Finale chaotique de la CAN : La CAF joue avec la vérité…

Patrice Motsepe, président de la CAF.

Ahmed Zoubaïr 

En cherchant à clore la polémique née de la finale de la CAN , la CAF l’a relancée. A force de vouloir ménager toutes les sensibilités, elle a surtout sifflé à côté de l’objectivité des faits. 

Dans le dossier litigieux de la finale de la CAN ( Lions de l’Atlas contre ceux de la Teranga) dimanche 18 janvier à Rabat, remportée dans une confusion scandaleuse par le Sénégal, il fallait trancher, la Confédération Africaine de Football (CAF) l’a fait. Mais au lieu de sanctionner l’origine du chaos, l’instance de Motsepe  a préféré l’arithmétique disciplinaire : un peu pour tout le monde, beaucoup de confusion et zéro clarté.

Visiblement, la CAF a voulu montrer le sens de l’équité quitte à le faire au détriment des intérêts du Maroc.  Résultat : punition pour les deux protagonistes, responsabilités diluées et une décision qui laisse perplexe. Une manière d’éviter de nommer clairement celui qui a mis le feu aux poudres.

Ces sanctions  disciplinaires  ( lire encadré ) laissent un goût amer et soulèvent une question centrale : où est passée l’objectivité ? Au Maroc, la surprise a rapidement cédé la place à l’incompréhension, tant les sanctions infligées à la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) apparaissent déconnectées de la réalité des faits.

Or, les images du désordre vues en direct par des millions de spectateurs à travers le monde  sont sans équivoque. Le chaos qui a marqué la fin de la rencontre a été déclenché par un acte d’une extrême gravité : la décision du sélectionneur sénégalais d’ordonner à ses joueurs de quitter la pelouse, en signe de protestation contre un penalty accordé dans le temps additionnel aux Lions de l’Atlas. Un geste inédit à ce niveau de compétition, contraire à toutes les règles sportives et à l’esprit du jeu, qui a mis en péril l’intégrité de la finale, déstabilisé le camp adverse et porté atteinte à l’image du football africain.

Face à cet acte anti-sportif manifeste, la sélection nationale  s’est retrouvée en position de victime, contrainte de gérer une situation de tension qu’elle n’a ni provoquée ni souhaitée. Pourtant, la CAF a choisi d’appliquer une logique disciplinaire qui place sur u pied d’égalité et l’auteur du désordre et ceux qui en ont subi les conséquences. En sanctionnant lourdement la FRMF, l’instance continentale donne le sentiment troublant de punir la réaction plutôt que l’action, l’effet plutôt que la cause.

Cette démarche interroge d’autant plus qu’elle contredit le discours officiel de lutte contre l’antisportivité. Comment expliquer que des comportements aussi graves — abandon volontaire de la pelouse, pression collective sur l’arbitrage — ne soient pas traités comme des circonstances aggravantes absolues, mais dilués dans un ensemble de sanctions « équilibrées » au nom d’une neutralité de façade ?

Pire encore, ces décisions viennent nourrir une confusion regrettable autour de l’influence qu’on prête à la FRMF et son président Maroc au sein de la CAF. En infligeant des sanctions au pays hôte, l’instance africaine croit sans doute couper court à ces accusations de passe-droit véhiculées par certains pays membres notamment l’Algérie . Mais ce faisant, la CAF accrédite une autre injustice : celle d’une équidistance artificielle, où la recherche d’un faux équilibre l’emporte sur la lecture factuelle des événements.

Les insinuations selon lesquelles le Maroc « ferait ce qu’il veut » à la CAF, relayées à la veille du verdict de na CAF  par le président de la Fédération sénégalaise, se trouvent clairement infirmées par les faits. S’il existait le moindre favoritisme , la FRMF n’aurait tout simplement pas été sanctionnée. Mais l’absence de favoritisme ne saurait justifier l’absence de discernement.

En refusant d’assumer une lecture claire des responsabilités, la CAF envoie un signal négatif  : celui d’une gouvernance hésitante, plus soucieuse de préserver des équilibres politiques que de défendre la vérité sportive. Une posture qui fragilise la crédibilité de l’institution et alimente le sentiment d’injustice, là où le football africain a besoin de clarté, de courage et d’autorité.

Au final, cette affaire dépasse le simple cadre disciplinaire. Elle pose une question fondamentale : peut-on construire un football africain fort sans une CAF capable de trancher avec lucidité, même lorsque cela dérange?


Des  sanctions… et beaucoup de questions

Le Jury disciplinaire de la Confédération Africaine de Football (CAF) a rendu, dans la soirée du mercredi 28 janvier, ses décisions à la suite des incidents ayant émaillé la finale de la Coupe d’Afrique des Nations TotalEnergies Maroc 2025. Des sanctions sévères ont été prononcées à l’encontre de la Fédération Sénégalaise de Football (FSF), de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), ainsi que de plusieurs joueurs et officiels, pour des violations avérées du Code disciplinaire de la CAF.

