Moyen-Orient : Le pétrole du Golfe reprend la mer, mais pas la normalité

Selon les données provisoires de Kpler, les exportations de brut de la région ont atteint une moyenne mobile de sept jours de 18,3 millions de barils par jour au 30 septembre.

Les exportations pétrolières du Golfe ont retrouvé, et certains jours dépassé, leurs niveaux d’avant-guerre. Une performance spectaculaire alors que le détroit d’Ormuz reste sous tension et que les attaques contre les navires se poursuivent. 

Laila Lamrani

Derrière ce retour des barils, une nouvelle géographie des flux se dessine, plus coûteuse, plus complexe et surtout plus vulnérable. Le pétrole a décidément la peau dure. Alors que la guerre au Moyen-Orient avait brutalement désorganisé les circuits d’approvisionnement, les exportateurs du Golfe sont parvenus à remettre progressivement leurs barils sur le marché. En septembre, les exportations de brut du Moyen-Orient, hors Iran, ont retrouvé leur niveau moyen d’avant-guerre et l’ont dépassé certains jours. Selon les données provisoires de Kpler, les exportations de brut de la région ont atteint une moyenne mobile de sept jours de 18,3 millions de barils par jour au 30 septembre, contre environ 18 millions avant le début de la guerre. Elles avaient dépassé ce seuil pendant 14 jours en septembre, avec des pointes comprises entre 19,5 et 22,5 millions de barils par jour durant plusieurs journées de la dernière semaine du mois. Le miracle des routes de contournement Ce rebond ne signifie pourtant pas un retour à la normale. L

e pétrole circule davantage parce que les producteurs ont appris à circuler autrement. Avant la guerre, environ 83 % du brut exporté depuis le Golfe passait par Ormuz. En septembre, cette proportion était tombée à environ 60 %, tandis que 40 % des exportations empruntaient des itinéraires contournant le détroit, notamment grâce aux oléoducs et aux terminaux de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Riyad a ainsi remis à contribution son oléoduc Est-Ouest, qui relie les zones pétrolières de l’est du royaume au terminal de Yanbu, sur la mer Rouge. Les Émirats disposent également d’une voie permettant d’acheminer leur brut vers Fujairah, sur le golfe d’Oman, en évitant Ormuz. Autre parade : les transferts de cargaison d’un navire à l’autre en mer. Une solution qui réduit la dépendance au détroit, mais complexifie encore une chaîne logistique déjà sous tension.

Riyad reprend des parts de marché

Dans cette nouvelle bataille logistique, l’Arabie saoudite joue un rôle central. Ses exportations de brut ont fortement progressé en septembre et contribué au redressement régional. Au total, les flux du Golfe hors Iran — brut, condensats, produits raffinés et GPL — ont atteint 19,2 millions de barils par jour, soit plus de 81 % du niveau d’avant-guerre, selon Vortexa. Pour les producteurs, l’enjeu est désormais double : maintenir les volumes et préserver leurs parts de marché dans un environnement où chaque cargaison coûte davantage à acheminer. Les barils reviennent, pas la normalité C’est tout le paradoxe. Les exportations ont retrouvé leurs niveaux d’avant-guerre, mais le pétrole reste cher. Le Brent évoluait encore autour de 100 dollars le baril début octobre, très au-dessus de son niveau d’avant-guerre. La raison tient autant à la disponibilité du brut qu’à son acheminement. Routes plus longues, attentes, transferts entre navires, risques militaires et primes d’assurance ont fait exploser les coûts logistiques. Les barils sont donc de retour, mais leur voyage jusqu’au consommateur coûte beaucoup plus cher.

La situation est encore plus délicate pour les produits raffinés. Le brut et les condensats ont retrouvé environ 91 % des niveaux d’avant-guerre en septembre, selon Vortexa, mais les exportations de produits raffinés, GPL compris, ne représentaient encore qu’environ 60 % du niveau d’avant-guerre. Cette différence est loin d’être anecdotique. Le brut doit encore être transformé en essence, diesel ou kérosène. Les perturbations du raffinage et du transport continuent donc de peser sur les marchés des carburants, en particulier le diesel et le carburéacteur.

Ormuz reste le joker

Le détroit demeure ainsi le principal facteur de risque. Les flux y ont repris, mais la navigation reste exposée aux incidents et aux tensions militaires. La véritable prouesse des producteurs est d’avoir réussi à maintenir les exportations malgré cette vulnérabilité. Mais cette adaptation a un prix : elle repose sur des itinéraires alternatifs, des capacités logistiques poussées à leurs limites et des coûts de transport et d’assurance nettement supérieurs. Le Golfe a remis le pétrole sur le marché sans remettre la normalité en circulation. Reste à savoir combien de temps cette mécanique pourra tenir. Car derrière les chiffres rassurants des exportations se cache une réalité moins confortable : plus de pétrole disponible, mais dans un système plus cher, plus complexe et toujours suspendu au prochain incident dans le détroit d’Ormuz.

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