Du 17 au 20 septembre, le Stade du R.U.C. à Casablanca a vibré au rythme de la 24e édition de L’Boulevard. Rap, rock, metal, électro, dub, fusion… Quatre jours durant, quelque 75 000 festivaliers ont répondu présent à un rendez-vous devenu incontournable de la scène musicale marocaine.
Jamil Manar
Il y avait du monde, du bruit, des décibels et surtout de la musique. Du 17 au 20 septembre, L’Boulevard a investi une nouvelle fois le Stade du R.U.C. pour sa 24e édition. Quelque 75 000 festivaliers ont défilé durant quatre jours devant une programmation qui a fait le pari, fidèle à l’ADN du festival, du mélange des genres et de la découverte. Plus de 33 formations venues du Maroc, de France, du Brésil, de République démocratique du Congo, de Syrie et de Belgique ont fait entendre leurs univers. Rap, hip-hop, rock, metal, soul, électronique, dub ou encore musiques hybrides : à L’Boulevard, les frontières musicales sont surtout faites pour être franchies. La journée rap et hip-hop a enregistré la plus forte affluence de cette édition. Le Stade du R.U.C. affichait complet pour une soirée largement dominée par les artistes marocains.
DJ Mikebeatz23 a donné le coup d’envoi en revisitant les fondamentaux du hip-hop. Bo9al a ensuite imposé son énergie brute, avant que DJ Fly ne fasse parler les platines avec un set de turntablism précis et explosif. Figoshin a poursuivi la soirée, avant l’entrée en scène de Dizzy Dros. Le rappeur casablancais, déjà passé par L’Boulevard en 2013 puis en 2019 avec un live band, a franchi cette fois un nouveau cap.
Entouré de ses musiciens, il a livré un véritable show collectif, avec des arrangements travaillés, une puissance sonore assumée et une présence scénique qui rappelle que le rap peut aussi se jouer en grand format. À la croisée du hip-hop et du rock, la formule avait tout pour fonctionner sur la scène de L’Boulevard. Rhita Nattah a dévoilé une voix et un univers déjà bien affirmés. Une prestation qui confirme tout l’intérêt d’une artiste dont le parcours mérite d’être suivi. Avec Bab L’Bluz, changement d’ambiance. Guembri, riffs, chants et rythmes se sont mêlés dans un concert électrique et généreux.
Issam Kamal & Mazagan ont, eux, retrouvé un public qui les connaît bien. Leur chaâbi groove a rapidement transformé le stade en piste de danse. Le samedi, les décibels ont pris le pouvoir. Mycose of You a ouvert la soirée avec son cocktail de hip-hop, de ska et de « punk halal ». Puis le festival a basculé dans des univers nettement plus métalliques. Suicide Machine, lauréat du Tremplin rock/metal en 2015, a fait son retour avec son melodic death metal. Sotherion a ensuite plongé le public dans les profondeurs du black metal. Et puis est venu le moment attendu : Sepultura. Seize ans après son premier passage à L’Boulevard, le groupe brésilien a retrouvé Casablanca dans le cadre de son ultime tournée mondiale. Sur scène, une rencontre entre plusieurs générations : les fidèles de la première heure et les plus jeunes venus découvrir en live la puissance d’un groupe devenu une référence du metal.
Pour sa dernière journée, L’Boulevard est resté fidèle à sa recette : mélanger les influences plutôt que les enfermer dans des cases. Sur la pelouse du R.U.C., Remork & Karkaba feat. Bnat Bambara ont fait dialoguer cuivres et traditions gnawa. Omar EK a ensuite prolongé le voyage entre héritages nord-africains et musiques électroniques. Aziz Konkrite a proposé un set construit avec précision et riche en textures. Puis Kin’Gongolo Kiniata a mis le feu à la pelouse, entraînant une foule de plus en plus dense dans une danse collective. Sarāb a ensuite croisé post-punk et maqâmât dans un concert dense et habité. Zentone s’est chargé de refermer la parenthèse, avec les vibrations plus planantes du reggae dub.
Le Tremplin, la fabrique des talents
L’autre cœur battant de L’Boulevard reste le Tremplin. Du 17 au 19 septembre, 15 artistes et groupes ont défendu leurs compositions dans trois catégories : Rap/Hip-Hop, Fusion/Autres musiques actuelles et Rock/Metal. Cette année, les lauréats ont été annoncés chaque soir, juste après leur catégorie. Ils se sont ensuite retrouvés le 20 septembre sur scène pour la remise collective des prix. Shinohidden et BrownY Original ont remporté les distinctions en Rap/Hip-Hop. Metrotune et Arinass ont été récompensés dans la catégorie Fusion/Autres musiques actuelles, tandis que Lixivia et Darih se sont imposés en Rock/Metal.
Depuis 1999, le Tremplin a vu passer plus de 765 groupes et artistes marocains. Une réserve de talents qui continue d’alimenter la scène musicale nationale. Les six lauréats de cette édition bénéficieront d’une semaine de formation et de l’enregistrement d’un morceau au Studio HIBA, auxquels s’ajoutent des dotations financières revues à la hausse.
L’Boulevard, ce n’est pas seulement la scène
Autour des concerts, le festival a également fait vivre son Souk, avec plus de 30 stands réunissant associations, artistes, artisans et créateurs. Performances et ateliers de Colokolo, piste de danse avec Liquid Bridge, mur d’escalade de Tla3climb, fanfare, jeux vidéo, cosplay et autres ateliers ont animé les journées. Le dispositif Souk Rassek, développé avec l’association 4S, a poursuivi ses actions de prévention, d’écoute et de médiation autour des violences basées sur le genre. Le festival a également ouvert ses coulisses aux jeunes. Près de 70 élèves de l’OFPPT et une quinzaine de responsables de maisons de jeunes ont ainsi pu découvrir les métiers et les rouages d’un événement culturel de cette ampleur.
75 000 festivaliers, 33 formations, 15 groupes au Tremplin, plus de 30 stands… Les chiffres donnent une idée de l’ampleur de cette 24e édition. Mais L’Boulevard entend manifestement compter autrement. Car derrière les statistiques, il y a des rencontres, des découvertes, des artistes qui émergent, des publics qui se croisent et des vocations qui naissent. À l’approche de son 25e anniversaire, L’Boulevard revendique ainsi ce qui fait sa singularité depuis ses débuts : être à la fois une scène, un laboratoire, un tremplin et un espace de liberté artistique.








