Onéreuse Omra : Le business de la foi


La Omra pendant le mois de Ramadan, surtout les dix derniers jours, est une expérience unique que de plus en plus de Marocains sont prêts à vivre en payant le prix fort. Voyage au bout d’une spiritualité très juteuse.

Laila Lamrani

La Omra attire de plus en plus de Marocains tout au long de l’année. Mais à l’occasion du Ramadan, l’engouement pour le petit pèlerinage, qui équivaut à l’accomplissement du Hajj, redouble d’intensité, se traduisant en excellent filon pour les agences de voyages qui réalisent le plus gros de leur chiffre d’affaires pendant cette période synonyme d’expérience unique.Signe qui ne trompe pas, l’épuisement du rial saoudien dans les bureaux de change et même les bazars de Casablanca. Résultat : les voyageurs se rabattent sur le dollar américain qui voit son taux grimper sous l’effet d’une demande accrue. Entre 10 et 10,15 DH dans les bureaux de change et 10,034 en banque.

Le forfait Omra n’est pas donné. Chaque année les prix des prestations grimpent. Pour l’aérien, il faut compter au moins 15,000 DH aller/retour par personne en classe économique et le double en business. Quant à l’hébergement, les tarifs varient en fonction de la proximité ou non de l’esplanade de la Kaaba. Plus l’hôtel est loin, moins les prix sont élevés. Ceux qui ont les moyens privilégient les établissements luxueux qui ceinturent ce lieu saint et la mosquée Al Haram. C’est le cas de Raffles Makkah Palace, le préféré des nababs marocains. Ici, les prix des chambres démarrent à partir de 75.000 DH la nuitée. Pour une nuit en suite présidentielle avec vue sur Al Haram ( plus pour la vue sur la Kaaba), il faut accepter de se délester d’environ 90.000 DH ! Dans les hôtels avoisinants de moindre standing, les tarifs oscillent entre 25.000 et 60.000 DH par nuit. Pour les dix derniers jours de Ramadan, le séjour haut de gamme à proximité de Masjid Al Haram coûte une fortune car il offre un privilège précieux, un accès facile à la mosquée Al Haram qui connaît une affluence phénoménale particulièrement au mois de Ramadan.

Plus l’hôtel est excentré, plus les prix sont abordables. Mais c’est la galère pour rallier le lieu saint en raison de l’instauration d’un périmètre de sécurité draconien tout autour de la zone sacrée, accessible aux seuls résidents des hôtels de la place. Pour les clients des établissements des autres quartiers, il faut soit marcher à pied pour rejoindre le centre névralgique de la Mecque ou prendre la navette depuis une place située à quelques kilomètres de la mosquée Al Haram. Une aubaine pour les taxis et les transporteurs clandestins qui en profitent pour faire monter les prix de la course. Résultat de cette politique de bétonnage hôtelier à outrance qui a enfanté une palanquée d’hôtels et palaces de luxe haut de plusieurs étages, l’enserrement de la Kaaba qui aurait gagné, compte tenu de sa sacralité, à bénéficier d’une zone de recul assez large par rapport aux édifices humains. Plus frappant encore est l’absence de verdure dans toute l’enceinte de Al Haram et alentours…

Phénomène saisissant que ces flux de fidèles par millions issus du monde entier, qui se pressent autour des lieux saints pour accomplir la Omra! Autour de ces moments de prière et de recueillement s’est développé un immense commerce qui fait couler l’argent à flots. A proximité de l’esplanade de Al Haram, plusieurs centres commerciaux climatisés sur plusieurs et des centaines d’échoppes bien achalandés étages accueillent sans répit des milliers de fidèles férus de n’importe quel souvenir de la Mecque: tapis de prière, encens, exemplaires du coran, parfums, chapelets en bois ou en perles de plastique clinquant, foulards, tissus, prêt-à-porter, joaillerie, gadgets high tech, figurines de la Kaaba, etc…

Les échoppes, parmi lesquelles figurent les enseignes du luxe, ne désemplissent jamais, ou presque: leurs rideaux ne baissent que le temps de la prière avant que les affaires ne reprennent leurs droits. Ici, le business est florissant, omniprésent, au grand bonheur des commerçants qui réalisent de très bonnes affaires grâce à des visiteurs qui dépensent sans compter. Quand ils ne sont pas en proie à la fièvre acheteuse, ils s’attablent dans les cafés et les restaurants du fast food pris d’assaut de toutes parts. Ce consumérisme débridé et culte de l’argent décomplexé ont quelque chose d’embarrassant, voire de choquant. Mais à la Mecque, la dimension spirituelle et l’aspect marchand font bon ménage. Le foncier le plus cher au monde se trouve d’ailleurs dans l’enceinte autour de la zone sacrée, environ 100.000 euros le mètre carré ! Plus lucratif que le tourisme généraliste, le tourisme religieux représente une poule aux œufs d’or pour l’Arabie Saoudite qui ambitionne d’en accueillir 30 millions d’ici 2030. Sacrée industrie !

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