CAP 2030 : Une vision souveraine pour le Maroc de demain

Khalid Safir, directeur général de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG).

Alors que le Maroc se mobilise sur tous les fronts en prévision de grandes échéances, Coupe du Monde 2030, transition industrielle, souveraineté économique, la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) se repositionne en pilier discret et efficace de l’État bâtisseur.

Abdellah Chankou

Jeudi 4 décembre 2025, le directeur général de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), Khalid Safir a échangé dans une ambiance décontractée avec une brochette de représentants de la presse nationale. Au menu, la présentation de la nouvelle feuille de route stratégique de la Caisse à l’horizon 2030, baptisée « CAP 2030 » qui se veut à la fois une continuité de l’action engagée et une accélération ambitieuse pour renforcer la souveraineté économique du Maroc dans un contexte international en pleine mutation.

Cette rencontre n’a rien d’un exercice de communication classique. Plus qu’une prise de parole, c’était un moment de clarification, presque de recadrage. Face à une opinion publique parfois confuse sur la nature et la vocation de l’institution, M. Safir a tenu à remettre les pendules à l’heure. Avec calme, méthode et un sens aigu du devoir , il a rappelé le rôle de la CDG, souvent perçue à tort comme un établissement public fermé alors qu’il a agi, historiquement et structurellement, en bras armé stratégique de l’État.

Or, la CDG ne cherche plus à évoluer dans l’ombre. Elle veut désormais assumer pleinement son rôle : non plus comme simple gardienne de l’épargne longue, mais en tant qu’institution publique de premier plan, bâtisseur patient et stratège de la transformation nationale. Sous la conduite de Khalid Safir, c’est un nouveau récit qui s’écrit : plus clair, plus assumé, mais toujours au service du Maroc et de son développement.

Haut commis de l’État, plusieurs fois gouverneur, ancien wali de la région Casablanca-Settat et ex- patron des collectivités territoriales (DGCL), M. Safir connaît intimement les rouages de l’administration comme les réalités du terrain. C’est un homme de dossiers, d’écoute et de synthèse, dont le pragmatisme rassure aussi bien les partenaires publics que les investisseurs. 

Sous sa houlette, la CDG dont il a pris les rênes en juillet 2022, a initié une profonde réforme de gouvernance, avec une transformation de sa commission de surveillance en véritable conseil d’administration, aligné sur les standards internationaux.

En même temps, l’institution a amorcé un repositionnement stratégique : recentrage sur les secteurs de souveraineté (eau, énergie, santé, agroalimentaire), retrait progressif des activités de gestion d’actifs confiées à des opérateurs privés, et mobilisation de près de 47 milliards de dirhams pour soutenir l’ambition industrielle et territoriale du Maroc à l’horizon 2030.

Et puis, le temps est venu pour la CDG d’accompagner le développement d’une grande région du pays, chère au cœur de tous les Marocains, le Sahara, où elle était jusque-là peu présente, reconnait M. Safir. Il s’agit désormais d’y déployer son expertise humaine et financière accumulée depuis des décennies dans l’aménagement urbain, l’industrie, la finance et le tourisme. Dans le pipe une panoplie de projets structurants: Tech valleys à Laâyoune et Dakhla, développement d’un nouveau centre urbain à Dakhla, relance du secteur hôtelier, infrastructures territoriales et stimulation de l’investissement privé. Objectif : faire du Sahara marocain un véritable levier de croissance et un territoire d’innovation et de compétitivité à l’échelle nationale et africaine. Depuis sa création en 1959, la CDG a accompagné toutes les transitions majeures du Maroc. Elle est intervenue là où les investisseurs privés hésitent, là où l’intérêt général devait primer sur la rentabilité immédiate. À la fin des années 70, c’est sa filiale Maroc Tourist qui a par exemple construit les premiers hôtels dans le sud du Royaume (Ouarzazate, Erfoud…) posant les bases d’un tourisme du désert, alors embryonnaire. Quand Tanger Med n’était encore qu’un projet sur plan, la CDG était mobilisée , prête à prendre les risques nécessaires pour concrétiser cette immense vision royale.

Cette logique de pionnier qui fait l’ADN de la maison demeure. Encore plus forte que jamais. Un catalyseur des investissements stratégiques. Un bâtisseur de souveraineté : infrastructures, développement territorial, inclusion sociale, industrie,… Son rôle n’est pas de supplanter le marché, mais de combler les angles morts du système. La CDG dispose de 24 filiales dont chacune obéit à une logique stratégique. Ce nouveau redéploiement s’inscrit dans un contexte de mutation profonde du Maroc, avec à l’horizon la Coupe du monde 2030, le basculement vers une économie verte et numérique, ou encore l’émergence de filières industrielles stratégiques. Dans ces chantiers d’envergure, la CDG ne se contente pas d’accompagner : elle impulse. 

À travers sa stratégie « Cap 2030 », elle prévoit d’investir massivement dans les infrastructures, les technologies, la santé, les ressources hydriques ou encore l’énergie propre. Autant de secteurs décisifs pour la souveraineté économique du pays.

L’institution, a révélé Khalid Safir, injectera plus de 100 milliards de dirhams d’ici 2030, sous forme de « capital patient », un levier d’investissement à long terme que le secteur privé ne peut souvent pas mobiliser seul. C’est dans cette logique que la CDG soutient des projets industriels d’avant-garde, comme la gigafactory de batteries à Tanger, ou encore les hôpitaux en PPP qui verront le jour dans les régions. Elle assume aussi un rôle de « dérisqueur » pour attirer les multinationales dans des secteurs à haute valeur ajoutée.

Khalid Safir a fait un choix clair : mettre fin aux ambiguïtés et inscrire la CDG dans une dynamique de transparence, d’impact et de responsabilité. Sous son impulsion, l’institution renforce son ADN de bâtisseur, tout en se dotant des instruments de gouvernance moderne et d’outils d’évaluation rigoureux. Le ton est mesuré, mais la trajectoire est ferme : faire de la CDG un levier stratégique au service d’un Maroc résilient, inclusif et ambitieux. Dans un paysage économique en recomposition, où la confiance des citoyens et des investisseurs est devenue un capital rare, la CDG se repositionne en architecte discret mais décisif. Une institution qui connaît son rôle, assume ses responsabilités et avance à pas sûrs, portée par un management serein, une vision claire et un sens aigu de l’intérêt général.

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