L’enquête judiciaire sera-t-elle élargie à de gros pontes du ministère de la Santé ?
Les micmacs des marchés publics du ministère de la Santé sont enfin devant la justice! Une brochette d’accusés (18 fonctionnaires de divers grades issus de ce département et 13 chefs d’entreprises opérant dans le secteur biomédical) ont été déférés, mardi 29 mars, devant le parquet général près la Cour d’appel de Casablanca. Les mis en cause sont accusés de détournements et de dilapidation de fonds publics orchestrés lors de l’octroi de divers marchés publics.
C’est le procès de pratiques mafieuses où se mêlent corruption, népotisme et opacité qui sera instruit par la justice. Ces pratiques et bien d’autres, qui gangrènent le ministère de la Santé depuis plusieurs décennies, permettaient à des responsables des marchés au sein de ce ministère de siphonner dans l’impunité l’argent public via le jeu de la surfacturation et des ententes illicites. La règle dans cette citadelle ? La priorité au plus offrant et peu importe s’il est un vrai professionnel du biomédical avec des références solides. Ce qui compte c’est de cracher bien au bassinet. Parmi les accusés figurent les patrons d’enseignes sans expérience qui vont parfois jusqu’à produire de faux certificats, ce qui ne les a pas empêchés de décrocher des marchés à plusieurs millions de DH. Selon une source proche du dossier, les affaires instruites par la BNPJ pendant au moins deux ans remontent à l’époque de l’ex-ministre de la Santé Lahoucine Louardi et que le Canard Libéré avait révélées en son temps.
Parmi les accusés figurent des noms illustres dans le secteur des dispositifs médicaux, notamment Azeddine El Meskouri le patron de Metec et son frère Soufiane, fondateur de Medical Expert. Ces entrepreneurs en délicatesse avec la justice sont accusés d’avoir bénéficié des complicités d’une kyrielle de responsables de la Santé dans l’administration centrale et des délégués à l’échelle régionale (Tanger, Oujda et Khénifra, Jerada et Marrakech) pour s’adjuger des appels d’offres dans des conditions très douteuses. Les entreprises sérieuses du biomédical, qui représentent des groupes internationaux connus, ne faisaient pas le poids devant ces privilégiés de la commande publique qui trustaient la majorité des marchés. Il a fallu beaucoup de temps pour les limiers de la BNPJ qui ont dû aussi faire appel à des experts pour démêler les fils de ce système complexe et opaque de passation des marchés publics dont les bénéficiaires redoublaient d’imagination pour brouiller les pistes. L’enquête judiciaire sera-t-elle élargie à de gros pontes du ministère de la Santé ?