Au Maroc, les grandes stratégies s’accompagnent souvent de moyens importants, mais rarement de résultats tangibles. Le football fait aujourd’hui figure de contre-exemple. La “méthode Lekjaa” bouscule la culture du gaspillage et prouve qu’une autre gestion de l’action publique est possible.
Ahmed Zoubaïr
Au Maroc, l’opinion publique s’est longtemps habituée à un paradoxe tenace : des budgets conséquents mobilisés, des plans annoncés en grande pompe… et, à l’arrivée, peu de résultats visibles, peu d’impact mesurable, peu de redevabilité. La politique des effets d’annonce a pris le pas sur celle de l’efficacité. Le football marocain, lui, fait figure d’exception. Et cette exception porte un nom : Fouzi Lekjaa.
Derrière l’épopée des Lions de l’Atlas au Mondial 2022, la CAN 2025 organisée actuellement en grande pompe au Maroc, ou encore le ticket commun avec l’Espagne et le Portugal pour la Coupe du monde 2030, un homme joue une grande partition avec une rigueur décisive toute technocratique.
Président de la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) depuis 2014, ministre délégué chargé du Budget et figure influente des cercles décisionnels, Fouzi Lekjaa incarne une gestion froide, méthodique, orientée vers un seul objectif : le résultat.
Sa méthode tranche radicalement avec les pratiques courantes. Pas de dispersion, pas de projets vitrines sans lendemain, pas de communication avant les actes. La recette est connue, mais rarement appliquée avec autant de constance : centralisation des décisions, vision à long terme, indicateurs clairs et culture de la performance. Sous sa houlette, la FRMF a investi massivement et mais intelligemment dans les infrastructures: centres de formation, pelouses homologuées, modernisation des stades, structuration des clubs, professionnalisation des encadrements et motivation des joueurs à tous les niveaux.
L’enfant prodige de Berkane a imposé un cahier des charges exigeant à une fédération longtemps fragilisée par l’amateurisme et les arrangements. Dans les coulisses, Lekjaa négocie, tranche et trace le cap à suivre. Il a surtout réussi là où beaucoup échouent : aligner les priorités sportives avec celles de l’État, faisant du football un véritable levier diplomatique, économique et d’image.
Architecte discret mais redoutablement efficace de la montée en puissance du football marocain, Fouzi Lekjaa a su transformer une passion populaire en outil d’influence continentale. Son ascension au sein des instances internationales en témoigne : premier vice-président de la CAF et membre du Conseil de la FIFA. Le Maroc s’est ainsi imposé comme un acteur incontournable du football africain et mondial, aussi bien sur les pelouses que dans les instances de décision.
Ce rayonnement n’est pas le fruit du hasard. Il résulte d’une alchimie patiemment construite, mêlant réformes locales, lobbying international et obsession de l’excellence. Le football marocain n’a jamais été aussi bien positionné sur l’échiquier mondial, non pas parce que l’on a dépensé plus, mais parce que l’on a dépensé mieux.
«Fouzi Lekjaa parle peu, laissant les chiffres et les résultats parler pour lui. Son autorité peut parfois agacer, mais elle est difficilement contestable au regard des performances obtenues», témoigne un proche. À la FRMF comme au ministère du Budget, la « culture de la performance » n’est pas un slogan : c’est une ligne rouge.
Avec lui, le football marocain est passé de la passion à la planification. La CAN 2025 n’est pas un aboutissement, mais une étape majeure dans un travail de fond, continu, presque obsessionnel. Une démonstration éclatante que, lorsque la rigueur remplace le gaspillage et que la vision supplante l’improvisation, le Maroc est capable de transformer l’ambition en réussite concrète. Et si, au fond, la véritable leçon de la méthode Lekjaa dépassait le football ?








