Laila Lamrani
L’affaire Jeffrey Epstein met en lumière l’ampleur de son influence dans le monde. France, Royaume‑Uni et au‑delà : démissions, enquêtes et scandales révèlent que son réseau tentaculaire n’a jamais été cantonné aux États‑Unis, et que les secousses continuent de faire trembler les élites.
La publication récente par les autorités américaines d’un vaste ensemble de documents liés au financier Jeffrey Epstein, décédé en prison en 2019 alors qu’il était en attente de procès pour trafic sexuel — continue de provoquer des ondes de choc internationales. Plus de 3 millions de pages d’archives, de courriels et d’informations diverses, rendues publiques fin janvier 2026, montrent à quel point le réseau d’Epstein a pu s’étendre au‑delà des États‑Unis, impliquant des figures politiques, économiques et culturelles de plusieurs pays, notamment en Europe. En France, l’affaire a pris un tour judiciaire et politique. L’ancien ministre de la Culture Jack Lang a démissionné de la direction de l’Institut du monde arabe à Paris après que son nom a été retrouvé à plusieurs reprises dans les documents Epstein et qu’une enquête préliminaire pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée » a été ouverte par le Parquet national financier (PNF) visant lui‑même et sa fille Caroline, également impliquée dans des liens financiers supposés avec Epstein.
Lang et sa fille nient les accusations, affirmant respecter la justice et qu’aucune allégation de trafic sexuel ne leur est faite. Outre cette enquête, une ONG française appelle à faire toute la lumière sur les connexions françaises d’Epstein, en partie parce que le financier passait plusieurs mois par an à Paris.
Sur le plan politique, certains partis, notamment à gauche, ont réclamé l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire pour examiner les ramifications françaises de l’affaire, tandis que le gouvernement, par la voix de la présidence, a estimé que la justice américaine devait d’abord mener son travail sur ce dossier tentaculaire. Une offensive de désinformation visant à lier le président Emmanuel Macron à Epstein a par ailleurs été signalée, qu’elle a été formellement démentie par les vérificateurs des médias français. Au Royaume‑Uni, le scandale touche également des figures de premier plan. Les documents publics ont relancé l’attention autour de l’ex‑prince Andrew, auparavant accusé de liens avec Epstein par des victimes et dont la relation avec le financier est de nouveau examinée par la police britannique. Le roi Charles III s’est dit « profondément inquiet » des révélations et « prêt à aider » la police dans toute enquête en cours. Par ailleurs, une enquête criminelle a été ouverte visant Peter Mandelson, ancien ministre et ambassadeur britannique, après que des courriels montrent qu’il aurait transmis à Epstein des informations potentiellement sensibles alors qu’il occupait des fonctions gouvernementales, ce qui pourrait constituer une faute grave dans l’exercice de sa charge. Mandelson a depuis démissionné de la Chambre des Lords et fait face à un examen approfondi de son rôle.
Des remous politiques se font aussi sentir à Westminster : la pression a conduit à la démission du chef de cabinet du Premier ministre Keir Starmer, Morgan McSweeney, après des révélations sur le soutien qu’il aurait apporté à la nomination de Mandelson aux États‑Unis.
Onde de choc internationale
Les retombées ne s’arrêtent pas à la France et au Royaume‑Uni. Des personnalités de plusieurs pays européens ont quitté des postes ou été placées sous enquête après la publication des documents reliant Epstein à des élites politiques et diplomatiques. En Norvège, une diplomate de haut rang a démissionné pour des erreurs de jugement liées à ses liens avec Epstein, tandis qu’en Slovaquie et en Suède, d’autres responsables ont fait face à des pressions politiques similaires. En parallèle, des institutions comme celles dirigées par la famille royale britannique ont exprimé leur préoccupation ; le prince William et la princesse Catherine ont publiquement déclaré être « profondément concernés » par les révélations et ont affirmé soutenir les victimes.
Un scandale global, mais des réponses divergentes
Si l’affaire Epstein avait d’abord été perçue comme une affaire américaine, son retentissement européen et mondial montre à quel point l’influence du financier se prolonge bien au‑delà de ses crimes avérés. Alors que les responsables politiques, diplomatiques ou économiques impliqués n’ont pas tous été mis en cause pour des faits criminels, la simple association avec Epstein suffit à déclencher des enquêtes, des démissions et des débats publics dans plusieurs pays. La question des responsabilités — qu’elles soient politiques, institutionnelles ou morales — continue d’alimenter la vie publique, et certains appellent à une enquête internationale coordonnée pour comprendre l’ampleur réelle des liens entre Epstein et les élites mondiales.








