Géopolitique : Trump invente sa propre vision de la paix

Un Conseil de la paix et des questions.

AHMED ZOUBAïR

Le 22 janvier à Davos, le Maroc a signé la Charte constitutive du « Conseil de Paix », une initiative portée par Donald Trump, présentée comme un nouvel outil de gestion des conflits internationaux. Seul pays africain à y adhérer, le Royaume inscrit ce choix dans la continuité de sa diplomatie et de son positionnement comme acteur de stabilité, sous l’impulsion du Roi Mohammed VI. Derrière l’habillage consensuel, ce Conseil apparaît toutefois comme une structure politique parallèle, conçue en marge et souvent au mépris des mécanismes onusiens traditionnels. Club restreint, non universel, aux décisions non contraignantes, il assume une logique de contournement de l’ONU au profit d’un pilotage direct par Washington et ses alliés, sous couvert de pragmatisme et d’« efficacité ». Officiellement, l’initiative s’inscrit dans la dynamique internationale en faveur d’un règlement du conflit israélo-palestinien, relancée notamment par la Déclaration de New York et les appels à un cessez-le-feu à Gaza. Mais la Charte du Conseil reste volontairement floue, sans référence explicite à Gaza, alors même que son mandat est censé s’y limiter, conformément à une résolution du Conseil de sécurité.

Dès lors, ce « Conseil de Paix » ne pourra revendiquer la moindre crédibilité, ni relever le pari qu’il affiche que s’il rompt avec l’ambiguïté et s’attaque à la racine du conflit : l’occupation israélienne et le refus persistant par le colonisateur d’une solution politique juste. Son efficacité ne se mesurera ni au nombre de réunions ni aux professions de foi mais à sa capacité réelle à imposer une solution à deux États, conforme au droit international, garantissant aux Palestiniens un État viable et la possibilité de vivre enfin sur leur terre en hommes libres. Faute de quoi, ce Conseil ne sera qu’un instrument de plus, un machin trumpien inopérant dont la seule réussite est de piétiner l’ONU sans mettre fin à la tragédie qu’il prétend vouloir régler. 

En définitive, le « Conseil de Paix » ne sera ni jugé sur ses intentions ni sur ses communiqués, mais sur un seul acte décisif : contraindre Israël à mettre fin à l’occupation et à accepter la solution à deux États. Tout le reste, réunions, chartes et cercles fermés, ne serait alors qu’un exercice de contournement de l’ONU de plus, incapable d’offrir aux Palestiniens autre chose que des promesses pendant que la colonisation, elle, continue. Ce scepticisme est d’ailleurs largement partagé sur la scène internationale. À l’exception notable de la Hongrie, fidèle à ses alignements politiques assumés sur le poutinisme et le trumpisme à la fois, la majorité des pays européens à l’image de l’Espagne et de la France, ont choisi de boycotter le Conseil de Paix, refusant de s’associer à une initiative perçue comme un dispositif parallèle affaiblissant le multilatéralisme onusien. Du côté africain, le désengagement est encore plus net : aucune grande puissance continentale, hormis le Maroc, n’a rejoint le Conseil, traduisant une méfiance profonde face à un mécanisme jugé opaque, déséquilibré et peu soucieux des priorités africaines. Ce boycott silencieux mais massif souligne une réalité simple : sans légitimité internationale large, sans ancrage clair dans le droit international et sans volonté réelle d’imposer une paix juste, ce Conseil peine à convaincre au-delà de son cercle restreint des anciens et nouveaux alliés de l’Amérique de Trump. 

Et puis, comment Donald Trump peut-il s’ériger en chantre de la paix avec son « Conseil de la Paix », alors que son administration continue de maintenir des menaces d’action militaire contre l’Iran tout en poursuivant une politique très stricte envers les migrants sur le sol américain ? Voila qui met en lumière un vrai paradoxe dans la politique extérieure et intérieure des Etats-Unis : d’un côté, la création d’un organe censé promouvoir la paix ; de l’autre, des déclarations bellicistes concernant l’Iran et une approche répressive envers les migrants. Ces faits vont en définitive à l’encontre de l’image d’un engagement pour une paix sincère, inclusive et humaniste.

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