Sanctions lourdes contre la Fédération sénégalaise

La FSF écope de plusieurs sanctions, tant sur le plan individuel que collectif. Le sélectionneur des Lions de la Téranga, Pape Bouna Thiaw, a été suspendu pour cinq matches officiels de la CAF et condamné à une amende de 100 000 dollars, pour comportement antisportif, atteinte aux principes de fair-play et à l’image du football africain.

Deux joueurs sénégalais sont également sanctionnés : Iliman Cheikh Baroy Ndiaye et Ismaïla Sarr, suspendus chacun pour deux matches officiels pour comportement antisportif à l’encontre de l’arbitre.

Sur le plan financier, la FSF devra s’acquitter de 615 000 dollars d’amendes. Elle est sanctionnée à hauteur de 300 000 dollars pour le comportement inapproprié de ses supporters, 300 000 dollars supplémentaires pour les agissements antisportifs de ses joueurs et de son encadrement technique, ainsi qu’une amende de 15 000 dollars pour faute disciplinaire de l’équipe nationale, cinq joueurs ayant été avertis au cours de la rencontre.

Suspensions et amendes pour la FRMF

Côté marocain, le Jury disciplinaire a également sévi. Achraf Hakimi a écopé d’une suspension de deux matches officiels de la CAF, dont un avec sursis pendant un an, pour comportement antisportif. Ismaël Saibari a, pour sa part, été suspendu pour trois matches officiels, assortis d’une amende de 100 000 dollars.

La FRMF a également été sanctionnée financièrement. Une amende de 200 000 dollars a été infligée pour le comportement inapproprié des ramasseurs de balles, tandis qu’une sanction de 100 000 dollars vise l’envahissement de la zone d’examen de la VAR par des joueurs et des membres de l’encadrement technique, entravant le travail de l’arbitre, en violation des articles 82 et 83 du Code disciplinaire de la CAF. Enfin, une amende de 15 000 dollars a été prononcée pour l’utilisation de lasers par des supporters marocains.

Réclamation rejetée

Par ailleurs, le Jury disciplinaire de la CAF a rejeté la réclamation déposée par la FRMF, qui dénonçait de supposées violations du règlement de la Coupe d’Afrique des Nations par la Fédération sénégalaise, notamment au regard des articles 82 et 84, en lien avec la finale de l’édition 2025.


Le Sénégal s’en sort bien…

Abdellah Chankou 

Un simple survol des sanctions prononcées par la Confédération Africaine de Football (CAF)  impose ce constat : le Sénégal s’en sort plutôt bien. Malgré un épisode de fin de match marqué par un geste d’une gravité rare-l’ordre donné par le sélectionneur sénégalais à ses joueurs de quitter la pelouse et l’arrêt du match pendant un peu plus de 10 minutes -l’impact disciplinaire réel reste, à bien des égards, limité.

Certes, les suspensions individuelles et les amendes infligées à la Fédération sénégalaise de Football sont lourdes sur le papier. Mais aucune sanction sportive majeure n’a été prise  : ni remise en cause du résultat, ni mesure exemplaire à la hauteur d’un acte qui a frôlé la rupture de l’ordre sportif. Un précédent dangereux, tant ce type de comportement aurait pu entraîner des conséquences autrement plus sévères dans d’autres contextes.

En diluant les responsabilités dans une logique de sanctions croisées, la CAF a paradoxalement atténué la portée des fautes initiales. Le geste fondateur du désordre – la contestation collective et organisée de l’arbitrage – s’est retrouvé noyé dans un ensemble de manquements secondaires, donnant l’impression que tout se vaut et que tout se sanctionne de la même manière.

Résultat : le Sénégal, pourtant à l’origine de cet imbroglio qui a favorisé les Lions de la Teranga , quitte ce dossier sans véritable stigmate sportif. Pire, la lecture disciplinaire retenue permet presque de renvoyer les deux camps dos à dos, comme si les faits relevaient d’une simple confusion générale et non d’une transgression manifeste des règles du jeu.

En cherchant à afficher une neutralité de façade, la CAF a finalement produit l’effet inverse : celui d’un message brouillé, où la responsabilité se dilue dans des sanctions pour l’agresseur et la victime et où l’auteur principal du désordre bénéficie, de facto, d’un traitement plus clément que la gravité des actes ne l’aurait justifié.

Au terme de cette séquence, une certitude demeure : le Sénégal sort de ce tumulte organisé sans payer le prix sportif de l’acte commis, tandis que le débat sur l’objectivité et la cohérence de la décision disciplinaire reste, lui, pleinement ouvert.

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