Tapis rouge, dîner d’État, honneurs militaires et poignée de main soigneusement mise en scène : du 23 au 25 septembre, Washington a déroulé le grand cérémonial pour accueillir Xi Jinping. Mais derrière les sourires et les embrassades, la rivalité entre les deux premières puissances mondiales n’a pas disparu.
Laila Lamrani
Pour la première visite d’État d’un président chinois à Washington depuis 2015, Donald Trump n’a pas lésiné sur les égards. Accueilli personnellement à son arrivée à la base d’Andrews, Xi Jinping a ensuite eu droit aux fastes de la Maison-Blanche, à un dîner d’État et à une visite des Archives nationales américaines. Le contraste avec les années de confrontation commerciale et stratégique entre Pékin et Washington était saisissant.
Le décor était donc celui de la réconciliation. Le contenu, lui, relève davantage de la gestion prudente d’une rivalité devenue incontournable. Les deux dirigeants ont cherché à stabiliser leur relation sans prétendre régler les différends qui l’empoisonnent : commerce, Taïwan, technologies de pointe, intelligence artificielle, minerais stratégiques et influence géopolitique.
Sur le front commercial, la rencontre a néanmoins produit quelques résultats tangibles. Washington et Pékin ont annoncé des réductions tarifaires portant sur quelque 30 milliards de dollars de marchandises dans chaque sens, notamment des produits agricoles, du bois et des cosmétiques américains, ainsi que certains biens importés de Chine. Les deux pays ont également décidé de prolonger leur trêve commerciale et de créer un conseil bilatéral consacré au commerce.
L’intelligence artificielle a constitué un autre volet important des discussions. Les deux puissances ont convenu d’instaurer un dialogue sur les risques et les bénéfices de cette technologie, avec notamment un canal de communication destiné à prévenir ou gérer d’éventuels incidents liés à l’IA. Mais les sujets les plus explosifs restent soigneusement sous le tapis rouge. Taïwan demeure au cœur de la rivalité stratégique sino-américaine. La question des technologies sensibles, des semi-conducteurs et de l’accès aux ressources critiques continue également d’opposer les deux capitales. Et si le commerce connaît une accalmie, rien ne garantit qu’elle se transforme en paix durable.
Xi Jinping a défendu à Washington l’idée d’une relation où les deux pays seraient « partenaires, pas rivaux », tout en reconnaissant la nécessité d’une concurrence encadrée. Donald Trump, de son côté, a privilégié le registre des résultats économiques et de l’accès accru des produits américains au marché chinois.
Le plus intéressant dabs cette visite tient peut-être moins aux accords annoncés qu’à la volonté affichée des deux leaders d’éviter l’escalade. Après plusieurs années de tensions, Washington et Pékin semblent avoir compris une chose essentielle : leur rivalité est désormais trop profonde pour disparaître, mais leur interdépendance est trop importante pour permettre une confrontation permanente. Le faste de Washington n’a donc pas effacé la compétition. Il l’a simplement habillée de diplomatie. Entre le dragon chinois et l’aigle américain, la poignée de main est chaleureuse, mais chacun garde ses griffes.








