Et les jeunes talents, bon sang ! 

Le lionceau U20 Yassir Zabiri.

Au lendemain de la désillusion de dimanche 18 janvier 2025 , une question revient avec insistance : pourquoi le sélectionneur des Lions de l’Atlas Walid Regragui n’a-t-il pas inclu dans sa liste des jeunes talents pourtant aguerris champions du monde U20 et de la Coupe arabe ? L’argument avancé par le coach – « ils sont encore jeunes » – peut sembler recevable à première vue. Mais il ne tient pas la route ou plutôt le terrain apparaît à l’ère du football moderne. La preuve par l’Espagne qui n’a pas hésité à confier les clés de son animation offensive au prodige maroco-espagnol de la Barça Lamine Yamal qui devient en 2024 champion d’Europe à seulement 17 ans! Le sélectionneur sénégalais, adversaire du Maroc en finale, a lui aussi lancé des joueurs de moins de 20 ans dans un match à très haute intensité, avec le succès que l’on connaît.

Aujourd’hui, l’âge n’est plus un critère éliminatoire ; seul comptent le niveau réel et la capacité à répondre aux exigences du moment. L’argument de Regragui perd davantage de sa pertinence, surtout lorsque les jeunes concernés ont déjà remporté des compétitions majeures, comme une Coupe du monde U20 ou une Coupe arabe, dans des contextes de pression plus ou moins comparables à ceux d’une CAN. Derrière ce choix contestable mais assumé, une autre lecture s’impose, plus politique que sportive. De nombreux observateurs pointent une tendance du sélectionneur à privilégier les joueurs qu’il connaît, qu’il a lui-même installés, même lorsque leur rendement est en baisse. À l’inverse, ouvrir la porte à de nouveaux profils, parfois réclamés par le public et les connaisseurs, revient implicitement à reconnaître que les choix antérieurs peuvent être discutés. Il ne s’agit pas nécessairement d’ego au sens caricatural, mais plutôt d’une volonté de conserver un contrôle total sur son groupe, quitte à brider l’audace et la concurrence.

Cette posture devient d’autant plus problématique lorsqu’elle se traduit par une gestion du banc difficilement défendable. Dans ces conditions, il est légitime de penser que des profils comme Zabiri, Maâma ou Hrimat, même sans être titulaires, auraient pu offrir cette étincelle, cette imprévisibilité offensive qui a tant manqué aux Lions de l’Atlas dans bien des matchs de la compétition. 

Le véritable problème dépasse donc la simple question de l’âge. Il tient à une absence de courage tactique dans les moments clés. Lorsqu’une équipe se heurte à un mur, lorsqu’un plan de jeu montre ses limites, un grand sélectionneur ose. Il ose le sang neuf, ose l’inconnu, peut surprendre l’adversaire et accepte même le droit à l’erreur plutôt que de subir passivement le scénario adverse…

La conclusion s’impose presque d’elle-même. Oui, certains jeunes stars du groupe des remarquables sélectionneurs Sekitioui et Wahbi méritaient au moins deux ou trois places sur le banc, sinon une entrée en jeu. Le sentiment dominant est celui d’une occasion manquée, non pas par manque de talents mais par excès de prudence et d’entêtement. Les raisons objectives de la défaite résident certainement là : avoir cru que l’expérience rassurante seule pouvait gagner un match qui exigeait aussi de la fraîcheur et de l’imagination. Le public marocain, exigeant mais lucide, aurait sans doute accepté une défaite avec de jeunes talents lancés dans l’arène. Ce qui est difficile à admettre et à digérer en revanche, c’est une défaite sans audace, sans remise en question et sans autocritique.

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