C’est devenu un rituel budgétaire aussi prévisible qu’un paquet de cigarettes sur une table de café : Chaque début d’année, les prix du tabac augmentent. Janvier 2026 ne déroge pas à la règle puisque la Loi de finances prévoit une nouvelle hausse sur ce produit nocif. Officiellement, il s’agit d’une mesure de santé publique, une manière de dissuader les accros de la clope de continuer à tuer leur santé à petit feu. Or, en vérité, il ne s’agit ni plus ni moins que d’une perfusion fiscale qui rapporte gros. Très gros. Plus de 13 milliards de DH générés par les tabacs manufacturés ! Un grand merci à la communauté des fumeurs qui grille plus de 15 milliards de cigarettes pour le prix moyen d’un paquet oscillant en fonction de la marque entre 23 et 42 DH. Là réside le paradoxe : plus les Marocains fument, plus les recettes de l’État augmentent. Dit autrement, les finances publiques prospèrent sur les poumons encrassés des fumeurs.
Chaque cigarette vendue est une double peine : un pas de plus vers la maladie pour le fumeur et une rente pour le Trésor. Une rente d’autant plus problématique qu’elle ne sert à financer ni campagnes de prévention, ni traitement, ni fonds d’accompagnement pour les malades du tabac. Taxer les fumeurs, soit. Mais pourquoi ne pas consacrer une partie de ces recettes à un fonds de santé dédié qui financerait des campagnes de sensibilisation auprès des jeunes, centres de sevrage tabagique, prise en charge des cancers du poumon ou des AVC liés au tabac… ? Et pourtant, ces dispositifs sont nécessaires, voire salutaires dans un pays qui passe pour l’un des gros consommateurs de tabac dans le pourtour méditerranéen et où la prévalence du tabac est estimée à 18% chez la population de 15 ans et au-delà.
Un grand merci à la communauté des fumeurs qui grille plus de 15 milliards de cigarettes pour le prix moyen d’un paquet oscillant en fonction de la marque entre 23 et 42 DH.
Côté dégâts sanitaires, le tabac est en cause dans 75% des décès par cancer du poumon et 10% des décès par maladies respiratoires, soit environ 12 800 morts par an et engendre un coût économique annuel supérieur à 5 milliards de DH. Sans compter les ravages silencieux du tabagisme passif qui représente un problème de santé publique non négligeable. Celui-ci continue à affecter environ 40% de la population en dépit de l’existence d’une loi anti-tabac (la loi 15-91) depuis 1996 censée protéger les citoyens contre les méfaits de ce phénomène.
Théoriquement, il est interdit de fumer dans les lieux publics fermés. En pratique? La fumée est partout. Surtout dans les cafés et les restaurants.. Les autorités ferment les yeux, les exploitants en profitent et les adeptes de la clope imposent leur fumée aux autres. Résultat : les terrasses vitrées ou fermées sont devenues des fumoirs géants, sans aucun respect pour les non-fumeurs. Une minorité prend ainsi en otage la majorité silencieuse. Dans un pays où les hôpitaux croulent sous mille et un maux, où les maladies liées au tabagisme coûtent des milliards à la collectivité, il serait temps de faire preuve d’un minimum de cohérence morale pour adopter une nouvelle approche envers le tabagisme dont les effets néfastes sont connus de tous… Aujourd’hui, le fumeur est perçu comme un contribuable rentable, pas comme un patient en sursis. On le taxe pour son vice, mais on le laisse seul face aux conséquences ravageuses de son addiction. Le gouvernement encaisse l’argent pendant que les pneumologues se coltinent les dégâts.








