Le spectre d’une escalade nucléaire? 

Abdellah Chankou, directeur de la publication.

« Une civilisation entière mourra ce soir, pour ne jamais être ramenée. Je ne veux pas que cela arrive, mais cela arrivera probablement », a menacé le président américain Donald Trump ce mardi sur son réseau social Truth Social. Une déclaration choc, presque apocalyptique, qui illustre le climat de tension extrême dans lequel s’inscrit aujourd’hui le dossier iranien, où le langage de la dissuasion flirte  avec celui de la menace totale. Trump, connu pour être imprévisible, fait-il ici allusion au nucléaire ? Le régime de Téhéran n’a plus beaucoup de temps, quelques heures seulement , pour rouvrir  le détroit  d’Ormuz et capituler…Un scénario qui a peu de chances de se réaliser…

Jamais le monde n’a été dans une situation aussi terrifiante. Dans ce Moyen-Orient en feu et ailleurs, l’inquiétude est à son paroxysme.  La ligne rouge sera-t-elle franchie?  Certaines puissances montrent leur bombe. D’autres préfèrent faire planer le doute. L’Iran, lui, a fait de cette zone grise une stratégie : ne pas franchir officiellement le seuil nucléaire, mais s’en approcher assez pour que personne ne l’ignore.

Cela porte un nom : la diplomatie de l’ambiguïté. Une dissuasion sans déclaration. Ce qui permet au régime chiite d’avancer masqué, accumulant les capacités, enrichissant son uranium – mais sans jamais franchir un palier irréversible. Parce que franchir ce seuil ne serait pas une victoire, mais un point de non-retour.

Face à cette stratégie, deux acteurs suivent cette montée en puissance avec une inquiétude existentielle : les États-Unis et surtout Israël. Pour Israël, un Iran nucléaire n’est pas une hypothèse parmi d’autres. C’est une ligne rouge absolue. Toute sa doctrine de sécurité repose sur un principe simple : empêcher, à tout prix, ce qu’ils considèrent comme une menace existentielle. C’est là que le scénario bascule dans une zone beaucoup plus sombre.

Si les frappes conventionnelles ne suffisent pas à neutraliser un programme nucléaire enfoui, dispersé et résilient, une question longtemps taboue refait surface : faut-il envisager l’usage par les États-Unis d’armes nucléaires dites « tactiques » ? Des armes à puissance réduite, conçues non pas pour raser des villes, mais pour détruire des bunkers, des sites souterrains et des installations nucléaires.

Sur le papier, la tentation est forte. Détruire d’une frappe ce que des années de bombardements conventionnels ont du mal à réaliser. Imposer un choc stratégique décisif. Envoyer un message sans équivoque. Mais dans les faits, cette option relève moins de la stratégie que d’un saut très périlleux dans l’inconnu.

Car utiliser une arme nucléaire, même « limitée », reviendrait à briser un tabou vieux de près de 80 ans. Et ce tabou n’est pas seulement moral, il est structurel : il tient l’équilibre du monde. Le briser, c’est ouvrir une boîte de Pandore dont personne ne maîtrise les conséquences.

Les analyses stratégiques le rappellent : toute escalade majeure contre l’Iran comporte des risques imprévisibles, en raison même de la dispersion et de la résilience de son programme nucléaire. Une frappe tactique pourrait transformer un conflit régional en crise globale incontrôlable.

Israël, dont la doctrine nucléaire reste volontairement opaque, a toujours entretenu l’ambiguïté sur ses seuils d’utilisation. Certains analystes évoquent une logique de dernier recours, en cas de menace existentielle. Quant aux États-Unis, leur stratégie oscille entre pression militaire et volonté d’éviter un engrenage irréversible, face aux coûts politiques et humains d’une escalade majeure. Autrement dit, la tentation nucléaire existe. Mais elle est piégée.

Une frappe, même « tactique », ne le resterait probablement pas longtemps. Elle provoquerait une onde de choc régionale, une riposte asymétrique massive, et peut-être le scénario du pire : une banalisation de l’usage nucléaire dans les conflits conventionnels. Et c’est précisément ce que l’Iran exploite, soutiennent ses ennemis. En restant au seuil, sans le franchir, Téhéran maintient ses adversaires dans une impasse stratégique. Frapper trop fort devient risqué. Ne pas frapper assez devient insuffisant. C’est un jeu d’équilibriste au-dessus du vide.

Mais cet équilibre est fragile. Il repose sur une hypothèse incertaine : que tous les acteurs resteront rationnels, que personne ne cédera à la panique ou à la logique du pire. Or l’histoire montre que les guerres ne dérapent pas par calcul, mais par enchaînement. Si l’Iran franchissait un jour le seuil nucléaire, le Moyen-Orient entrerait dans une ère de prolifération. L’Arabie saoudite suivrait. D’autres aussi. Si, à l’inverse, les États-Unis ou Israël franchissaient le seuil de l’usage, même limité, c’est le tabou nucléaire lui-même qui s’effondrerait.

Dans les deux cas, le résultat serait le même : un monde plus instable, plus imprévisible, et infiniment plus dangereux. Au fond, la question n’est plus de savoir qui aura la bombe. Mais qui, le premier, fera sauter les règles.

Les plus lus
[posts_populaires]
Traduire / Translate