A peine élu à la tête du RNI en lieu et place de Aziz Akhannouch lors d’un congrès extraordinaire samedi 7 février à El Jadida, Mohamed Chouki reçoit le Canard auquel il a livré le fond de sa pensée sans détour.
Propos recueillis par Laila Lamrani
Votre élection à la tête du groupe parlementaire du RNI a surpris tout le monde. Candidat unique, affiliation récente au RNI, presque inconnu au bataillon politique. Comment expliquez-vous cette fulgurante mise en lumière soudaine ?
On peut parler de sacrifice plutôt que d’ascension. Les caciques ont préféré rester en retrait anticipant probablement des mauvais jours politiques après le départ du chef dans des circonstances troublantes. En politique, il arrive qu’il faille être “Chouki” pour que les autres se protègent … et dans mon cas, tout le monde l’est : camarades du parti, observateurs, journalistes… tout le monde est “Chouki”.
Un grand acte de courage pour avoir accepté à ce qui ressemble à un cadeau empoisonné…
Avec les législatives qui approchent et l’impopularité du chef sortant, personne n’a voulu être sur la ligne de front. On m’a envoyé au casse-pipe pour essuyer les tirs et minimiser les dégâts pour les autres. Les larmes versées au congrès extraordinaire par certains cadres ? On se demandait s’ils pleuraient vraiment la séparation d’avec le chef… ou plutôt le triste sort qui les attend maintenant qu’il est parti.
Vous étiez un candidat unique, sur tous les plans.
Comment l’expliquez-vous?
Candidat unique sur tous les plans… et probablement unique dans les annales du parti.
Vous avez obtenu 1910 voix sur 1933. Pour un candidat unique, on pourrait presque parler d’un triomphe…
Ou presque, parce qu’avec zéro concurrent, on a le droit de se vanter, non ?
Votre élection a été qualifiée de formalité, voire de non-événement : aucun concurrent, aucun suspense. Une démonstration d’unité ?
Non, plutôt de lucidité… et de peur. Quand tout le monde recule, avancer devient déjà un exploit. L’unité n’a pas d’importance. L’essentiel est qu’il y ait quelqu’un pour se sacrifier.
Votre manque d’expérience dans le parti ne risque-t-il pas de vous desservir ?
Au contraire. L’absence de passé me donne une liberté absolue : personne n’attend rien de moi. Je peux naviguer sans problème entre les positions contradictoires , la chose et son contraire, les ambitions personnelles et les frustrations…
Et les législatives de septembre ? Vos collègues disent en privé redouter un vote-sanction…
Exactement. C’est la principale raison pour laquelle j’ai été adoubé. Les autres ont préféré se débiner pour ne pas avoir à endosser une déroute potentielle…
Vous pensez rester longtemps à ce poste ?
Aucune idée. L’essentiel est de garder la baraque en attendant le retour hypothétique de la visibilité.








