d’un report de cinq jours d’un ultimatum pourtant présenté, la veille encore, comme gravé dans le marbre. Il s’agissait de bombarder des centrales électriques si l’Iran ne se pliait pas à ses exigences sur le détroit d’Ormuz. Finalement, non. Enfin, pas tout de suite. Les marchés, toujours friands de ce genre de suspense géopolitique, ont applaudi ce délai comme on salue une accalmie dans une tempête. Mais du côté des explications, c’est une autre histoire : plus Trump parle, moins on comprend, et plus l’incertitude prospère comme de mauvaises herbes sur un terrain abandonné.
Pour justifier ce soudain accès de prudence, le milliardaire de la Maison Blanche évoque des « discussions productives » avec Téhéran, discussions dont personne ne connaît ni les interlocuteurs, ni le contenu, ni même l’existence. L’Iran dément, évidemment. Et pendant ce temps, Benjamin Netanyahu, dans un bel esprit de coordination internationale, annonce tranquillement que les opérations militaires, elles, continueront, au Liban comme ailleurs. Diplomatie en pointillés, stratégie en mosaïque.
À ce stade, parler de résolution du conflit relève presque de la fiction. Israël prépare une offensive d’ampleur au Sud-Liban dont les principales victimes sont les populations, tandis que les cinq jours généreusement accordés par Trump ressemblent surtout à une pause technique : calmer les marchés de l’énergie, laisser arriver les renforts militaires, et espérer que, d’ici là, la réalité se plie enfin au récit officiel. Une méthode déjà éprouvée : il y a deux semaines, en pleine déroute boursière, il assurait que la guerre était « presque terminée ». On connait la suite…
Les marchés, eux, oscillent désormais au rythme de ses déclarations contradictoires, entre soulagement nerveux et panique contenue. Une nouvelle journée de volatilité s’est soldée par un baril flirtant avec les 100 dollars, conséquence directe d’un détroit d’Ormuz sous tension. Les compagnies pétrolières, elles, vendent au plus offrant, et le monde redécouvre, une fois de plus, que l’improvisation stratégique a un prix, généralement payé par les autres.








