A l’approche des élections législatives prévues en septembre 2026, de nouveaux éléments de langage sont relayés en privé du côté de la majorité : « Nos actions porteront leurs fruits… mais plus tard. » Une manière élégante – presque lyrique de dire : « Soyez patients, on vous promet que demain tout brillera. » On nous le répète pour la santé alors que les urgences s’accumulent : hôpitaux publics manquant de tout sauf de drames et de files d’attente ; le chômage qui grimpe plus vite qu’un influenceur sur TikTok, l’école qui reste un long tunnel sans bout ni lumière ou les inégalités sociales et territoriales devenues aussi visibles que l’effilochement de l’Algésario. Mais rassurez-vous, bons citoyens ! Le gouvernement voit loin, très loin… tellement loin qu’il semble avoir perdu de vue les attentes déçues du moment . En attendant « les retombées positives dans quelques années », les prix flambent, la corruption prospère, les conflits d’intérêts s’institutionnalisent, et le pouvoir d’achat fond plus vite qu’une glace en plein mois d’août à Marrakech.
Heureusement, il reste deux antidouleurs puissants pour calmer les masses: le foot, qui fait office de morphine nationale, et les réseaux sociaux, où les futilités en boucle permettent d’oublier, au prix de quelques scrolls, le prix brûlant du litre de carburant ou du kilo de viande bovine. Bref, le présent n’est pas fameux… mais le futur, lui, s’annonce radieux. Il suffit juste d’y croire. Très fort. Et très longtemps. Le fameux « Demain on rase gratis!» risque de se répéter…
Certains partis au pouvoir, dégarnis côté bilan, vont jusqu’ à s’approprier des chantiers royaux, comme si le bitume des autoroutes, les lignes de TGV ou les hôpitaux flambant neufs ou les stations de dessalement sortaient directement de leurs programmes électoraux.
À entendre certains ministres et porte-voix officieux de la majorité, le Maroc vit une transformation politique invisible. Car les bienfaits de leurs programmes ne seront perceptibles qu’ à long terme. En gros : « Ce mandat qui s’achève, c’est pour préparer le prochain. Votez encore pour nous, vous cueillerez enfin les fruits de votre confiance et patience! ». Derrière cette stratégie de communication, se cache un objectif inavoué : rester aux commandes après les élections de 2026, en vendant une sorte de rêve différé. Gouverner, c’est prévoir… surtout son propre maintien au pouvoir…Or, les électeurs ne sont ni naïfs ni amnésiques. Et encore moins dupes. Après de nombreuses campagnes électorales saturées de slogans ronflants, de promesses mielleuses sur le changement, le citoyen lambda a du mal à voir les choses changer par rapport à son propre quotidien qui continue toujours à peser des tonnes. A force de lui vendre des mirages, les partis risquent surtout de moissonner du désaveu.
Certains partis au pouvoir, dégarnis côté bilan, vont jusqu’ à s’approprier des chantiers royaux, comme si le bitume des autoroutes, les lignes de TGV ou les hôpitaux flambant neufs ou les stations de dessalement sortaient directement de leurs programmes électoraux. Une belle confusion des genres où la communication prend le pas sur la vérité.
Résultat : le récit politique devient un miroir déformant, où les échecs sont occultés et les succès… empruntés au Palais. Dans cette grande foire gouvernementale, il y a bien quelques ministres – souvent sans attaches partisanes solides – qui bossent réellement, avec à leur actif un bilan tangible et des résultats mesurables. Dans un océan de discours creux, de PowerPoints recyclés et de promesses en différé, les citoyens n’ont aucun mal à les reconnaître. Quant aux autres, soit ils cultivent l’art de la discrétion au point d’en devenir invisibles, soit ils se distinguent par leur talent en conflits d’intérêt, nominations douteuses ou gestion clientéliste.
En pleine campagne électorale de 2021, un candidat controversé issu de la majorité actuelle n’avait-il pas lancé devant micros et caméras ? « Si on n’augmente pas la pension des retraités, chassez-nous à coups de pierre ! » On sait ce qu’il est advenu de cette promesse comme de bien d’autres dans le domaine de la santé, de l’emploi et de l’enseignement. Ce qui ne fait aucun doute c’est la hausse du niveau d’exaspération populaire. Gare à ceux qui prennent les électeurs pour des cailloux dans la chaussure : en 2026, ils pourraient bien se transformer en pavés dans l’urne !








