Plus de deux mois après une finale gâchée par le coach sénégalais, le match est loin d’être terminé. Très attendu, le verdict décisif du TAS dira si le droit corrigera définitivement ce que le terrain n’a pas su imposer…
Rachid Ouahbi
La finale de la CAN n’a pas fini de faire parler d’elle. Et pour cause : si le terrain a rendu un premier verdict, le dossier, lui, se joue désormais dans les couloirs feutrés du Tribunal arbitral du sport. Une ultime étape qui tient en haleine supporters, juristes et dirigeants, tant l’issue s’annonce décisive. Car derrière le tumulte médiatique et les accusations en tous genres, une réalité beaucoup plus simple s’impose : le cœur du litige repose sur une règle élémentaire du football : on ne quitte pas le terrain avant la fin du match. Revenons aux faits. Lors de la finale disputée à Rabat contre le Maroc, les joueurs sénégalais ont quitté sur ordre de leur coach la pelouse pour contester un penalty accordé aux Lions de l’Atlas dans le temps additionnel.
Un geste pour le incompréhensible qui constitue une infraction clairement encadrée par les règlements. Peu importe le contexte émotionnel : dans le droit du sport, le retrait volontaire du terrain constitue une faute grave. C’est précisément sur cette base que la Confédération africaine de football ( CAF) a tranché, attribuant la victoire au Maroc sur tapis vert (3-0), conformément aux textes qui stipulent qu’une équipe refusant de jouer ou quittant le terrain est déclarée perdante. Dans cette affaire, la position marocaine se distingue par sa cohérence juridique. Loin des polémiques, elle s’appuie sur une argumentation solide, détaillée dans un mémoire circonstancié présenté par la Fédération marocaine de football (FRMF). Celle-ci met notamment en lumière des éléments troublants concernant la gestion arbitrale, avec des indications selon lesquelles certaines sanctions disciplinaires à l’encontre des joueurs sénégalais auraient été sciemment évitées.
À cet effet, le journal Le Monde qui a eu accès aux arguments du Maroc affirme que Olivier Safari, président de la commission des arbitres de la CAF, aurait reconnu lors d’une réunion du comité exécutif en février que des instructions institutionnelles avaient été données pendant l’interruption du match. Ces instructions visaient à éviter que les joueurs sénégalais déjà avertis ne reçoivent un deuxième carton jaune, ce qui aurait conduit à leur expulsion. L’objectif aurait été de permettre à la rencontre de se poursuivre dans des conditions normales lors de la reprise.
Des éléments qui, s’ils sont confirmés, renforcent l’idée que le Maroc n’a fait que défendre le respect strict des règles du jeu. En face, le Sénégal dénonce une décision injuste et évoque des soupçons de corruption, allant jusqu’à réclamer une enquête internationale. Mais ces accusations peinent à occulter l’essentiel : dans toute compétition, les règles existent précisément pour encadrer les moments de tension. Les enfreindre expose à des conséquences, quelles que soient les circonstances.
Dès lors, la bataille s’est déplacée. Elle n’est plus sur le terrain, ni même dans les instances africaines, mais devant le Tribunal arbitral du sport, seul habilité à trancher définitivement ce différend. Et c’est là que tout se joue désormais. Le verdict du TAS est attendu comme un couperet. Confirmera-t-il l’application stricte du règlement ? Ou ouvrira-t-il une brèche en reconsidérant les circonstances du match ? En attendant, une chose est certaine: cette finale ne se résume plus à un score, mais à un principe. Au fond, cette affaire rappelle une vérité intemporelle du sport :l’émotion fait le spectacle, mais ce sont les règles qui font le résultat.








