Face à la flambée du prix de la tomate, les professionnels du secteur ont trouvé la formule magique : on ajuste, on réoriente, on “soulage”… bref, on fait tout sauf dire clairement ce qui se passe. Officiellement, pas d’interdiction d’exporter. Officieusement, on freine un peu la sortie… histoire de ne pas trop fâcher ni les marchés étrangers ni les consommateurs locaux. Un numéro d’équilibriste digne d’un grand cirque agricole. Du côté de l’Association des producteurs et exportateurs de fruits et légumes et de la Fédération interprofessionnelle marocaine de production et d’exportation des fruits et légumes, on parle pudiquement “d’ajustements temporaires”.
Traduction : on bricole dans l’urgence pour calmer un marché en surchauffe, sans jamais prononcer le mot qui fâche: la pénurie. Dans les faits , certaines exportations ont bel et bien été mises sur pause, notamment vers certains marchés africains ou sur des produits transformés. Mais rassurez-vous : tout cela reste très “ponctuel”. Le genre de ponctualité qui dure tant que les prix s’envolent. Et pour expliquer cette envolée, autour de 14 DH le kilo dans le commerce, la liste est longue , presque trop belle pour être fausse : caprices du climat, maladies, ravageurs… La redoutée Tuta absoluta s’invite à la fête, accompagnée du mildiou et de la pourriture grise. Ajoutez quelques intempéries, et vous obtenez la tempête parfaite… dans les assiettes.
Mais le plus savoureux (sans mauvais jeu de mot), c’est ce grand écart entre production et prix. À Inezgane, le kilo de tomate se négocie autour de 3,5 dirhams au marché de gros… alors qu’il coûterait plus de 5,5 dirhams à produire! Entre les deux ? Une mystérieuse jungle d’intermédiaires, où les marges semblent pousser plus vite que les tomates elles-mêmes. Résultat : tout le monde se renvoie la balle — ou plutôt la tomate. Les producteurs dénoncent, les distributeurs se défendent, et le consommateur, lui, paie.
Toujours. Face à ce désordre bien organisé, les appels à des “réformes structurelles” fleurissent : moins d’intermédiaires, plus de régulation, un encadrement des marges… Bref, des solutions connues, répétées, recyclées — et soigneusement repoussées à plus tard. En attendant, la tomate continue son ascension. Et dans ce grand feuilleton agricole, une chose est sûre : ce n’est pas demain qu’elle redescendra de son piédestal… ni de son prix.








