« Je t’aime, moi non plus…» en version réchauffée

Ou comment France 5 nous a servi un méchoui de clichés avec une pincée de mauvaise foi…

Dimanche 5 avril 2026, France 5 a décidé de nous offrir une «soirée spéciale » sur les amours tumultueuses entre la France et le Maroc. Sous le titre « Je t’aime moi non plus : France-Maroc», on nous promettait un éclairage instructif. On a eu droit à un sombre remake, un vrai plat réchauffé : mêmes ingrédients rances, mêmes clichés en boîte, et une sauce soi-disant plus épicée pour faire passer le vieux pour du neuf. Mais la moutarde nous est vite montée au nez. Côté médias français, la recette est aussi connue que le couscous du vendredi : quand on parle du Maroc, on ne change ni les épices, ni la cuisson. On ajuste juste l’assaisonnement pour donner l’illusion d’un menu gastronomique. Résultat : un arrière-goût de déjà-vu (et déjà-vécu) tenace, qui laisse sur la langue comme un relent de politique coloniale.

Le casting, lui non plus, n’a rien d’une surprise. Pour causer du Royaume, on convoque surtout des Franco-Marocains en mal de reconnaissance ou de pseudo-opposants de salon, le tout saupoudré d’un semblant d’équilibre qui ferait presque illusion… si le téléspectateur ne repartait pas avec la même conclusion prémâchée, prédigérée, presque prédestinée : un Maroc autoritaire, pétri de problèmes, et définitivement coincé dans le mauvais rôle.

Étrange coïncidence, cette « mise au point » arrive quelques semaines après une enquête chérie-chérie sur l’Algérie. Hasard du calendrier? Ou feuilleton régional en plusieurs épisodes, avec ses angles recyclés et ses poncifs soigneusement réchauffés ?

Mais le plus savoureux reste ce que le documentaire a choisi de zapper. Exit les sujets qui fâchent (ou qui éclairent) : la question des visas, les réformes internes, ou encore l’expérience de l’Instance Équité et Réconciliation. Trop techniques, sans doute. Trop complexes pour un récit qui préfère les raccourcis aux virages.

Et puis, clou du spectacle: la réduction des relations franco-marocaines à une chronique mondaine entre chefs d’État. La diplomatie? Trop barbante. Les institutions ? Trop rébarbatives. Place aux histoires perso, où la géopolitique devient un roman de gare. Mention spéciale à Tahar Benjelloun, qui persiste et signe en s’auto-sacrant, le temps d’un témoignage, artisan discret mais ô combien décisif de la réconciliation entre Rabat et Paris. Rien que ça, oui !

On apprend ainsi que les grandes crises internationales se jouent désormais dans les dîners en ville : une confidence glissée à Brigitte, qui la souffle à Emmanuel… Et hop, la raison d’État peut aller se rhabiller. Plus besoin d’ambassadeurs ni de notes diplomatiques: un bon carnet d’adresses, un écrivain inspiré (et en quête d’une reconnaissance qui se fait désirer) suffisent à réécrire la géopolitique. À ce rythme, bientôt, la paix au Moyen-Orient dépendra d’un aparté avec Melania dans un gala à Mar-a-Lago.

Alors, à quand le prochain numéro de cette telenovela diplomatique ? Nul doute que France 5 nous prépare déjà un épisode intitulé “Brigitte, Tahar et les autres” — ou comment transformer une relation d’État en vaudeville sur canapé. En attendant, une seule certitude : si la géopolitique se fait désormais à la petite cuillère des dîners mondains, le Maroc, lui, n’a qu’à bien se tenir. Parce qu’ici, on ne change pas une équipe qui (dé)raisonne. Et franchement ? Quelle France-astique! »

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