Souffrance

Les nouvelles qui nous parviennent des zones ravagées par le séisme du 8 septembre 2023, ne sont pas bonnes. Une partie des sinistrés, notamment de Talat N’yacoub et autres douars enclavés d’El Haouz, survivent toujours sous des tentes de fortune dans des conditions précaires aggravées par les intempéries et le froid glacial de ce mois de mars. Des enfants et des femmes abandonnés à leur triste sort, pataugent dans la boue et ont du mal à fermer l’œil de la nuit faute de chauffage. Après avoir décrit son calvaire et celui de ses voisins d’infortune, une femme grelottant de froid lance a un appel à l’aide au Roi. Rien ne justifie que des milliers de citoyens soient maintenus dans cette situation de détresse et de vulnérabilité extrême… Les images de cette souffrance, diffusées sur les réseaux sociaux, sont insupportables et inacceptables. Elles pulvérisent la communication gouvernementale lénifiante sur le processus de reconstruction. Se sentant abandonnés par les autorités, en proie à un sentiment de révolte, un groupe de sinistrés, encadrés par des associations locales, menacent de reprendre le seul moyen de pression en leur possession, les sit in et les protestations aux abords des préfectures. En cause, l’enlisement sur le terrain de l’opération de reconstruction du fait de la complexité des procédures administratives et certaines clauses du cahiers de charge limitant la superficie des nouvelles maisons à 50 mètres carrés ! Pour des familles rurales généralement nombreuses, c’est l’inconfort et la promiscuité garantis. Était-ce judicieux de livrer les victimes du tremblement de terre aux mille et un accros de l’autoconstruction surtout que l’habitat détruit est situé dans des endroits difficiles d’accès ? C’est ajouter au calvaire des sans-abris et leur infliger une véritable punition que de leur demander de faire convoyer eux-mêmes ciments, briques et fer et se coltiner les formalités complexes de notre chère administration ?Le bon sens aurait voulu que le programme de reconstruction soit pris en charge par les pouvoirs publics surtout qu’il s’agit d’une catastrophe naturelle. Dans ces conditions, il n’est pas certain que le nouveau bâti qui jaillira de terre soit, conformément aux directives royales, respectueux du cachet architectural local…


Au Maroc, la pluie ne fait pas seulement germer la terre et assainit l’atmosphère ; elle agit aussi comme un révélateur de la fraude dans les infrastructures de base comme la voirie et autres canalisations. Nids-de-poule. Chaussées inondées. Revêtement routier de mauvaise qualité… Les fortes précipitations de ce mois de mars ont ainsi dévoilé les micmacs habituels de la gestion locale dans des villes comme Agadir, Berrechid, Tanger et Essaouira… D’aucuns mouillent le maillot alors que d’autres, qui sont légion, ne se gênent pas pour se mouiller dans les scandales de la même eau…L’enrichissement sans cause qui cause des dégâts énormes à la collectivité est devenu un sport national. La démocratie locale, noyée sous un torrent de malversations, n’arrête pas de tourner au naufrage. Sans bouées de sauvetage…


Ouarzazate est de nouveau victime d’un coup de Jarnac, porté cette fois-ci par la compagnie Ryanair. La suppression de deux lignes, l’une reliant Ouarzazate à Marrakech et l’autre connectant Ouarzazate à Tanger inaugurée en mai 2024. Ce rééquilibrage dit stratégique, qui s’est fait au profit d’Errachidia, chef-lieu de la région Draa-Tafilalet, pénalise cette belle cité du sud en aggravant son enclavement aérien. Ce déficit de connectivité, jamais comblé malgré les engagements des uns et des autres, tranche avec ses attraits touristiques fabuleux, le rôle-clé de Ouarzazate dans le développement du sud et sa renommée mondiale de «Hollywood du désert » pour avoir abrité le tournage de films mythiques. Avec autant d’atouts exceptionnels, une ville fait un carton.


Mais qu’est ce qui justifie ce qui ressemble à un complot du silence contre Ouarzazate et ses environs? Quels en sont les objectifs inavoués?

Mais pas Ouarzazate qui reste mal desservi même en interne ! Cette marginalisation chronique a compromis l’éclosion d’une activité touristique dynamique et prospère au bénéfice des populations locales et condamné l’industrie du cinéma locale à tourner au ralenti. Ouarzazate est très loin du compte. Transformée malgré elle en petite ville de passage alors qu’elle possède les attributs d’une cité de séjour. Pas plus qu’elle ne fait pas vivre les hôtels de la place condamnés à broyer du noir faute d’une connectivité aérienne à la hauteur de ses atouts, cette situation économiquement étrange qui rejaillit sur le taux d’occupation n’encourage pas l’investissement dans le tourisme et ses différents métiers. Mais qui a intérêt à maintenir une région à très fort potentiel dans cet état de sous-développement presque scandaleux? Mais qu’est ce qui justifie ce qui ressemble à un complot du silence contre Ouarzazate et ses environs? Quels en sont les objectifs inavoués? Existe-t-il réellement un «lobby de Marrakech » qui agit dans l’ombre pour freiner le décollage de Ouarzazate?

Par Abdellah Chankou

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