Morocco Today Forum : Errachidia au cœur du plaidoyer pour un Maroc des territoires plus équitable

Mohamed Haitami lors du Forum
Pour les intervenants, le véritable défi ne réside pas dans l’annonce de nouveaux programmes mais dans la manière de les mettre en œuvre.

Réunis vendredi 24 juillet à Errachidia à l’occasion de la 9ᵉ édition du Morocco Today Forum (MTF), organisée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI par le groupe Le Matin, responsables gouvernementaux, élus, experts internationaux, acteurs économiques et représentants de la société civile ont dressé un constat unanime  : la réussite économique du Royaume ne pourra être pleinement consolidée que si elle bénéficie à l’ensemble des territoires.

Placée sous le thème « Le Maroc des territoires pour une émergence intégrée et inclusive », cette édition a fait de la réduction des disparités régionales le fil conducteur des débats. Dans une région comme Drâa-Tafilalet, où les immenses potentialités naturelles et humaines côtoient encore d’importants défis de développement, les intervenants ont appelé à dépasser le stade de la régionalisation institutionnelle pour entrer dans celui de la régionalisation de l’impact.

En ouverture des travaux, le président-directeur général du Groupe Le Matin, Mohammed Haitami, a inscrit les discussions dans le prolongement des Hautes Orientations Royales, rappelant que la justice territoriale constitue désormais l’un des piliers du nouveau modèle de développement du Royaume.

Le choix d’Errachidia n’a rien d’anodin. Drâa-Tafilalet concentre à la fois un patrimoine exceptionnel, des ressources considérables et des fragilités persistantes. Malgré son potentiel, la région ne contribue qu’à environ 3 % du produit intérieur brut national, illustrant les déséquilibres qui subsistent entre les différentes régions du Royaume.

Si Drâa-Tafilalet a servi de cadre aux débats, les inégalités territoriales dépassent en effet largement les frontières de cette seule région. De nombreux territoires continuent de subir les mêmes déséquilibres en matière d’investissements, d’accès aux services publics et de création de richesse. Les intervenants ont ainsi rappelé que l’objectif n’était pas de traiter un cas particulier, mais de construire un modèle de développement capable de réduire durablement les fractures qui persistent entre les différentes régions du Royaume.

Pour la ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, le numérique constitue aujourd’hui l’un des principaux leviers de réduction des fractures territoriales.

Selon elle, la transformation digitale dépasse largement la simple modernisation administrative. Elle doit permettre de rapprocher les services publics des citoyens, d’améliorer leur accessibilité dans les régions éloignées et d’offrir aux collectivités les outils nécessaires pour développer des solutions adaptées à leurs réalités locales.

Au fil des échanges, un consensus s’est dégagé, à savoir que le véritable défi ne réside pas  dans l’annonce de nouveaux programmes mais dans la manière de les mettre en œuvre.

Le directeur général des Collectivités territoriales, Jelloul Samssème, a estimé pour sa part que le Maroc dispose  des fondations nécessaires pour  asseoir  une gouvernance davantage orientée vers les résultats, l’évaluation des politiques publiques, la participation citoyenne et une meilleure coordination entre l’État, les collectivités territoriales et les différents acteurs locaux.

Même son de cloche  du côté d’Abdellatif Maazouz, président de la région Casablanca-Settat et vice-président de l’Association des Régions du Maroc. Selon lui, les performances réalisées par le Royaume dans plusieurs secteurs stratégiques ne prendront tout leur sens que lorsqu’elles se traduiront concrètement par une amélioration du quotidien des citoyens, quel que soit leur lieu de résidence.

Pour y parvenir, il estime indispensable de clarifier les compétences des régions, de renforcer leurs capacités financières et de leur fournir des outils modernes de pilotage capables de mesurer l’impact réel des politiques territoriales.

La représentante résidente du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Ilaria Carnevali, a, quant à elle, replacé les débats dans une perspective internationale, rappelant que la croissance économique ne saurait, à elle seule, constituer un indicateur suffisant de développement. Pour la responsable du PNUD, l’émergence passe avant tout par l’amélioration des opportunités offertes aux citoyens, le renforcement de leurs capacités et l’élargissement de leurs libertés.

Elle a identifié quatre priorités : une gouvernance fondée sur les données et la participation citoyenne, une économie territoriale créatrice d’emplois durables, une transition écologique renforçant la résilience des territoires et une transformation numérique répondant aux besoins concrets des populations. Elle a également insisté sur la nécessité de mobiliser davantage de financements innovants et de renforcer les partenariats entre État, collectivités territoriales, entreprises, universités et société civile.

Invité à intervenir au nom de la société civile, le chercheur et militant des droits humains Saïd Olanzi Tachfine a rappelé de son côté que les politiques publiques gagneraient à mieux intégrer les spécificités des territoires ruraux, oasiens et frontaliers, plaidant notamment pour une meilleure adaptation des règles d’urbanisme, une sécurisation accrue des ressources hydriques, le renforcement des institutions régionales et la création d’un environnement plus favorable au maintien des compétences dans les régions les plus éloignées des grands pôles économiques.

Au terme de cette première journée, un constat s’est imposé à tous : la prochaine étape de la régionalisation ne se mesurera plus au nombre de compétences transférées aux collectivités, mais à leur capacité à produire des résultats tangibles pour les citoyens.

Au-delà des infrastructures et des investissements, c’est  la qualité de la gouvernance et partant des élus , l’efficacité de l’action publique et la réduction des inégalités territoriales qui détermineront la réussite du modèle national de développement.

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