Des routes coupées, des maisons inondées… mais des barrages enfin repus. Il n’en fallait pas plus pour voir le ministre Baraka presque sauter dans les flaques, ravi de contempler des courbes hydrauliques redevenues souriantes. L’optimisme officiel coule à flot, sous réserve, bien sûr, que le ciel signe un CDI pluvieux.
Propos recueillis par Laila Lamrani
Monsieur le ministre, le nord du Maroc a été durement frappé par des inondations. Routes coupées, habitations endommagées, populations sinistrées… Pourtant, vous affichez un certain satisfecit. N’est-ce pas paradoxal ?
Le Ministre : Paradoxal ? Disons… hydraulique. Oui, il y a eu des dégâts importants, notamment dans le nord. Mais chaque goutte compte. Et cette fois, elles ont compté en milliards de mètres cubes. Nos barrages respirent de nouveau. Après des années de sécheresse, c’est presque un miracle budgétaire.
Question : Vous parlez des barrages pleins comme d’un trophée…
Le Ministre : Ce n’est pas un trophée, c’est une bouffée d’oxygène. L’eau est tombée avec excès, certes, mais elle est tombée. Et ces dernières années, nous avions surtout appris à scruter le ciel avec inquiétude.
Mais tous les barrages ne sont pas logés à la même enseigne. Le sud-est reste loin du compte…
Le Ministre (prudent) : Voilà pourquoi je parle d’optimisme mesuré. Certains bassins ont fait le plein, d’autres attendent encore leur tour. Le Maroc hydraulique est à plusieurs vitesses. La pluie aussi.
Permettez une question plus délicate. Pendant que nous célébrons des barrages pleins, notre agriculture d’exportation continue de miser sur des cultures très gourmandes en eau — l’avocat, les fruits rouges, la tomate.
En exportant ces produits, n’exportons-nous pas aussi notre eau, alors même que nos nappes phréatiques ont été durement affectées par des années de pompage intensif, parfois anarchique ?
Le Ministre (ajustant sa cravate imaginaire) : L’agriculture est un pilier stratégique de notre économie. Elle crée de la richesse, de l’emploi, des devises. Il est vrai que certaines filières sont gourmandes en eau. Mais sur le papier nnous encourageons l’irrigation goutte-à-goutte, l’efficience hydrique, la rationalisation…
Pourtant, les nappes ont souffert, et certains experts parlent d’un modèle qui privilégie le profit immédiat au détriment des générations futures…
Le Ministre (soupir diplomatique): La transition ne se fait pas en un jour. Il faut trouver un équilibre entre impératif économique et durabilité. L’eau est une ressource stratégique, et sa préservation est au cœur de nos politiques publiques. Mais il serait simpliste d’opposer agriculture et avenir.
Simpliste peut-être, mais quand la pluie devient événement national et que les barrages sont célébrés comme des victoires, n’est-ce pas le signe que le modèle mérite un débat de fond ?
Le Ministre (regard vers l’horizon) : Le débat est légitime. L’eau est devenue un enjeu de souveraineté. Nous devons gérer l’abondance comme si la pénurie revenait demain. Parce que le climat, lui, ne signe aucun contrat à long terme.
En résumé ?
Le Ministre : Des inondations à réparer, des barrages à surveiller… et un modèle à adapter. Sous réserve, bien sûr, des prochaines précipitations.








