Agression contre l’Iran : L’Espagne choisit la cohérence face à Trump 

Pedro Sanchez, un homme de príncipes courageux.

Ahmed Zoubaïr 

La décision du gouvernement espagnol de refuser l’utilisation par les États-Unis des bases de Rota et de Morón pour une opération contre l’Iran ne relève ni d’un coup de tête ni d’un anti-américanisme circonstanciel. Elle s’inscrit dans une ligne diplomatique que l’Espagne de Pedro Sánchez assume avec constance depuis des mois : défense du droit international, condamnation des exactions commises à Gaza et soutien explicite à la reconnaissance d’un État palestinien.

Dans le paysage européen et occidental, cette posture n’est pas majoritaire. Avec l’Irlande, l’Espagne fait figure d’exception : l’un des rares pays à avoir adopté une position claire et juste sur le dossier palestinien, rompant avec les ambiguïtés et les postures complices de nombreuses capitales occidentales. Depuis le début des bombardements à Gaza, après l’attaque du Hamas d’octobre 2023, le gouvernement de Pedro Sánchez a affiché une position critique vis-à-vis de Israël, dénonçant les frappes contre les civils et plaidant pour un cessez-le-feu définitif. Dans cette logique, autoriser une opération américaine contre l’Iran depuis le territoire espagnol aurait constitué une rupture stratégique majeure, en contradiction flagrante avec la doctrine affichée : refus de l’escalade régionale et priorité à la désescalade diplomatique. Le refus de Madrid doit donc être lu comme un acte de cohérence. Cohérence politique interne, vis-à-vis d’une opinion publique largement sensible à la cause palestinienne, mais surtout cohérence externe: ne pas contribuer à l’extension du conflit en cours au Moyen-Orient, dont les conséquences se font déjà sentir à l’échelle planétaire. En empêchant l’utilisation des bases de Rota et de Morón, l’Espagne envoie un message clair : elle ne veut pas être un maillon logistique d’une guerre susceptible d’embraser la région. La réaction de Donald Trump, faite de menaces commerciales et de déclarations méprisantes sur la souveraineté espagnole, révèle en creux l’enjeu géopolitique : Washington semble considérer ses alliances comme des instruments d’alignement automatique. Or Madrid rappelle qu’une alliance militaire n’implique pas l’abandon du libre arbitre politique.


Au-delà de cet incident diplomatique, cette séquence traduit une tension plus large au sein du camp occidental. L’Europe, ou du moins certaines de ses capitales, hésite à suivre les États-Unis dans une logique d’escalade contre l’Iran. Le Royaume-Uni, avec Keir Starmer, est également sommé de clarifier son positionnement. L’épisode met en lumière une fracture : solidarité atlantique d’un côté, volonté d’autonomie stratégique de l’autre. En définitive, le choix espagnol n’est pas une rupture avec Washington, mais l’affirmation d’une diplomatie constante: condamnation des violences contre les civils à Gaza, soutien au droit des Palestiniens, et refus de contribuer à une extension du conflit régional. Madrid, qui vient de rappeler son ambassadeur à Tel Aviv, parie sur la cohérence plutôt que sur l’alignement. Reste à savoir si cette cohérence résistera à la pression économique et politique d’un Donald qui ne conçoit ses alliés que dociles.


Ce n’est pas la première fois que Pedro Sánchez s’oppose à Donald Trump. Il l’avait déjà fait sur plusieurs dossiers, notamment les dépenses de défense au sein de l’OTAN, l’offensive menée à Gaza ou encore les critiques américaines concernant les actions au Venezuela. Mais son refus d’autoriser les États-Unis à utiliser les bases militaires espagnoles de Rota et de Morón pour mener des attaques contre l’Iran, ainsi que la réaction virulente de Donald Trump, l’ont placé au premier plan de l’opposition européenne à la dérive autoritaire du président américain.

Le chef du gouvernement espagnol a relancé le slogan « Non à la guerre » pour dénoncer l’offensive qu’il juge illégale menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. Vingt-trois ans après le mouvement « Non à la guerre », qui avait mobilisé une grande partie de la société espagnole contre l’invasion de l’Irak, Pedro Sánchez a évoqué ce précédent pour répondre, sans le citer explicitement, à Donald Trump : « Nous ne serons pas complices d’un malheur pour le monde par crainte de représailles », a-t-il déclaré. Le chef du gouvernement faisait ainsi référence à l’erreur du « trio des Açores », auquel appartenait José María Aznar, qui avait soutenu une guerre jugée injuste.

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