Propos recueillis par Chouaib Brhadda
Organisé à Agadir depuis sa création il y a une dizaine d’années par Abdellah Chankou, le directeur de de publication du Canard Libéré, le Festival International de la Caricature en Afrique (FICA) est bien plus qu’un simple événement artistique : c’est un carrefour de réflexion, d’expression libre et de dialogue entre les cultures. Chaque année, il réunit des caricaturistes du monde entier autour de grandes causes humaines. À l’occasion de la 8e édition du FICA ( 13-16 novembre ), Chouaib Brhadda, chef de bureau de Rabat de l’agence de presse d’Etat d’Azerbaïdjan. (AZERTAC) s’est entretenu avec Naji Benaji, directeur du festival, qui revient sur les ambitions, la portée internationale du FICA et l’ouverture vers de nouveaux partenariats.
Que représente le festival d’Agadir dans l’écosystème international de l’art de la caricature ?
Le FICA est bien plus qu’un simple festival. C’est un carrefour unique entre l’Afrique et le monde. En choisissant Agadir comme point d’ancrage, nous avons voulu faire de cette ville une passerelle artistique reliant le continent africain à toutes les autres régions. Chaque édition du festival s’articule autour d’un thème global : les enfants des rues, les enjeux environnementaux, la sécurité alimentaire ou encore l’eau comme ressource stratégique. Ces thématiques, profondément humaines, donnent une âme et une responsabilité sociale à notre événement.
Mais le FICA, c’est aussi une grande famille artistique. Il réunit des figures majeures de la caricature mondiale et les fait dialoguer avec de jeunes talents, dans une dynamique d’échange de savoir-faire et de transmission. Il n’existe pas d’autre événement de cette envergure, ni en Afrique, ni dans le monde arabe, qui rassemble autant de pays — plus de 70 chaque année — et autant de sensibilités graphiques.
Le festival cherche-t-il à concilier les dimensions intellectuelle, culturelle et médiatique ?
Absolument. Le festival s’efforce d’articuler ces trois dimensions pour donner à la caricature toute sa profondeur. Sur le plan intellectuel, à travers des conférences réunissant artistes et universitaires, il encourage une réflexion critique autour des enjeux de société. Ces échanges permettent de redéfinir le rôle de l’art dans la sensibilisation et le développement. Sur le plan culturel, les expositions et ateliers visent à promouvoir la diversité des écoles artistiques représentées et à favoriser le dialogue entre les pays participants. Une attention particulière est portée aux ateliers pour enfants, car ils incarnent les générations à venir. L’ambition est aussi d’ancrer la caricature dans l’héritage culturel africain et national. Enfin, la dimension médiatique est essentielle : le festival capitalise sur la force visuelle de la caricature pour diffuser des messages percutants. L’image, lorsqu’elle est bien pensée, peut sensibiliser un large public et renforcer le rôle de la caricature comme expression d’une presse libre et responsable.
Dans quelle mesure les sociétés ont-elles besoin de la caricature ?
La caricature est bien plus qu’un art graphique. C’est un besoin fondamental pour toute société qui aspire à la démocratie, à la liberté d’expression et à la transparence. Elle agit comme une véritable soupape sociale, un espace d’expression sans violence où frustrations, critiques et questionnements peuvent être formulés avec humour, audace et intelligence. C’est aussi un miroir redoutablement efficace : une caricature bien pensée peut résumer, en un seul trait, des réalités que même les longs discours peinent à traduire. Elle éclaire, décode et alerte. C’est un outil d’analyse sociale aussi percutant que rapide, indispensable dans un monde saturé d’informations.
Où en est votre projet visant à développer le festival avec des rencontres conjointes avec des pays comme l’Azerbaïdjan ou le Kazakhstan ?
C’est une orientation claire et stratégique. Dès sa création, le festival portait une ambition internationale. Aujourd’hui, chaque édition réunit entre 70 et 80 pays, dont plusieurs du Caucase et d’Asie centrale. Nous voyons dans des pays comme l’Azerbaïdjan ou le Kazakhstan des partenaires culturels de grande valeur, riches de traditions artistiques uniques. Leurs expériences dans l’univers de la caricature méritent d’être partagées. D’où notre souhait de créer des partenariats durables avec des institutions culturelles de ces pays
Comment voyez-vous l’avenir du FICA?
L’avenir du FICA, nous le voyons résolument tourné vers l’international, avec toujours cette ambition : faire de l’art un langage commun pour un monde plus libre, plus lucide… et un peu plus drôle. Sans rancune ni agressivité.








